Être en danger sans le savoir

L’embonpoint en forme de poire n’accroît pas le risque cardiovasculaire, contrairement à celui en forme de pomme.
Photo: Agence France-Presse (photo) L’embonpoint en forme de poire n’accroît pas le risque cardiovasculaire, contrairement à celui en forme de pomme.

Gare aux bourrelets qui arrondissent votre tour de taille! Ce léger épaississement peut signifier que vous êtes atteint du syndrome métabolique, une maladie insidieuse et mal connue qui annonce de graves problèmes de santé, comme le diabète, la maladie cardiovasculaire et l'accident vasculaire cérébral.

Au Québec, un adulte sur cinq souffre du médica, et ce, à son insu, car la maladie est complètement asymptomatique.

Le cas typique est celui d'un individu qui a pris un peu de poids principalement autour de la taille et qui apprend, lors d'une visite médicale, que sa tension artérielle est légèrement élevée, mais pas suffisamment pour nécessiter une médication. Son taux de sucre excède un peu la normale sans qu'il s'agisse pour autant de diabète, et son sang véhicule un surplus de triglycérides et moins de bon cholestérol qu'il n'en faudrait. Le syndrome métabolique se caractérise par la présence d'au moins trois de ces anomalies métaboliques.

La vaste majorité des patients se soucient peu de ces constatations, étant donné que leur état n'est pas considéré comme franchement pathologique, indique la Dre Élaine Letendre, chef du service de médecine métabolique du CHUM. «Or ces anomalies agissent de concert. L'union fait la force. Le syndrome métabolique agit sans bruit, du fait qu'il ne donne pas de symptôme, mais chaque anomalie continue de s'amplifier.»

Attribuant leur léger surplus de poids à l'âge, les personnes atteintes du syndrome métabolique, qui sont plus nombreuses à partir de la mi-quarantaine, ne redoutent pas les conséquences néfastes. Pourtant, ces individus courent un risque énorme de développer un diabète ou une maladie coronarienne ou encore d'être victimes d'un accident vasculaire cérébral. Selon diverses études, le syndrome métabolique augmente de huit à trente fois le risque de diabète et de trois à cinq fois les maladies cardiovasculaires.

Cela ne fait qu'une quinzaine d'années que l'on a établi un lien entre l'embonpoint au niveau de la taille et le développement d'anomalies métaboliques qui multiplient le risque de maladie cardiovasculaire et de diabète.

La Dre Letendre précise que la prise de poids associée au syndrome métabolique ne se compare absolument pas à une obésité morbide. Il s'agit de simples bourrelets concentrés sur le ventre. Dans la plupart des cas, la taille des fesses et des cuisses demeure normale.

«La graisse qui se dépose au niveau de l'abdomen est plus dangereuse que celle des cuisses et des fesses, car elle est métaboliquement plus active», précise la spécialiste du métabolisme. Les cellules adipeuses qui la composent retournent plus facilement leur gras dans le sang, où celui-ci provoque une hausse des triglycérides. Mais surtout, les cellules adipeuses du ventre sécrètent des médiateurs chimiques qui induiront la résistance à l'insuline.

L'insuline, qui facilite normalement l'entrée du sucre dans les cellules, commence donc à devenir moins efficace. Le sucre augmente alors graduellement dans le sang et, comme le métabolisme des sucres et des gras est étroitement relié, les triglycérides s'accroissent et le bon cholestérol diminue. De plus, l'organisme sécrète davantage d'insuline dans le sang en raison de la résistance des cellules à y répondre. Les taux élevés d'insuline dans le sang perturbent alors la réabsorption des sels au niveau des reins, ce qui contribue à élever la tension artérielle. Toute une cascade d'anomalies métaboliques est ainsi enclenchée sans qu'aucun symptôme n'apparaisse.

À l'inverse, les graisses accumulées au niveau des fesses, des cuisses et des hanches, qui sont responsables de la culotte de cheval chez la femme, ont peu d'influence sur le métabolisme. «Elles n'induisent pas d'anomalies métaboliques, mais elles se perdent beaucoup plus difficilement que celles déposées sur l'abdomen, souligne Élaine Letendre. Cet embonpoint en forme de poire n'accroît pas le risque cardiovasculaire, contrairement à celui en forme de pomme.»

Les Amérindiens et les Asiatiques sont deux populations davantage susceptibles de souffrir du syndrome métabolique. De plus, en raison d'une prédisposition génétique, ce problème de santé est plus fréquent dans certaines familles, où même les enfants présentent un surplus de poids, les habitudes de vie aidant. «À tout âge, les deux grands facteurs de risque du syndrome métabolique sont les habitudes alimentaires et la sédentarité», résume Élaine Letendre.

«La beauté du syndrome métabolique, c'est que ça ne se traite pas avec des pilules, mais par la perte de poids qui s'obtient en mangeant moins et mieux, ainsi qu'en bougeant plus, souligne la Dre Letendre. Malheureusement, la recommandation n'est pas prise au sérieux par la majorité des gens, qui n'arrivent pas à faire cet effort. Or, s'ils ne réagissent pas, ils devront tôt ou tard recourir aux médicaments.»

Des journées de sensibilisation au syndrome métabolique ont lieu aujourd'hui et demain sur la Grande-Place du Complexe Desjardins. À l'heure du midi, on prodiguera des conseils nutritionnels et des moyens d'insérer des activités physiques à nos horaires chargés. On rappellera par exemple que, même si les noix de cajou et l'huile d'olive sont bénéfiques pour la santé, elles sont néanmoins très riches en calories. Il faut donc les consommer avec modération.

On nous convaincra aussi qu'il n'est pas nécessaire d'aller au gymnase sept fois par semaine pour retrouver la forme et la ligne. Tous ces courts moments où l'on monte les escaliers au lieu de prendre l'ascenseur ou l'escalier roulant, par exemple, s'additionnent et ont leur effet.

On encouragera également l'emploi du podomètre: un dispositif que l'on fixe à la taille et qui comptabilise les pas que l'on fait dans une journée. «On peut alors se fixer comme objectif d'augmenter graduellement leur nombre chaque jour», propose la Dre Letendre. À l'heure du dîner, au lieu de continuer à bavarder autour d'un café et d'une cigarette, pourquoi ne pas s'organiser une petite marche entre collègues jusqu'au Complexe Desjardins, ne serait-ce que pour savoir si on est dans la mire de ce tueur silencieux qu'est le syndrome métabolique?