Futur immédiat - La prochaine vague

«Le Canada est dans une position stratégique pour jouer un grand rôle dans la nouvelle ère de l'hydrogène, affirmait récemment Hendrik von Kuenheim, président et chef de la direction de BMW Canada. Tant la volonté politique que les ressources énergétiques sont là pour favoriser l'utilisation de l'hydrogène à cette fin dans l'avenir. Il ne nous manque que l'infrastructure.»

Lors de la 14e Conférence mondiale sur l'hydrogène énergétique, présentée à Montréal en juin dernier, le constructeur bavarois BMW a fait valoir toutes les qualités de l'hydrogène en tant que source énergétique de rechange pour l'automobile. Cette initiative s'inscrit dans une série de mesures effectuées par BMW pour promouvoir l'hydrogène, puisque la Série 7 CleanEnergy — qui était d'ailleurs présentée au moment de la conférence — est le résultat de nombreuses recherches sur le sujet.

À l'heure où les véhicules équipés d'un moteur à essence-électricité se font réalité et que certains constructeurs, comme Honda, ont déjà un pied dans le futur, d'autres poussent la recherche plus loin, mais n'ont toujours pas proposé de solution concrète à une éventuelle crise énergétique ou environnementale.

Véhicules à essence-électricité

Avec la Civic Hybrid, Honda a effectivement mis fin aux rumeurs entourant l'Insight, son véhicule bi-énergie précédent. Décrit par plusieurs comme étant un simple redresseur d'image, l'Insight n'avait rien de concrètement avantageux, si ce n'est l'économie d'essence résultant du moteur assisté par des piles électriques. Et contrairement à Toyota, qui a lancé une voiture compacte à quatre places fonctionnant également avec un moteur assisté, Honda a tardé avant de présenter un modèle crédible. La Honda Civic Hybrid, donc, vient confirmer le sérieux de ces véhicules hybrides.

À preuve, Ford devrait annoncer pour 2003 la venue d'un véhicule utilitaire fonctionnant sur ces mêmes prémisses: l'Escape HEV. Ce véhicule combine une variante du moteur Zetec à quatre cylindres — que l'on retrouve déjà dans l'Escape — à un moteur électromagnétique, lequel recharge une batterie fournissant la puissance à bas régime via la récupération de l'énergie dynamique résultant du freinage, entre autres. L'intérêt de ce véhicule est qu'il est le plus gros à se voir attribuer le qualificatif d'hybride (moteur à essence-électricité). Curieusement, ce véhicule arrive au moment même où le numéro deux américain sabre dans son unité de véhicules électriques, appelée THiNKÉ On veut sauver les apparences?

Hydrogène

Mais il ne s'agirait que d'une génération de transition puisque plusieurs projets relatifs à l'hydrogène sont à l'étude et que, de plus en plus, les échéances se rapprochent. Ces véhicules font totalement abstraction de l'essence d'hydrocarbures. BMW a récemment présenté une Mini Cooper qui carbure littéralement à l'hydrogène. Ford a également présenté, à la Conférence sur l'hydrogène tenue à Montréal, une Focus FCV fonctionnant de la même façon.

Pour assurer le fonctionnement de ces véhicules, au cas où ils seraient commercialisés un jour, il faudrait assurer un réseau de points de distribution d'hydrogène liquide, un peu comme les stations-service actuelles.

Ou alors, comme le suggère l'entreprise Ballard Power Systems de Vancouver, qui joue un rôle-clé dans le domaine, on pourrait vendre aux propriétaires de tels véhicules une borne de régénération d'hydrogène. Celle-ci, comparable à une thermopompe, logerait dans la cour et transformerait l'eau du robinet en hydrogène. En l'espace d'une nuit, elle se remplirait et permettrait ensuite d'alimenter le réservoir d'un véhicule à hydrogène.

Deux avenues sont actuellement explorées par Ballard: un tel dispositif est actuellement à l'essai au Japon et fonctionne à l'électricité, tandis qu'un autre modèle au gaz naturel est en développement à Berlin, en Allemagne.

Hy-Wire de General Motors

Le meilleur exemple de recherches à long terme est sans doute celui de General Motors, dont le prototype actuel porte le nom de Hy-Wire. Présenté au Mondial de l'automobile de Paris il y a quelques semaines, il s'agit de la deuxième génération d'un projet qui devait initialement s'échelonner sur environ 25 ans.

Lors de son dévoilement parisien, Rick Wagoner, président de General Motors, était heureux d'annoncer que cet échéancier avait été révisé. Selon M. Wagoner, 2010 serait la nouvelle échéance proposée à ses ingénieurs. «Après avoir présenté le prototype Hy-Wire sous forme statique à Detroit en janvier, il ne nous aura fallu que huit mois pour réussir à le faire rouler. Cette rapidité indique la vitesse à laquelle nous avançons», a-t-il déclaré.

On pourrait résumer le projet à une rencontre entre deux tendances au sein de l'ingénierie automobile: l'énergie renouvelable, bien entendu, et la conduite assistée par ordinateur, ou drive-by-wire, comme on dit dans un latin approximatif.

Ainsi, non seulement le Hy-Wire répond-il aux questions relatives au carburant, mais il serait aussi très abordable en raison de sa «simplicité». En effet, un châssis indépendant «habillable» intègre tous les systèmes de propulsion et de gestion nécessaires dans une plateforme de 28 cm d'épaisseur. Le moteur électrique, entraînant les roues avant, est disposé en position transversale, tandis que la pile à combustible est montée à l'arrière du châssis.

Celui-ci est ensuite «habillé» d'une carrosserie, et d'un habitacle qui peut prendre des formes variées: monoplace, minifourgonnette, etc. Des prises de courant sont distribuées çà et là sur la plateforme et permettent d'y brancher les systèmes nécessaires.

En plus de constituer un exemple de ce que l'hydrogène peut apporter à l'industrie automobile, le prototype de GM nous donne aussi un avant-goût de ce que sera l'automobile d'ici une ou deux générations. Visiblement différente. À un point tel qu'on peut se demander ce que nous cachent les constructeurs automobiles au sujet du prochain changement drastique dans leur industrie, d'ici 15 ou 20 ans, eux qui nous ont habitués à nous servir les nouvelles technologies à la petite cuiller.

Ce qui est malheureux, c'est que la spontanéité de la plus importante société automobile au monde n'a rien pour rassurer les critiques. On peut alors craindre qu'il ne s'agisse là que d'un coup de marketing visant uniquement à redorer une image en perte de vitesse...