Le PC voit disparaître son sauveur

Ottawa — Le Parti progressiste-conservateur devra se chercher un sauveur ailleurs qu'en la personne de Bernard Lord, actuel premier ministre du Nouveau-Brunswick. M. Lord a en effet mis fin aux supputations, hier après-midi, en annonçant qu'il ne sera pas candidat pour remplacer Joe Clark.

«J'annonce aujourd'hui que la porte est non seulement fermée, elle est maintenant aussi verrouillée, a lancé M. Lord en point de presse. Je vais compléter mon premier mandat comme premier ministre du Nouveau-Brunswick et je vais demander à la population du Nouveau-Brunswick de m'en confier un deuxième lors d'élections qui seront tenues au Nouveau-Brunswick fort probablement à l'automne ou la fin de l'été 2003.»

Bernard Lord annonçant qu'il ne fera pas le saut sur la scène fédérale, c'est tout l'espoir d'une renaissance des bleus à Ottawa qui se dégonfle. Joe Clark a annoncé qu'il quitterait la barre du parti en août. Le congrès au leadership aura lieu en mai ou en juin prochains, mais les candidats d'envergure ne se bousculent pas au portillon. Les noms des députés néo-écossais Peter MacKay et Scott Brison, ainsi que ceux de John Tory, actuel président de Rogers Cable, et de Hugh Segal, de l'Institut de recherche en politique publique et candidat en 1998 contre Joe Clark, circulent.

Tentant de faire bonne figure, M. Clark n'a pas traité cette annonce comme la mauvaise nouvelle que d'autres y voient. «C'est une décision que je peux comprendre de la part de M. Lord. Il est un premier ministre efficace et excellent. Dans un sens, je regrette qu'il ne soit pas parmi les candidats excellents qui cherchent la direction de notre parti. Mais il y en a plusieurs autres de qualité qui seront là.»

Son député MacKay en a rajouté. «J'aurais aimé le voir dans la course, il aurait pu raviver les débats dans le parti. Mais je respecte sa décision. Et j'ai l'intention de solliciter son avis lorsque je demanderai si je dois me présenter dans la course ou non.»

Bernard Lord, 37 ans, parfaitement bilingue, pouvait prétendre courtiser autant les provinces atlantiques que le Québec tout en misant sur sa fraîcheur et sa nouveauté pour faire des gains en Ontario et dans l'Ouest. Celui qui a présidé au retour au pouvoir du Parti conservateur dans sa province, après le long règne libéral de Frank McKenna et de ses successeurs (12 ans), était perçu comme le sauveur qui pourrait rééditer l'exploit au fédéral. Ce ne sera pas le cas. Mais il insiste que ce n'est pas parce qu'il a jugé que le défi était impossible.

«Si cela avait juste été une question d'évaluer les risques d'aller en politique fédérale, probablement que j'y serais allé. Je crois que les Canadiens veulent un changement. [...] Le Parti libéral du Canada se sent intouchable et ne met pas toute l'attention nécessaire sur les enjeux du Canada.»

Il a dit avoir discuté de la chose avec son épouse et avoir pris sa décision finale la veille, convaincu par le regard de son fils. Il y a plusieurs titres qui peuvent être flatteurs: premier ministre provincial ["premier", en anglais], premier ministre, mais rien n'est plus important que d'avoir mon fils ou ma fille qui m'appellent papa!», a lancé celui qui, malgré ses responsabilités, a encore le temps de conduire ses enfants à l'école chaque matin.

S'il fait cette annonce maintenant, c'est qu'il a compris que les hypothèses sur son avenir politique commençaient à nuire à son travail de premier ministre de la province. Lors d'annonces importantes, a-t-il expliqué, il recevait deux ou trois questions «polies» sur l'annonce elle-même, puis une dizaine sur son avenir politique.

«J'ai un discours important sur la santé la semaine prochaine et je ne voulais pas que le discours que j'allais présenter soit mis au deuxième rang par rapport à mon avenir personnel», a dit M. Lord.

Le premier ministre a fait valoir qu'il avait encore beaucoup de travail à effectuer dans sa province et qu'il avait l'impression qu'il pouvait avoir plus d'impact en restant premier ministre.

Quant au chef de l'Alliance canadienne, Stephen Harper, il ne s'est pas dit soulagé de la décision de M. Lord. Les sondages indiquent un fléchissement de l'appui à son parti au profit de celui de Joe Clark, et d'aucuns prédisaient une accélération de cette tendance si M. Lord se portait candidat au leadership conservateur.

M. Harper soutient qu'il n'analyse les candidatures au leadership du Parti conservateur qu'en fonction de leur ouverture à discuter de collaboration avec lui. «Mon seul intérêt dans cette course au leadership, c'est de savoir s'il y a quelqu'un qui veut travailler avec nous pour faire opposition au Parti libéral. M. Lord, pour autant que je sache, ne tombait pas dans cette catégorie.»