L'UQAM veut diluer son test de français

Branle-bas de combat linguistique en vue à l'UQAM: mettant le cap sur une augmentation du nombre d'étudiants étrangers non francophones, l'établissement songe à assouplir les exigences d'admission en matière de français, histoire de faciliter leur entrée.

Du même coup, il souhaite offrir un service de perfectionnement du français, mais offrir de la formation sur mesure en anglais.

Voilà quelques-unes des nombreuses recommandations que le Groupe de travail sur l'intégration des étudiants non francophones à l'UQAM et la langue d'enseignement formulait à l'intention de la Commission des études de l'UQAM, dans un rapport de près de 70 pages publié en mai 2002 et intitulé L'UQAM, université francophone québécoise à vocation internationale.

«Le défi de l'internationalisation est difficile parce que les universités doivent à la fois s'ouvrir à la diversité culturelle dans un monde de plus en plus anglicisé et s'insérer dans un continent à forte densité hispanophone et lusophone, tout en oeuvrant à consolider l'usage de la langue française dans l'enseignement supérieur et la recherche», notent d'entrée de jeu les membres du groupe de travail, présidé par Paul Bélanger, professeur à la faculté d'éducation de l'UQAM. «Cela peut paraître contradictoire, mais l'opposition entre ces deux objectifs est plus apparente que réelle.»

Bien que la direction de l'UQAM n'ait pas encore officiellement réagi aux propositions, M. Bélanger assure que l'accueil initial a été chaleureux. Les dirigeants de l'université ont tout de même prévu de poursuivre les discussions au cours des prochaine semaines de manière à s'assurer qu'il n'existe aucun malentendu autour du rapport.

Le document présente une série de recommandations visant l'intégration des étudiants non francophones, l'augmentation du nombre d'étudiants étrangers ne parlant pas français et enfin le renforcement des acquis en français et l'ouverture aux autres langues.

Les suggestions formulées par le groupe de travail, qui recommandait à la Commission des études au printemps dernier d'en faire une application rapide, sont multiples et variées. À propos de l'entrée des étudiants étrangers non francophones, on y recommande:
- un assouplissement du règlement des études (no 5, article 4.3) concernant l'obligation pour les candidats «d'avoir une connaissance satisfaisante du français écrit et parlé» comme condition d'admission;
- la création d'un «guichet unique de référence» pour le recrutement, l'accueil et le soutien des immigrants;
- des «mesures de recrutement énergiques» au sein des communautés culturelles du Québec et de Montréal;
- l'intensification de l'action de recrutement «au-delà de la sphère francophone», en incitant par exemple l'organisme Montréal international à intensifier son action de recrutement à l'étranger pour augmenter le contingent, mais aussi pour s'ouvrir notamment aux pays de langue espagnole et portugaise;
- la possibilité pour les étudiants dont la langue maternelle n'est pas le français de «remettre leurs travaux et leurs examens en anglais».

Parallèlement à ces mesures, dont l'un des objectifs est d'augmenter le nombre d'étudiants étrangers fréquentant l'UQAM, le groupe de travail — composé d'une quinzaine de membres tous issus de l'UQAM, dont plusieurs sont liés à l'École de langues — propose aussi que soit créé un «service de perfectionnement et d'aide au français», dans le but d'opérer un «redressement significatif et augmenter les mesures de soutien offertes aux étudiants pour améliorer et rehausser leur maîtrise du français».

Le groupe va plus loin, suggérant que ce service permette de dépister les difficultés des étudiants en français, qu'il établisse des mesures de diagnostic, des mesures correctices et de mise à niveau tout en permettant la mise sur pied d'un système d'évaluation des connaissances et des capacités linguistiques des étudiants.

«La maîtrise de la langue française devrait, en principe, être acquise chez les étudiants aux paliers d'éducation antérieurs à l'université», notent les auteurs du rapport. «Or, dans les faits, on constate qu'elle est toujours à consolider pour l'ensemble des étudiants et qu'elle peut nécessiter des mises à niveau accompagnées de mesures spéciales d'amélioration, pour certains groupes d'étudiants.»

Le rapport s'arrête aussi à la nécessité pour l'UQAM de «s'ouvrir à d'autres langues d'enseignement que le français, tant pour attirer des étudiants non francophones que pour permettre à l'ensemble des étudiants d'être exposés à des langues autres que le français».

Pour concevoir ce rapport, le groupe de travail s'est appuyé sur un ensemble de données illustrant la répartition des étudiants dans les quatre universités montréalaises. En 2000, on y apprend que Concordia et McGill avaient respectivement 15 % et 21 % d'étudiants de langue maternelle française, contre 90 % pour l'UQAM et l'Université de Montréal. Les deux universités anglophones recevaient la même année 60 % et 53 % d'étudiants dont la langue maternelle était l'anglais, contre 2 % pour l'Université de Montréal et 0,4 % pour l'UQAM. Les étudiants dont la langue maternelle est autre que le français ou l'anglais se répartissent ainsi: 25 % pour Concordia et McGill, et 8 % pour l'UdeM et l'UQAM.

De manière générale, indiquent aussi les données, si la proportion des étudiants de langue française reste à peu près stable et que celle drd étudiants de langue maternelle anglaise diminue, «celle des étudiants ayant une autre langue maternelle que le français ou l'anglais augmente d'année en année».

Le groupe de travail a été créé par la Commission des études de l'UQAM dans la foulée d'un débat houleux à l'UQAM au sujet du Torah and Vocational Institute (TAV), une organisation juive, qui avait conclu avec l'UQAM en 2000 une entente particulière pour offrir une formation universitaire générale respectant les besoins particuliers d'une partie de la communauté juive hassidique.

L'établissement avait notamment consenti des arrangements particuliers pour la langue d'enseignement — la grande majorité des cours étant offerts en anglais — mais aussi pour la composition des classes, un certain code religieux commandant la division des groupes selon le sexe, hommes d'un côté, femmes de l'autre. Toutefois, après un an de fonctionnement, l'entente a été résiliée en avril 2000.

La Commission des études avait recommandé la création de ce groupe de travail à la suite de la résiliation de l'entente avec le TAV. Le rapport recommande d'ailleurs «que l'UQAM prenne l'initiative [...] de répondre à la demande de formation sur mesure dans une langue autre que le français», lorsque l'université reçoit d'un groupe non francophone une demande de formation continue.