Élections brésiliennes - Le premier tour échapperait à Lula

São Paulo — L'issue de l'élection présidentielle brésilienne pourrait finalement se jouer au second tour, malgré le statut d'immense favori du chef de l'État sortant, Luiz Inacio «Lula» da Silva, montre un sondage de sortie des urnes diffusé hier soir par TV Globo après la fermeture des urnes.

Lula est crédité de 50 % des voix par l'institut Ibope contre 38 % à son principal adversaire, Geraldo Alckmin du Parti social-démocrate. Alckmin et le reste des candidats cumulent 50 % des suffrages.

La commission électorale a par la suite annoncé qu'après dépouillement de 72 % des bulletins, Lula avait obtenu 49,31 % des voix contre 40,91 % des voix à Geraldo Alckmin. La commission n'a pas précisé si ces chiffres pouvaient constituer un échantillon représentatif du vote national.

Les deux autres principaux candidats, dissidents du Parti des travailleurs de Lula, la sénatrice radicale Heloisa Helena et l'ancien ministre de l'Éducation Cristovam Buarque, obtiennent respectivement 6,6 % et 2,9 %.

Lula doit obtenir une majorité absolue des suffrages exprimés, hors blancs et nuls, pour l'emporter dès le premier tour et éviter un second tour le 29 octobre.

En votant à São Bernardo, son fief de la banlieue industrielle de São Paulo, le président Lula s'était dit «confiant» pour sa réélection au premier tour, tandis que son principal concurrent, le social-démocrate Geraldo Alckmin, a assuré qu'il y aurait ballottage à l'issue du décompte des voix de l'élection présidentielle.

«Je pense que nous allons gagner cette élection d'aujourd'hui. J'espère seulement que le peuple brésilien mettra dans les urnes ses désirs, ses rêves, sa force pour que nous puissions consolider les changements dont le Brésil a tellement besoin», a déclaré Lula après son vote.

Son adversaire Geraldo Alckmin avait voté quelques minutes auparavant dans un quartier huppé de São Paulo. Tout sourire, il a levé les deux pouces en signe de confiance: «Les sondages montrent qu'il y a aura un second tour», s'est félicité le social-démocrate.

Les ultimes sondages, publiés samedi soir, avaient déjà indiqué une tendance montrant que Lula (60 ans), pourrait être contraint à un second tour, prévu le 29 octobre contre le social-démocrate Geraldo Alckmin (53 ans).

Scandale

Au cours de la campagne électorale, Lula semblait assuré de l'emporter haut la main dès le premier tour. Mais la fin de la campagne électorale a été entachée par un scandale portant sur une tentative d'achat d'un dossier anti-opposition par des membres du Parti des Travailleurs (PT), la formation politique du président.

Le 15 septembre, deux personnes liées au PT avaient été arrêtées par la Police fédérale en possession de l'équivalent de 800 000 dollars destinés à l'achat d'informations prétendument compromettantes pour l'opposition.

Lula a immédiatement procédé à un grand nettoyage dans son équipe de campagne, en commençant par son coordinateur, Ricardo Berzoini, président du PT. Huit autres membres de l'équipe de campagne ont été destitués. Mardi, la police a lancé un mandat d'arrêt contre six d'entre eux.

Mais le mal était fait pour certains électeurs qui ont choisi de lui tourner le dos. «Lula m'a déçu», explique Luisa Pena, une artiste de 31 ans de Rio de Janeiro. «Il a promis pendant des années de mettre fin à la corruption, et il y a plus de scandales sous sa présidence que sous la précédente.»

Le président bénéficie cependant toujours d'un large soutien des couches les plus modestes de la société brésilienne, qui ont vu leur prestations sociales s'accroître considérablement depuis son arrivée aux affaires.

«Il est peut-être corrompu, mais c'est le premier président que je connais qui a aidé les pauvres», résume Adenilson da Silva, jeune vendeur de lait de coco, interrogé sur un marché de Sao Paulo.

Geraldo Alckmin, ancien gouverneur de l'État industriel de São Paulo, a mené campagne sur ses compétences techniques et dénonce le bilan de Lula. La pression fiscale, dit-il, étouffe les entreprises, la croissance est en berne, l'agriculture en danger et une grave crise morale s'est développée sous le premier mandat de Lula.

«Lula a eu sa chance, et le Brésil n'a plus de temps à perdre. L'éthique l'emportera sur la corruption», a-t-il lancé dans un bureau de vote de São Paulo, où il s'est rendu avec son épouse.

Outre leur président, les 125 millions d'électeurs brésiliens étaient invités hier à désigner les gouverneurs et à renouveler le Congrès ainsi que les assemblées régionales. Ce scrutin a été endeuillé par le plus grave accident d'avion de l'histoire du pays, 155 personnes étant portées disparues avec presque aucun espoir de retrouver des survivants, après l'accident en pleine forêt amazonienne d'un Boeing 737 de la compagnie Gol vendredi. Lula a décrété trois jours de deuil national.

Reuters avec l'Agence France-Presse