Dix ans de présence musicale en Estrie

Si elle fête en grande pompe cette année son 10e anniversaire, l'École de musique de l'Université de Sherbrooke n'en a pas moins connu une longue incubation. Ses premiers balbutiements sont dûment répertoriés en 1979 alors qu'à l'occasion de la cérémonie d'ouverture du 25e anniversaire de la fondation de l'Université, Jacques-Yvan Morin, ministre de l'Éducation, annonce publiquement qu'il donne son accord à la création de cette école. Beaucoup de notes ont été poussées pourtant avant que celle-ci ne voit vraiment le jour. Pourtant, dès 1980, les professeurs étaient choisis, le directeur Brian Ellard nommé et les premiers cours d'instruments d'orchestre offerts. Mais l'on nage alors en pleine crise économique et de nombreuses compressions sont annoncées; le couperet tombe et le projet, à peine démarré, ne reçoit plus l'aval du ministère. Tout reste en plan. Le directeur se voit contraint de démissionner, dépourvu qu'il est de tout appui.

Un déblocage, enfin, s'opère. Une école de musique va naître. Car le milieu musical de Sherbrooke tentera de faire avancer les choses et, grâce à la concertation dont il fait preuve, parviendra à faire aboutir la remise sur pied du projet. En décembre 1990, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science (de qui le dossier relève dorénavant) a accordé les fonds nécessaires à l'aménagement de l'École de musique sur le campus de l'Université de Sherbrooke. Cette école fut installée dans l'ancienne cafétéria de l'université (!), et le bâtiment qui l'abrite maintenant a été réaménagé. L'équivalent d'une faculté de musique mais «en plus petit» fait donc partie intégrante du campus et, depuis quelques années, l'École est même intégrée au département de la faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke, ce qui l'allège de bien des tracas administratifs.

La formation universitaire qu'on y offre, soit le baccalauréat en musique, est davantage inspirée des systèmes américain et britannique alors que le conservatoire, traditionnellement axé sur l'étude de la formation instrumentale, serait davantage français. Depuis quelque temps, un diplôme de deuxième cycle est également proposé. «C'est un jeune anniversaire», convient Jean Boivin, spécialiste de la musique contemporaine au Québec, professeur agrégé d'histoire de la musique à l'École de musique de l'Université de Sherbrooke et membre du corps enseignant depuis les tout débuts.

Départ

Détenteur d'un diplôme d'études approfondies de l'Université de Paris IV-Sorbonne et d'un doctorat en musicologie de l'Université de Montréal, il se rappelle le chemin parcouru depuis 1992 avec beaucoup d'enthousiasme. «Il s'agit de 10 années bien remplies et même mouvementées par moments. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit du seul établissement universitaire qui offre le baccalauréat en musique à l'extérieur de Montréal et de Québec (l'université Bishop's offrant de son côté une majeure en musique). La partie n'était pas gagnée d'avance. Pour nous, les 10 ans marquent une étape très importante. Nous étions trois professeurs au départ et la première cohorte comptait 18 étudiants, alors qu'il y en a maintenant 180. Nous continuons de vouloir très bien les encadrer et nous sommes en mesure de les suivre, davantage peut-être que ne le peut une plus grande école, souvent plus anonyme. La proximité de l'enseignement dispensé ici et la priorité accordée à la musique de chambre reflètent sans doute le mieux la couleur de l'École.»

Malgré l'unique décennie qu'elle compte, l'École de musique de l'Université de Sherbrooke concrétise un projet très ancien. Sa «préhistoire» remonte à l'après-guerre, alors que des discussions à l'effet de doter la région d'un établissement d'enseignement supérieur de musique avaient cours. «Le chef d'orchestre et compositeur Sylvio Lacharité avait lancé l'idée d'un conservatoire en Estrie. C'est une région très riche au niveau culturel et il y a une longue tradition musicale ici. Il y avait beaucoup de musique dans la région et le milieu avait souvent fait la demande d'un conservatoire, ce qui a conduit à l'idée d'ouvrir une école reliée à l'Université de Sherbrooke.»

Appui du milieu

M. Boivin soutient d'ailleurs que le lien avec les gens actifs dans le domaine musical est demeuré étroit tout au long du processus de mise en place de l'École. «Il y a souvent des moments difficiles dans l'enseignement des arts et lorsqu'on a eu des craintes à nouveau pour l'avenir de l'École, le milieu a manifesté son appui. Cela nous a permis, de concert avec la direction de l'Université de Sherbrooke, de trouver une façon de gérer les choses pour que l'École fonctionne et qu'elle continue de se développer. Sherbrooke est, par ailleurs, une des rares villes au Canada où il y a un enseignement de la musique à tous les niveaux, depuis le primaire jusqu'au niveau universitaire.»

Responsable des activités entourant le 10e anniversaire, M. Boivin a élaboré une série de concerts qui se répartira sur toute l'année académique. Présentés surtout les dimanches après-midi, ces concerts seront l'occasion d'apprécier les divers talents rattachés à l'École. «On a voulu mettre en valeur les forces de notre équipe professorale — puisque plusieurs professeurs sont aussi instrumentistes — de même que le talent de nos diplômés.» La formule d'un concert d'une durée de 75 minutes sans entracte permettra aussi d'accueillir le stage-band de l'École, qui a remporté de nombreux prix en plus d'avoir enregistré son premier disque. On souligne aussi la participation de l'Ensemble Musica Nova, qui a fait une tournée au Québec ayant connu beaucoup de succès. «Et puis, une autre participation qui me tient beaucoup à coeur et que je suis très content d'avoir pu réaliser, c'est la présence du claveciniste Dom André Laberge, un très grand musicien qui se produit très rarement en solo et qui a accepté de donner un récital bénéfice afin d'accumuler des fonds pour permettre aux musiciens de recevoir des classes de maître.»