Quatre morts, 51 blessés graves

Entre le 22 mai et le 31 août, les policiers du SPVM ont distribué 1080 constats d’infraction au Code de la sécurité routière aux cyclistes.
Photo: Jacques Nadeau Entre le 22 mai et le 31 août, les policiers du SPVM ont distribué 1080 constats d’infraction au Code de la sécurité routière aux cyclistes.

À force de brûler les feux rouges et de rouler en sens inverse de la circulation ou sur les trottoirs, les cyclistes sont responsables de plus de la moitié des accidents de la route dans lesquels ils sont impliqués à Montréal.

La Division de la sécurité routière du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a analysé un échantillonnage de rapports d'accidents ayant fait des morts ou des blessés graves parmi les cyclistes en 2005. La police en est arrivée à la conclusion que les cyclistes étaient fautifs dans 57 % des cas, comparativement à 43 % pour les automobilistes.

On répétera cette analyse avec les données de 2006 afin de cibler les interventions des patrouilleurs, affirme la policière Nathalie Valois, conseillère à la Division de la sécurité routière du SPVM. «Ça nous a permis d'avoir un portrait complet, même si nous ne sommes pas tellement surpris du résultat, explique-t-elle. Ça nous confirme que cyclistes et automobilistes ne peuvent pas toujours dire que c'est la faute de l'autre.»

En 2005, quatre cyclistes sont morts et 51 ont subi de graves blessures lors d'accidents. Trois des quatre décès sont survenus après que les victimes eurent brûlé un feu rouge. «C'est une statistique qui est assez révélatrice», déplore Mme Valois.La p.-d.g. de Vélo Québec, Suzanne Lareau, ne conteste pas la validité de la démarche du SPVM mais tient à apporter un bémol. «Dans ce bilan, il y a aussi des enfants, à qui on ne peut pas demander le même niveau de responsabilité que les adultes, et des cyclistes trop amochés à la suite d'un accident pour donner leur version des faits», explique-elle.

L'enquête du SPVM a cependant débouché sur une initiative intéressante. La police a mené une campagne de prévention exceptionnellement longue cet été en ciblant autant les voitures que les vélos lors de ses interventions, histoire de rappeler aux deux-roues et aux quatre-roues qu'ils sont condamnés à partager le macadam. «Nous avons misé sur la cohabitation. On ne voulait pas du tout cibler plus l'un que l'autre. Chacun a sa part de responsabilité. Il faut que les gens arrêtent de se cacher les uns derrière les autres. Le réflexe commun des automobilistes et des cyclistes, c'est de se renvoyer la balle», affirme Mme Valois.

Entre le 22 mai et le 31 août, les policiers ont distribué 1080 constats d'infraction au Code de la sécurité routière aux cyclistes. Les infractions les plus courantes étaient, dans l'ordre: rouler sur le trottoir (315 billets d'infraction), brûler un feu rouge (212), circuler en sens inverse (107) ou rouler avec un baladeur (80).

Ces résultats n'ont rien de surprenant pour quiconque côtoie les cyclistes sur une base quotidienne, à pied ou en voiture. S'il fallait que les automobilistes adoptent une attitude aussi délinquante, ce serait l'anarchie complète dans les rues de la métropole, affirme Nathalie Valois. «Les cyclistes adoptent parfois des comportements vraiment téméraires. Si les automobilistes faisaient la même chose, ce serait fou, ça n'aurait aucun sens», dit-elle.

Par contre, les automobilistes sont encore moins vertueux que les cyclistes. Pendant la saison chaude, les policiers de Montréal leur ont collé pas moins de 19 926 contraventions. Les infractions les plus courantes étaient, dans l'ordre: omettre de faire un arrêt obligatoire

(10 867) et brûler un feu rouge (6544) ou jaune (2497).

