Chevaux en abondance - Le retour de la performance

Ce n'est pas le prix du baril de pétrole qui va freiner l'ardeur de certains constructeurs à toujours vouloir offrir la berline la plus rapide ou la plus puissante sur le marché. En fait, il suffit de jeter un coup d'oeil aux dernières nouveautés à ce chapitre pour constater que, de toute façon, l'argent est une notion bien accessoire pour le propriétaire d'un véhicule de l'une de ces marques.

Cadillac, BMW, Jaguar et même Volvo — reconnue à travers les âges pour le soin apporté à la sécurité de ses voitures — changent de cap. Le luxe, c'est bien beau, mais il semble que le luxe à folle allure, c'est encore plus attrayant!

L'histoire commence lorsque General Motors décide de brasser la cage de ses filiales automobiles alors que la Cadillac, détrônée de son piédestal du «luxe à la va-comme-je-te-pousse», entasse 300 chevaux sous le capot d'une Seville STS, faisant à nouveau belle réputation au fameux moteur Northstar (le 4,6 litres). Sans faire de bruit — ailleurs que sur la route, s'entend —, le modèle fétiche du prestige à l'américaine relance une course entre vieux joueurs: celle de la performance à tout prix.

BMW a haussé la barre avec la M5, affichant une puissance avoisinant les 400 chevaux. Grâce à un moteur V8 de 5 litres, à une suspension en aluminium et à quelques barres antiroulis, on a créé un monstre dans les ateliers de la division M, par ailleurs reconnue pour son travail acharné. La presse spécialisée en parle encore comme de la plus excitante voiture à avoir le droit de circuler sur nos routesÉ

La réponse de Jaguar

C'en était trop pour Jaguar, qui ne pouvait concurrencer ces chiffres avec sa S-Type, moins attrayante au niveau du plaisir de conduire, pour ainsi dire. Profitant de l'arrivée de la nouvelle X-Type pour s'attirer une plus large clientèle qui s'intéresserait peu autrement à un modèle tout ce qu'il y a de plus British, le constructeur anglais a lancé en 2002 une édition plus robuste de la S-Type, nommée S-Type R. À 400 chevaux tout ronds et 408 lb-pi de couple, inutile de dire que la nouvelle berline est désormais la référence en matière de puissance brute dans ce créneau.

Malgré un poids légèrement inférieur à deux tonnes, l'accélération décoiffe: 5,5 secondes, affirme-t-on chez Jaguar. La raison en est toute simple: on a installé dans le ventre de la bête un moteur à huit cylindres de 4,2 litres, auquel on a ajouté un surcompresseur — ce qui explique l'ajout de la lettre R. Les amateurs reconnaîtront la transmission automatique, dont la course du levier prend la forme d'un J et que l'on retrouve sur la X-Type. La boîte de la S-Type R offre six rapports.

Le châssis a été rigidifié, mais il semblerait que ce ne soit pas aussi réussi que sur une M5. Cela dit, pour abréger la suite des détails techniques, il s'agit du modèle le plus performant offert par Jaguar à ce jour en Amérique du Nord. Pour l'homme d'affaires toujours en retard, il s'agit toutefois d'une solution à déconseiller: les autoroutes ne sont pas des pistes de course, malgré le paradoxal message que transmet un tel bolide.

À la suédoise

Que ceux qui croient que Volvo ne construit des voitures que sur la seule prémisse de la sécurité des occupants se détrompent. Le constructeur suédois a décidé de laisser tomber une image qui lui collait un peu trop à la peau et se consacre maintenant lui aussi à la performance.

Ne vous surprenez donc pas d'entendre parler de modèles Volvo performants, comme cette toute nouvelle S60 R, dévoilée en primeur mondiale au récent Mondial de l'automobile de Paris. Inspirée entre autres par le véhicule conceptuel PCC (pour Performance Concept Car), la S60 R est la première véritable voiture de performance fabriquée par Volvo, qui compte l'utiliser pour amorcer une modification de son image de marque — et possiblement aussi de sa clientèle.

Volvo résume les sensations apportées par la R de la façon suivante: «Vous avez l'impression d'être un pilote de course, mais vous n'avez pas à en posséder toutes les connaissances pour conduire cette voiture», affirme le directeur de la division R de Volvo, Hans Nilsson.

La particularité de cette nouveauté réside dans la suspension offerte, qu'on a surnommée la Technologie 4-C (Concept de châssis continuellement contrôlé). Se voulant une façon de réconcilier la dichotomique question de la conduite de course et du véhicule familial, cette technologie utilise l'information véhiculée par des capteurs logés en des endroits stratégiques de la voiture. L'ordinateur peut réagir au comportement de la voiture et l'adapter au type de route en dosant par exemple la rigidité des amortisseurs — une opération qui est effectuée 500 fois à la seconde afin d'assurer que la voiture soit toujours parallèle à la surface sur laquelle elle roule.

Sous le capot, un autre moteur suralimenté: il aligne cinq cylindres de 2,5 litres avec un turbocompresseur délivrant 300 chevaux et 295 lb-pi de couple. Ce n'est pas autant que la Jaguar, mais notez bien ceci: on parle d'un 0-100 km/h théorique en 5,7 secondes. Tout de même! Une transmission manuelle à six rapports est offerte sur la S60 R. Une version tout aussi originale de la V70 (la V70 R), une familiale, a également été présentée par Volvo.

Question d'image

Les consommateurs sont très exigeants, vous diront les constructeurs automobiles. Ils veulent un véhicule propre, économique et performant. Malheureusement pour eux, semble-t-il, on ne peut offrir qu'une de ces qualités à la fois, ce qui nous entraîne dans une course à la performance qui contraste apparemment avec le contexte actuel. Mais, comme bien d'autres industries, celle de l'automobile ne se soucie guère des conjonctures, dans la mesure où les études de marché sont concluantes et que la clientèle allonge les billets vertsÉ