Les profs dénoncent le nouveau bulletin

Conçu pour mieux éclairer les parents, le tout nouveau bulletin du primaire de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) ne fait pas de place aux pourcentages mais opte plutôt pour des cotes de A à E destinées à évaluer le «développement des compétences disciplinaires».

Dans ce bulletin tout juste distribué aux écoles primaires, dont Le Devoir a obtenu copie, certaines confusions demeurent: ainsi, un enfant qui récolte un C en maths ou en français «développe sa compétence de façon satisfaisante». Mais sous la rubrique «comportement», le même C n'a rien de rassurant: selon une autre légende, il indique aux parents que l'élève présente une «difficulté marquée».

Cette «confusion», vigoureusement dénoncée par les enseignants, ressort du dernier modèle de bulletin qui circule actuellement dans les écoles primaires de la CSDM et qui sera acheminé aux parents pour une toute première fois à la fin d'octobre ou au début de novembre. Le document promeut un nouveau code d'évaluation allant de la lettre A à E, chacune des lettres marquant un niveau de «développement de la compétence disciplinaire».

Ainsi, alors que l'ancien bulletin de la CSDM évaluait les enfants sur une échelle allant de A à D, le nouveau modèle compte un échelon additionnel. Le libellé indiquant les progrès de l'enfant a complètement changé lui aussi: sous l'ancien régime, un B était associé au fait que l'«enfant progress[ait] selon les attentes». Désormais, c'est le C qui indique que l'élève «développe sa compétence de façon satisfaisante», le B marquant plutôt un développement «très satisfaisant».

La lettre E, quant à elle, ne renvoie pas à l'échec mais plutôt au développement de la «compétence de façon nettement insatisfaisante».

Alors que les compétences «transversales» sont toujours, aux yeux de la population, associées au jargon de la réforme, la CSDM a choisi de bâtir sa légende d'évaluation autour des compétences, mais en fonction des disciplines. Il s'agit en fait des matières de base comme le français, les maths, l'anglais langue seconde ou les sciences et la technologie.

Le comité multipartite du Renouveau pédagogique, créé par la CSDM l'an dernier notamment dans le but de corriger certaines confusions de l'ancien bulletin, a choisi d'inscrire le mot «compétence» sur le document «parce que, comme CSDM, nous avons à appliquer le programme du ministère», a indiqué hier la commissaire Catherine Harel-Bourdon, qui a participé aux travaux du comité.

La commissaire a indiqué que l'objectif poursuivi par ce comité consistait à «rendre le bulletin plus clair pour les parents, et nous croyons que c'est réussi». Mme Harel-Bourdon a ajouté que l'une des principales critiques formulées autour de l'ancien bulletin concernait le trop petit nombre d'échelons d'évaluation, qui «empêchait les variations et les nuances».

L'Alliance des professeurs de Montréal ne se laisse pas convaincre par ce nouveau modèle, «qui est toujours très confus et ne correspond pas au souhait des enseignants d'avoir des pourcentages et de vrais chiffres qui veulent dire quelque chose», comme l'a indiqué hier son président, Pierre St-Germain. «Beaucoup d'éléments ne tiennent pas la route: on ajoute un E, qui est associé à l'échec dans l'imaginaire collectif, et la réforme ne permet pas l'échec!»

Les enseignants en ont aussi contre les difficultés qui naîtront lorsque viendra le temps de changer un B pour un C. «Un élève B deviendra un C? Comment les parents vont-ils accueillir ce changement? Ça n'a pas de sens», a déploré le président du syndicat.

La CSDM croit plutôt que les anciens B se répartiront désormais en deux groupes, les B et les C. «Nous tenions absolument aux cinq rubriques plutôt que quatre, et nous pensons que les parents apprécieront cette précision», a répliqué Mme Harel-Bourdon, qui a affirmé que le comité n'avait pas envisagé de retenir les pourcentages et les moyennes.

Le syndicat dénonce aussi la confusion liée au langage choisi, c'est-à-dire le développement des compétences pour qualifier l'évolution des connaissances. «Nous sommes catégoriquement contre ce bulletin», a ajouté M. St-Germain, dont le syndicat, membre de la nouvelle Fédération autonome de l'enseignement (FAE), s'oppose aux principes mêmes de la réforme.

Ce bulletin, entériné par le conseil des commissaires de la CSDM en juin dernier, inscrit une nouveauté additionnelle: le fait que, sous chacune des connaissances évaluées, l'enseignant pourra inscrire un commentaire personnalisé dans une petite case prévue à cet effet. «Ça permettra d'aller encore plus loin dans la précision», a dit Mme Harel-Bourdon.

Pour l'Alliance des professeurs, cette nouveauté correspond «à un constat d'échec du bulletin». «Le bulletin n'est pas assez clair, alors on se tourne vers l'enseignant pour qu'il écrive un petit commentaire qui éclairera le parent. C'est un échec total», a décrié M. St-Germain.

Après deux années d'école — ce qui correspond désormais à un cycle —, les parents verront aussi une évaluation de leur enfant sous l'appellation «bilan de fin de cycle» (qui existait dans l'ancien modèle), noté cette fois-ci de 5 à 1 plutôt que de 1 à 4. Le libellé choisi est radicalement différent: un enfant coté 1 dans le vieux bulletin «développait sa compétence de façon remarquable». Le nouveau système décline le progrès de l'enfant en fonction des attentes. Ainsi, si l'élève «ne répond pas aux attentes» avec la cote 1, il «dépasse les attentes» avec un 5.

Le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, a marqué cette année son souhait d'avoir des bulletins «clairs et compréhensibles» et enchâssé dans la loi l'obligation de consulter les parents à propos du type de bulletins désiré.

En novembre, la CSDM devra donc consulter les parents au sujet de leur bulletin de rêve alors que ce nouveau modèle sera déjà en vigueur dans les écoles. Et s'il était décrété que le nouveau document ne correspondait pas à leur souhait? «Nous verrons ce que les parents nous diront, mais nous sommes ouverts à des changements», a indiqué Mme Harel-Bourdon, précisant que tant des ajustements mineurs qu'une refonte totale pourraient être envisagés.

L'Alliance a vivement déploré le manque de consultation des enseignants dans la confection du nouveau bulletin. Mais la CSDM a répliqué en affirmant que le comité multipartite comptait six sièges pour les enseignants, que l'Alliance n'aurait jamais occupés. «C'est malheureux, mais ils ne sont jamais venus aux rencontres, auxquelles ils étaient pourtant invités», a précisé la commissaire.