Soulagement à Washington

John Allen Muhammad (à droite), 41 ans, et John Lee Malvo, 17 ans,  dormaient à bord de leur voiture quand ils ont été arrêtés dans une halte routière du comté de Frederick, à 80 kilomètres au nord-ouest de Washington, à 3h19 hier matin.
Photo: Agence Reuters John Allen Muhammad (à droite), 41 ans, et John Lee Malvo, 17 ans, dormaient à bord de leur voiture quand ils ont été arrêtés dans une halte routière du comté de Frederick, à 80 kilomètres au nord-ouest de Washington, à 3h19 hier matin.

John Allen Muhammad, 41 ans, et John Lee Malvo, 17 ans, roupillaient à bord de leur voiture garée dans une halte routière quand les policiers sont venus les cueillir aux petites heures du matin, hier. Les deux hommes sont soupçonnés d'être les auteurs des treize attaques qui ont fait dix morts dans la région de Washington depuis le 2 octobre. Après des semaines d'angoisse, les Américains espèrent que cette arrestation mettra fin à leur cauchemar.

Mercredi soir, le chef de police du comté de Montgomery, Charles Moose, avait signalé que les policiers étaient à la recherche de deux hommes circulant à bord d'une Chevrolet Caprice de 1990, immatriculée dans le New Jersey. Quelques heures plus tard, un véhicule correspondant à cette description a été aperçu dans une halte routière du comté de Frederick, à 80 km au nord-ouest de Washington, par un automobiliste qui a aussitôt alerté les autorités. L'arrestation n'a pas tardé. À 3h19, les deux individus assoupis dans la voiture ont été tirés de leur sommeil par les policiers.

Selon une source policière, l'arme à feu trouvée sur le siège arrière du véhicule utilise des balles d'un calibre identique à celles qui ont tué et blessé 13 personnes dans la région de Washington au cours des dernières semaines. Il s'agirait d'un fusil semi-automatique de type Bushmaster XM-15 qui tire des balles de 5,56 mm. La police a également découvert une lunette de visée et un trépied dans le véhicule et attendait les résultats des expertises balistiques pratiquées sur l'arme. «Nous sommes sûrs qu'il s'agit de ces hommes», a ajouté un des enquêteurs sous le couvert de l'anonymat.

Le véhicule des suspects dispose d'une ouverture dans le coffre qui pourrait permettre à quelqu'un de s'allonger et de tirer un coup de fusil tout en restant dissimulé dans le véhicule, ont précisé d'autres sources policières. Les enquêteurs n'ont pas exclu l'existence de complices, qui auraient pu fournir des véhicules ou d'autres formes de soutien, selon ces sources.

Des indices importants

Les suspects pourraient avoir eux-mêmes mis les policiers sur leur piste, dimanche dernier. Logeant un appel au numéro de téléphone spécial destiné à recueillir des indices sur le tireur embusqué, un interlocuteur anonyme, qui a revendiqué les 13 attentats, aurait conseillé aux forces de l'ordre de s'intéresser au vol perpétré le 21 septembre dernier dans un magasin de spiritueux de Montgomery, en Alabama. Une fusillade était alors survenue, faisant un mort et un blessé.

Sur les lieux du crime, les policiers ont trouvé un morceau de papier portant les empreintes de Malvo. Ils ont alors fait le lien avec le domicile de Tacoma où le jeune homme a vécu avec Muhammad et ont procédé à des fouilles dans la résidence et dans le jardin. Les enquêteurs y ont notamment trouvé des troncs d'arbre portant des impacts de balles issues d'un fusil de calibre 5,56 mm, le même type d'arme qui a été utilisé pour les meurtres dans la région de Washington.

Détenus à la prison de Rockville, dans le Maryland, les deux hommes ont été interrogés hier après-midi. «S'ils sont considérés comme des suspects, ils seront inculpés», a déclaré à l'AFP un porte-parole du département de la Justice, Marc Corrola.

En attendant, les autorités américaines ont inculpé John Allen Muhammad pour une infraction à la législation sur les armes à feu sans relation avec les meurtres commis dans la région de Washington. Ce chef d'inculpation — possession d'une arme à feu en violation d'une restriction — est considéré comme un moyen de maintenir le suspect en détention dans l'attente de preuves concernant les attaques du tireur embusqué.

Vétéran de la guerre du Golfe

John Allen Muhammad, également connu sous le nom de John Allen Williams, est décrit par le journal Seattle Times comme un ancien combattant de la guerre du Golfe récemment converti à l'islam. De son côté, Lee Malvo, un citoyen jamaïcain de 17 ans, a fréquenté l'an dernier l'école secondaire de Bellingha, à Washington, et est présenté par certains journaux comme le beau-fils de Muhammad. Selon des sources policières fédérales, toutefois, les deux hommes n'auraient pas de lien de famille.

Des agents fédéraux ayant requis l'anonymat ont déclaré au Seattle Times que Muhammad et Malvo ont pu être motivés par des sentiments anti-américains. Les deux hommes étaient connus pour exprimer de la sympathie pour les pirates de l'air du 11 septembre 2001, mais ne seraient pas liés à al-Qaïda, selon ces sources.

«Ces gens n'appartiennent à aucun groupe ni à aucune organisation», a affirmé hier la police locale de l'État de Washington, alors que CNN évoquait un lien éventuel entre les suspects et des mouvements islamistes soutenant le terrorisme.

Les procureurs fédéraux et ceux des États concernés doivent se réunir ce matin pour discuter des accusations qui seront retenues contre les deux suspects.

John Allen Muhammad avait été arrêté une première fois le 8 octobre, six jours après le début de l'équipée meurtrière, puis relâché immédiatement, a révélé hier la chaîne de télévision NBC. Les policiers de la ville de Baltimore, dans le Maryland, avaient remarqué dans un stationnement une Chevrolet Caprice bleue, modèle 1990, à bord de laquelle Muhammad dormait seul. Ils ont frappé sur la fenêtre du véhicule afin de le réveiller et de lui demander ses papiers. «Il n'a rien fait ni rien dit de suspect qui aurait pu inciter les policiers à l'inculper de quoi que ce soit ou à le détenir d'une quelconque manière», a indiqué la chaîne d'information en notant que le suspect avait fait preuve d'une parfaite maîtrise de lui-même devant les forces de l'ordre. La voiture n'avait pas été fouillée par les policiers, qui avaient rebroussé chemin peu après.

Cet incident, qui n'avait pas eu de suite, était survenu au lendemain d'un tir contre un jeune garçon de 13 ans, à la sortie d'un collège à Bowie, dans le Maryland. Le 8 octobre, le bilan des victimes du tueur embusqué s'élevait déjà à six morts et deux blessés depuis le 2 octobre.