Recensement 2001 - Union libre: le Québec champion mondial

Frileux de se faire passer la bague au doigt, les Québécois? Il semble que oui, puisqu'ils sont les champions de l'union libre non seulement au Canada mais aussi dans le reste du monde!

Les données du recensement de 2001 révélées hier par Statisque Canada montrent sans l'ombre d'un doute que le Québec se distingue — et de loin — des autres provinces. Au total, près de 30 % des couples québécois (soit un peu plus d'un demi-million de couples) vivent avec un conjoint de fait. Ailleurs au Canada, cette proportion n'est que de 11,7 %. Le nombre d'unions libres est d'ailleurs tellement élevé ici qu'il fausse complètement la moyenne canadienne, établie à 16 %.

Mais encore, le Québec devance des pays de tradition libérale reconnue comme la Norvège (24,5 %), l'Islande (19,5 %), la Finlande (18,7 %) et la France (17,5 %). Seule la Suède affiche une proportion comparable à celle de notre province. Il est à noter que les États-Unis viennent loin derrière avec une proportion de couples en union libre de 8,2 % par rapport au nombre total de couples recensé en 2000.

«Il est rare que Statistique Canada fasse ressortir le Québec de ses données pour faire des comparaisons», souligne le sociologue Simon Langlois, professeur à l'Université Laval. «C'est un phénomène générationnel. Le taux de gens choisissant l'union libre est plus élevé parmi la tranche des moins de 45 ans. En parallèle, on voit que les deux tiers des naissances se font hors du mariage.»

Statistique Canada remarque également que les jeunes — Québécois comme Canadiens — optent de plus en plus pour l'union libre. Au Québec, les moins de 35 ans choisissent cette option dans 63 % des cas. Et si les chiffres sont toujours modestes dans le reste du Canada, on voit que 40 % des hommes et femmes âgées de 30 à 39 ans décident en premier lieu de vivre en union libre.

Et ce n'est pas tout. De toutes les régions du Québec, c'est l'Abitibi-Témiscamingue qui présente la plus importante proportion de couples vivant en union libre. Dans cette région, 37 % des couples vivent ensemble sans être mariés. Suivent de près les régions des Laurentides (36 %) et de la Côte-Nord (35 %). Ferment la marche Montréal (25 %), Laval (26 %) et le Saguenay-Lac-Saint-Jean (28 %).

La région métropolitaine mérite qu'on s'y attarde. «Il y a une très grande différence entre les francophones, d'un côté, les anglophones et les allophones, de l'autre, explique Simon Langlois. Ces derniers se marient beaucoup plus et ont des enfants à l'intérieur de leur mariage. Si on sépare les francophones montréalais du lot, ils s'alignent avec le reste des francophones de la province.»

Mais pourquoi cette propension à l'union libre? Certains montrent du doigt le féminisme ou la pauvreté. «Cela n'a rien à voir», croit M. Langlois. Selon lui, il s'agit plutôt du rejet de la religion et de tout ce qui vient avec elle. «L'Église québécoise a manqué le virage de la modernité. Aujourd'hui, la croyance est plus personnelle et personnalisée. [...] Plusieurs jeunes ont été élevés dans un univers où on ne leur a pas montré ce qu'est la spiritualité. Ils confondent souvent le mot avec le nouvel âge ou l'ésotérisme.»

Des deux millions de familles québécoises, 58 % sont néanmoins toujours dirigées par des couples mariés, 25 % par des couples vivant en union libre et 17 % par un parent seul. En tout, 63 % des familles ont des enfants à la maison. «En 2001, seulement trois familles sur dix (29 %) au Québec étaient des couples mariés ayant des enfants à la maison. Il s'agit de la plus faible proportion au Canada», fait cependant remarquer Statistique Canada.

Ces données sont la démonstration que les modes de vie ont changé, souligne Simon Langlois. «Il y a de plus en plus de couples sans enfant. La fécondité est moindre. Ceux qui ont des enfants entre 25 et 30 ans se retrouvent — comme c'est mon cas — à nouveau seuls à la maison au début de la cinquantaine. Bref, la diversification se poursuit.»

Notre province se distingue également pour le fort nombre de personnes habitant seules (voir l'autre texte en page A3). Sur trois millions de ménages, le tiers sont constitués d'une personne vivant seule. En proportion, le Québec devance les autres provinces et territoires canadiens. Il y a même plus de personnes seules que de ménages composés de quatre personnes.

Dans le même ordre d'idées, Statistique Canada indique que le nombre de ménages a crû de 6,9 % depuis 1996. «Le nombre de ménages augmente plus vite que la population parce qu'il y a plus de personnes seules et que les ménages sont plus petits, insiste Simon Langlois. Pour l'économie, cette donnée est intéressante. Pour chaque ménage, on a besoin de peinture, du téléphone, du câble, etc.»

Par ailleurs, Statistique Canada publiait pour la première fois de son histoire des données sur les couples de même sexe (voir l'autre texte en page A3). L'enquête de l'organisme fédéral révèle que 34 200 couples homosexuels ont déclaré vivre en union libre, ce qui représente 0,5 % de l'ensemble des couples canadiens. De plus, l'organisme fédéral remarque qu'il y a légèrement plus d'hommes en union libre (55 %) que de femmes.