«Vos enfants ne sont en sécurité nulle part» - Regain d'anxiété à la lecture d'un message du tueur

Un policier lourdement armé examine le contenu du coffre d’une voiture à Aspen Hill, au Maryland, où une autre personne a été tuée par un tireur embusqué. — Photo: Chuck Kennedy KRT
Photo: Un policier lourdement armé examine le contenu du coffre d’une voiture à Aspen Hill, au Maryland, où une autre personne a été tuée par un tireur embusqué. — Photo: Chuck Kennedy KRT

«Vos enfants ne sont en sécurité nulle part, à aucun moment»: le tueur mystérieux de la région de Washington a pour la première fois adressé des menaces spécifiques à l'encontre d'enfants, provoquant un regain d'anxiété au sein d'une population déjà traumatisée par le meurtre de dix personnes.

Le message calligraphié a été lu hier d'un ton dramatique à la presse par le commissaire Charles Moose, chargé de la coordination de l'enquête autour de l'inconnu qui terrorise la capitale fédérale et ses alentours depuis le 2 octobre.

L'officier de police a indiqué que cette menace en forme de post scriptum faisait partie d'un message plus général dont il n'a pas dévoilé le contenu.

«Nous répondrons bientôt à ce message», a-t-il dit.

«Tous nos citoyens sont en danger», a ajouté le commissaire Moose, admettant que le tueur a montré son «aptitude à tuer des personnes sans distinction d'âge, de race, de sexe, n'importe quel jour et n'importe où.»

Selon la chaîne de télévision CNN, cette réaffirmation de l'officier de police aurait la forme d'un message codé au tueur, lequel constituerait d'ores et déjà une réponse aux éléments non publiés de la lettre qu'il a écrite.

La publication partielle de ce message survient le jour où le tireur a, selon toute vraisemblance, tué une dixième personne, un conducteur d'autobus de 35 ans, père de deux enfants, à Silver Spring (Maryland, est), à une vingtaine de kilomètres au nord de Washington.

Les médias américains se sont immédiatement interrogés sur le bien-fondé de la décision de rendre public une partie du message, estimant qu'une telle décision équivalait à rejeter la responsabilité de la sécurité des enfants sur les parents.

«Nous pensons qu'il est important de transmettre cette information au public bien qu'elle ait été uniquement adressée à la police», s'est contenté d'expliquer le commissaire Moose, qui a refusé de répondre aux questions des journalistes.

La lettre se trouve actuellement dans les laboratoires du FBI (police fédérale) et est soumise à une série d'examens, notamment pour déceler un ou plusieurs indices permettant de conduire les enquêteurs jusqu'à son auteur, notamment des empreintes, des poussières, ou des particules organiques qui faciliteraient la détermination de l'ADN du tueur.

La mort hier à l'aube du conducteur d'autobus, qui n'a pas été attribuée officiellement au tueur, avait incité les autorités locales à fermer les écoles se situant dans le secteur de l'incident.

Une décision similaire a été prise ces derniers jours près du site d'autres tirs, notamment en Virginie.

Parmi les douze personnes officiellement touchées par le tueur, deux ont été blessées, dont un enfant de treize ans qui se trouvait à l'entrée de son école à Bowie, dans le Maryland, au nord-est de Washington. Les autres personnes touchées par le tueur sont toutes des adultes.

Le président George W. Bush a exprimé le sentiment qui prédomine dans la région en espérant que «le tireur sera capturé, et cela au plus tôt».

La nouvelle victime a été touchée alors qu'elle se tenait debout à côté de son autobus à l'arrêt, dans le comté de Montgomery (Maryland).

C'est dans ce même comté que s'était initialement manifesté le tireur embusqué, et la police de Montgomery, chargée de l'enquête, a déployé des moyens impressionnants pour mettre la main sur l'auteur de ces actes.

Les principales routes ont été bloquées tandis que les enquêteurs contrôlaient les véhicules, notamment ceux conduits par des hommes. Des agents, des hélicoptères et des unités de chiens de la police ont pris part à la chasse à l'homme, relayée par tous les médias du pays. Mais le tireur semblait une fois de plus avoir pris le large.

Le dernier épisode de ce fait divers qui tient en haleine les États-Unis risque d'alimenter encore davantage la psychose.

Qui plus est, l'activité économique de la région a été profondément atteinte, de nombreuses personnes préférant ne pas s'exposer dans la rue. La plupart des victimes du tireur ont été touchées dans des zones commerçantes ou dans des stations-service.

Trouver la faille

Des criminologues qui tentent de cerner la personnalité du tueur pour trouver la faille qui pourrait le perdre, s'accordent généralement à décrire un individu «assoiffé de pouvoir», plutôt qu'un tireur très expérimenté.

«C'est un être dérangé qui pense qu'il a le pouvoir de vie et de mort au bout des doigts», selon Charles Bahn, professeur de psychologie de la criminalité au collège de justice pénale John Jay, à New York. «Il a peut-être fantasmé d'être pris pour un tireur d'élite», a-t-il ajouté.

Le tueur emploie des balles d'un calibre de 5,56 mm pouvant être tirées à grande distance par fusil. Ces types d'armes et de munitions sont largement accessibles aux États-Unis, et la précision de la trajectoire de la balle ne requiert pas un talent de tireur particulier, selon les experts interrogés.

Le sens pratique du tueur lui a par ailleurs fait choisir pour ses crimes des lieux situés à proximité de grands axes routiers, lui permettant de mettre à profit les quelques minutes de flottement parmi les témoins après chaque tir pour s'échapper sans être remarqué.

Toutes ces circonstances conduisent Arnett Gaston, professeur de psychologie à l'université du Maryland, à considérer qu'il a «plus de chance que de talent».

«Il n'a pas besoin d'un cerveau très puissant pour choisir des victimes au hasard», note-t-il, en soulignant que seul son interrogatoire pourrait permettre de déterminer si les attaques sont menées en application d'un plan calculé.

«Quand il sera examiné par des psychologues et des psychiatres, on découvrira peut-être qu'il a un trouble de la personnalité, il agit peut-être sous l'effet d'une psychose», estime M. Gaston.