Revue de presse - Triste semaine

Si la GRC espérait sortir indemne de l'affaire Arar, elle s'est royalement trompée. Le rapport du juge O'Connor a provoqué incrédulité et colère à travers le Canada et les appels à une meilleure supervision de la police fédérale se sont multipliés. Pour Andrew Coyne, du National Post, le cas Arar est notre équivalent de l'affaire Dreyfus. «Un homme innocent, membre de la mauvaise minorité à une époque de panique nationale, est injustement accusé et laissé à croupir dans un endroit éloigné digne de l'enfer alors que les agents et les fonctionnaires essaient de gagner du temps, détournent le regard et tentent d'étouffer l'affaire. Cette histoire mérite d'être connue pour ce qu'elle est: l'affaire Dreyfus du Canada.»

Arar n'aurait pas été citoyen canadien ni même totalement innocent ou victime des agissements du Canada que cela aurait quand même été un scandale, écrit Coyne. Mais les fonctionnaires canadiens y ont été mêlés encore et encore, au point où on ne sait plus où commencer. Les fausses informations transmises aux Américains, la description sans fondement d'Arar en tant qu'islamiste extrémiste, le manque de supervision d'agents inexpérimentés, le peu de cas fait par les agents consulaires des allégations de torture... Mais il y a pire, note Coyne: la campagne de dénigrement d'Arar entreprise par la GRC lorsque l'homme, brisé, est finalement revenu au pays. «Ce fut délibéré», s'indigne le journaliste. Tout comme les tentatives de camouflage et les informations incomplètes fournies aux autorités politiques. Et dire que trois autres hommes ont subi le même sort! Selon Coyne, le comportement de la GRC suscite l'inquiétude au-delà des questions de sécurité nationale. Il rappelle le harcèlement subi par un ancien dirigeant de la Banque fédérale de développement, le traitement de Brian Mulroney dans l'affaire Airbus, l'implication de la police fédérale dans le scandale des commandites. «Au mieux, le bilan met au jour une incompétence crasse. Au pire, il suggère une ardeur excessive à vouloir plaire à ses maîtres politiques, voire une politisation [de la GRC].» De l'avis de Coyne, il est grand temps que la GRC fasse le ménage, à en commencer par le bureau du commissaire.

Le Winnipeg Free Press conclut pour sa part que «cette honteuse mise en accusation des services de sécurité canadiens établit clairement que l'ennemi d'Arar n'était nul autre que nous-mêmes». C'est sur la base du portrait complètement erroné d'Arar, dressé par la GRC, que les Américains ont agi, bien que cela ne les excuse pas non plus. Une fois en Syrie, Arar n'a pas pu bénéficier d'une défense cohérente de la part des autorités canadiennes. Et quand il a été libéré, il a dû faire face à une campagne de désinformation sur sa personne, orchestrée par la GRC elle-même. Les responsables, estime le Winnipeg Free Press, doivent être punis et Arar compensé.

Un instant...

Les commentaires de Jane Wong sur la fusillade au Collège Dawson ont soulevé un tollé au Québec mais ont fait très peu de vagues à l'extérieur. Ce qui inquiète davantage dans la foulée de ce drame, c'est l'adoption précipitée de mesures inappropriées et le détournement du débat à des fins politiques. On s'égare lorsqu'on se sert de cette tragédie pour défendre ou condamner le registre des armes à feu, écrit le Vancouver Sun. Le registre n'a pas pu permettre de prévenir cette violence, mais qu'est-ce qui aurait pu le faire?, demande l'équipe éditoriale. «Cela montre la folie de concevoir des politiques en matière de justice sur la base d'un seul événement, aussi médiatisé et tragique soit-il. Mais il s'agit exactement de ce que font encore et encore les politiciens et le public, à notre plus grand détriment.» Le Sun rappelle comment tous les partis ont utilisé la fusillade du Boxing Day, à Toronto, pour promettre des mesures de lutte contre les crimes commis avec des armes à feu alors que le nombre de morts par arme à feu ne cesse de chuter au Canada. Le quotidien affirme que le registre des armes à feu est lui-même le fruit d'une réaction à un événement dramatique, la tuerie de Polytechnique. «Plutôt que de capitaliser sur la mort d'innocentes victimes lors de tragédies très médiatisées, il est grand temps que les politiciens honorent ces victimes en les laissant reposer en paix et en concevant des lois basées non pas sur la panique mais sur des faits.»

On va s'ennuyer

Le doyen des premiers ministres provinciaux a officiellement annoncé son départ. Ralph, comme l'appellent familièrement les Albertains, partira cet automne, ce qui ne surprend personne, mais on attendait qu'il donne le signal pour s'épancher. En effet, en Alberta, on va s'ennuyer de lui, même si on en avait assez. «À la prochaine, Ralph. Ce fut amusant, très amusant», regrette Tom Olsen, du Calgary Herald. Selon lui, son départ annonce la fin de la politique centrée sur la personnalité, car «ce n'est pas seulement ce que Klein a fait qui a marqué mais la façon dont il l'a fait». L'Albertain ordinaire, que Klein appelait affectueusement «Martha et Henry», s'identifiait à lui, relève le Calgary Sun, ce qui explique son inébranlable popularité. Coloré, souvent audacieux, candide, terre-à-terre, il réunissait les qualités qui font les vrais leaders, dit le Sun. Un des rares leaders à voir son bar favori annoncer sa fermeture en même temps que son départ.

Il fallait y penser...

BAE Systems, un des plus gros fabricants de munitions au monde, passe au vert, lit-on dans le Calgary Herald. À l'avenir, les bombes et les balles produites par cette entreprise ne contiendront qu'une quantité infime de produits toxiques et plus aucune trace de plomb. «Les armes seront utilisées, et puisqu'elles le seront, nous tentons de faire en sorte qu'elles soient aussi sécuritaires que possible pour l'utilisateur, de limiter les dommages collatéraux et d'atténuer les effets sur l'environnement», affirme une représentante de l'entreprise. On en rirait si ce n'était pas aussi triste et aussi cynique...

mcornellier@ledevoir.com
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 23 septembre 2006 09 h 46

    Un silence révélateur

    Le silence de la GRC face aux accusations dont elle fait l'objet est hautement révélateur. On peut en effet y voir une ressemblance marquée avec l'attitude de la CIA. Mais notre CIA canadienne n'aura pas à répondre de ses actes devant un comité parlementaire, comme son pendant américain doit le faire périodiquement. Ça resssemble à un pouvoir absolu, non ?