Selon Suzanne Lareau, le vrai problème est là. «Les automobilistes sont plus délinquants depuis cinq ou huit ans. Avant, je voyais rarement une voiture brûler un feu rouge devant moi à une intersection. Aujourd'hui, j'en vois tous les jours», dit la p.-d.g. de Vélo Québec.

Les voitures ont proliféré plus vite que la population dans la région de Montréal. Le parc automobile a crû de 10 % entre 1998 et 2003 tandis que le taux de croissance démographique s'est établi à 3 %. La présence de 1,8 million de véhicules provoque une nette dégradation de la fluidité du réseau routier et, surtout, de la patience des conducteurs. «Les policiers n'étaient plus là pour faire respecter les règles, et nous sommes tous pareils. On force un feu rouge la première fois, et personne ne nous arrête. On recommence une deuxième et une troisième fois, et ça devient une habitude», dit Mme Lareau.

La témérité sied mal aux cyclistes en raison de leur grande vulnérabilité. Encore cette année, entre le 1er avril et le 8 septembre, le Centre de traumatologie de l'Hôpital général de Montréal a traité six cyclistes frappés par une auto, comparativement à sept l'année précédente. Vingt-neuf autres avaient fait une chute, et un était entré en collision avec un autre vélo. La plupart des victimes ont subi un traumatisme léger. C'est quand même peu lorsqu'on sait qu'il y a 770 000 cyclistes adultes à Montréal, dont 241 000 utilisent leur vélo comme moyen de transport.

Mme Lareau voit d'un bon oeil l'entrée en fonction de 133 patrouilleurs affectés à la circulation depuis le 1er janvier dernier. Mais il en faudra beaucoup plus pour rétablir un semblant de civisme dans les rues. «Au Québec, et à Montréal en particulier, c'est bien triste, mais on est cow-boy. Personne ne respecte les règles, autant les cyclistes, les automobilistes et les piétons, pour la simple raison qu'on ne les fait pas respecter, ces règles.»

Le chat sort enfin du sac. Oui, les cyclistes comptent dans leur peloton d'incorrigibles délinquants. Mais ils seraient moins nombreux qu'il y a une dizaine d'années, selon les observations de Mme Lareau. Au coeur du problème? Le manque cruel de campagnes d'éducation auprès des jeunes, comme il s'en fait pourtant dans certains pays d'Europe. «On devrait faire l'éducation sur la sécurité routière dès le primaire. Et je ne parle pas seulement de deux heures par année avec un policier du quartier», lance Suzanne Lareau.
1 commentaire
  • Michel Gagnon - Inscrit 29 septembre 2006 09 h 43

    Les cyclistes sont victimes du nombre croissant de voitures

    Il est biaisé de s'attaquer aux comportements d'une faible proportion de la population cyclistes dans l'analyse de cette article. Le vrai problème est la croissance incontrôlée du nombre de voitures qui sillonnent les routes de la ville combiné à l'augmentation de l'agressivité des conducteurs et à leur manque de respect du code de la route.

    Nos gouvernements doivent faire en sorte que le transport en commun, le vélo et la marche soient favorisés en ville mais au contraire, ils continuent de financer largement le réseau routier pour l'usage exclusif de la voiture. Il faut songer sérieusement à un recours collectif contre nos différents gouvernements pour négligence envers la protection de la qualité de l'air de notre ville en favorisant continuellement l'automobile ou simplement en ne faisant rien pour stopper l'expansion de son usage. Ils se sont attaquer après de nombreuses années aux fabricants de cigarettes pour les problèmes de santé qu'ils créaient pourquoi ne pas faire la même chose avec l'automobile?

    Analysons donc ce comportement délinquant de négligence de nos gouvernements au lieu de s'attaquer aux pauvres cyclistes qui risquent bravement leur vie à rouler en ville parmi de trop nombreuses voitures. N'oublions pas que les cyclistes ne polluent pas, ils méritent donc de meilleurs conditions de déplacement et doivent être encouragés!