Les purs et durs veulent le départ des ministres «de droite»

La présence de ministres jugés de droite au sein du Parti québécois indispose bon nombre de militants souverainistes. Ces derniers ne se gênent d'ailleurs pas pour demander au trio Facal-Boisclair-Legault d'aller rejoindre les rangs adéquistes plutôt que de pourrir le climat d'un parti dont certains souhaitent même la disparition en vue d'un nouveau départ.

C'est ce qui ressort d'une série de rencontres organisées au cours des derniers mois par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal avec des groupes de militants de diverses régions du Québec. Les résultats de ces rencontres sont colligés dans un document confidentiel daté de septembre dernier et dont Le Devoir a obtenu copie.

«Pour une majorité des gens rencontrés, écrit ainsi le deuxième vice-président de la SSJB, Yves Sabourin, le ministre Facal n'a qu'à se présenter pour l'ADQ s'il veut que le PQ devienne le sosie de cette formation néolibérale. Même chose en ce qui a trait au ministre André Boisclair. Pour sa part, le ministre François Legault est perçu comme le meneur de cette pensée de droite au sein du PQ. Il est considéré comme un carriériste imbu de sa personne, qui se considère au-dessus des autres. Sa manie de vouloir fonctionner par contrats déplaît grandement.»

Le moins que l'on puisse dire à la lecture du document intitulé La mouvance souverainiste québécoise et la relance de la question nationale, c'est qu'il «y a beaucoup d'amertume face à la machine gouvernementale». On comprend mal, par exemple, la sortie fracassante de Joseph Facal au début du mois de septembre dernier, où il appelait les militants péquistes à réviser le modèle québécois.

«41 % des gens rencontrés croient que Joseph Facal a démontré qu'il voulait conserver le pouvoir à tout prix avec sa sortie de droite. Pour sa part, André Boisclair est fortement critiqué par 37 % des militants interrogés. Lorsqu'il est question de la droite à l'intérieur du PQ, le nom de ces deux ministres ainsi que celui de François Legault sont mentionnés par 65 % des répondants.»

Outre la présence de ces personnes au sein du conseil des ministres, deux problèmes principaux sont à l'origine du mécontentement des personnes interviewées: Lucien Bouchard, à qui on impute tous les déboires actuels du parti, et le manque de sensibilité du gouvernement pour les militants de la base.

«Une constante revient inlassablement [lors des rencontres], à savoir que la période de leadership de Lucien Bouchard a été ressentie fort nuisible non seulement au mouvement souverainiste mais, et surtout, à la cause elle-même. Chose certaine, au sein de la famille souverainiste, il occupera une place identique à celle de Pierre Marc Johnson, soit une période sombre de l'histoire souverainiste du Québec moderne.»

À lire ces propos, on croirait que le départ de M. Bouchard aurait réglé bien des problèmes. Or rien n'est plus faux. Les militants estiment que le fantôme de celui qu'ils honnissent plane encore et toujours au-dessus des décisions de son successeur, devenu plus mou avec le temps.

«Pour plusieurs, les bouchardiens contrôlent toujours la machine. [...] D'ailleurs, à la suite du départ de Gilles Baril, Bernard Landry a changé sa méthode directe (le chiffon rouge) pour revenir à la méthode bouchardienne. Ne pas trop brasser la cage de l'adversaire, parler vaguement de souveraineté, de référendum gagnant, etc. Les expressions changent mais le concept est le même. Il y a eu la Révolution tranquille, il y aura (peut-être) l'indépendance tranquille», ironise-t-on.

Résultat de cette nouvelle attitude plus tiède? «Les militants aiment Bernard Landry, mais l'autorité morale que représente le chef n'est plus la même que celle du temps de René Lévesque.»

La base ignorée

Par ailleurs, la scission entre le gouvernement et le parti met en colère les militants, qui sentent qu'on les écarte le plus possible des officines du pouvoir. Dans une proportion de 73 %, les personnes consultées ont soutenu que les députés et les ministres ne tiennent plus compte des militants.

«Cette réflexion devrait faire réfléchir la direction du parti, mais là encore, les militants considèrent que les députés et les ministres sont "protégés" du monde extérieur par les attachés politiques, et ce, dans une proportion de 78 %. [...] C'est comme si le personnel politique s'arrogeait le droit d'informer leur député ou ministre de ce qu'ils veulent bien. Les élus se retrouvent ainsi dans une tour d'ivoire, sans contact réel avec les militants et encore moins avec l'électorat.»

Dans un tel contexte, les militants se font défaitistes. À l'aide d'un calcul inusité — multiplier par sept le nombre de membre d'un parti afin d'évaluer son vote potentiel —, M. Sabourin tire la sonnette d'alarme: le membership du PQ ne dépassant pas les 50 000 personnes, le vote potentiel serait de

350 000 personnes (comparativement à 1,7 million aux dernières élections)! Ainsi, on ne croit pas trop à la réélection du Parti québécois, même si on suggère quelques pistes de solution pour que ce dernier reprenne du poil de la bête.

«Premier constat, la première étape pour atteindre la souveraineté, c'est la réélection du Parti québécois. Qu'on le veuille ou pas, le PQ est la seule formation apte en ce moment pour nous mener à l'indépendance. Certains croient qu'il faut que le PQ meure pour qu'une nouvelle formation souverainiste naisse.»

Une autre proposition consisterait plutôt à faire la promotion de l'indépendance au moyen d'une émission de télévision. À raison d'une diffusion fréquente, quatre soirs par semaine, celle-ci ferait une large place aux raisons qui ont mené certaines personnes, «dont des artistes», à devenir souverainistes.

«Pour ce faire, précise-t-on, il faudrait recueillir près de un million de dollars. Cette tâche serait celle d'une personnalité en qui les donateurs peuvent avoir confiance car, il faut bien le dire, ici, il n'y aurait aucune déduction fiscale. Le but ultime de cette proposition étant la tenue d'un référendum le 23 juin 2003.»