Sondage Léger Marketing - Le Devoir - TVA - The Globe and Mail - L'ADQ recule

Photo: Jacques Nadeau

La vague adéquiste connaît un mouvement de ressac. Pour la première fois depuis le printemps dernier, l'engouement pour l'Action démocratique du Québec recule, selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir-TVA -The Globe and Mail.

L'avance de l'ADQ dans les intentions de vote s'est effritée de quatre points. Après avoir atteint un sommet avec 40 % d'appuis en août dernier, le parti de Mario Dumont conserve la première place mais de façon moins affirmée. Le présent sondage place l'ADQ, après répartition des indécis, en tête avec 36 % des suffrages. Le PLQ récolte 32 % des appuis, alors que le Parti québécois ferme la marche avec 27 %.

Le glissement de l'ADQ, qui se fait notamment au profit des libéraux, survient après l'application de la stratégie de Jean Charest consistant à attaquer son adversaire sur ses valeurs. L'écart entre les deux partis s'est réduit, passant de 11 points à quatre points.

Concrètement, le PLQ retrouve ainsi des appuis chez les jeunes de 18 à 24 ans (38 %) ainsi que chez les personnes âgées de 65 ans ou plus (51 %).

Ce sondage Léger Marketing, réalisé du 9 au 13 octobre, soit quelques jours après la tenue du congrès de l'ADQ qui s'est terminé sur une fausse note, marque un changement de cap majeur pour l'ADQ, après une montée fulgurante de 29 points en six mois. Même la cote de popularité de Mario Dumont est en baisse (voir en page A-3). Ce sondage a été effectué auprès de 1005 personnes, avec une marge d'erreur maximale de 3,1 %, 19 fois sur 20.

Depuis le début de l'automne, des événements ont vraisemblablement bousculé cette adhésion nouvelle. Mario Dumont a prononcé, au Canadian Club de Toronto, un discours qui l'a positionné nettement à droite sur l'échiquier politique, libéraux et péquistes ont concentré leurs attaques sur le programme de l'ADQ et le congrès adéquiste a soulevé certains problèmes de cohésion au sein de l'équipe.

«L'ADQ a monté trop tôt, trop vite, estime Jean-Marc Léger, de Léger Marketing. Il y a un doute qui s'installe. Il y a un moment de vérité pour l'ADQ et il est maintenant. C'est un parti qui arrive à l'adolescence et qui est en train d'acquérir sa maturité. C'est maintenant qu'on verra quel type d'adulte l'ADQ sera.»

Pour l'instant, le terrain apparaît moins glissant du côté des francophones, où l'ADQ domine toujours avec 41 %, bien qu'elle y ait perdu cinq points. L'ADQ conserve une avance de 10 points sur le PQ, qui reçoit 31 % d'appuis chez les francophones, et de 17 points par rapport au PLQ.

Malgré cette première place chez les francophones, rien ne permet d'affirmer, comme lors du sondage d'août, que l'ADQ formerait un gouvernement majoritaire. Le PQ a gagné deux points et le PLQ quatre auprès de ce groupe.

Si cette situation devait se maintenir jusqu'aux élections générales, des luttes régionales sont à prévoir. Dans 85 des 125 circonscriptions, le vote francophone fait la différence, rappelle Jean-Marc Léger.

Mais, d'ici le prochain scrutin, le choix des électeurs pourrait encore bouger. Le sondage révèle que 48 % des électeurs disent que leur décision n'est pas définitive. Chez les adéquistes, un électeur sur deux pourrait changer d'idée.

Deux groupes d'âge en particulier apparaissent plus enclins au changement. Il s'agit des répondants âgés de 18 à 24 ans (64 %) et de ceux âgés de 25 à 44 ans (56 %).

Pour Jean-Marc Léger, il est clair que l'ADQ est fragile, tant par son recul qu'à cause de la volatilité de son électorat. Selon lui, le vote en faveur de l'ADQ était déjà instable avant ce sondage, compte tenu qu'il est motivé d'abord et avant tout par le rejet des deux grands partis. Mais voilà que la forte volonté de changement dans la population jouerait maintenant contre l'ADQ. «L'électeur réfléchit et se montre plus sceptique. L'électeur est libéré des contraintes partisanes», dit-il.

Ce dernier rappelle que, pour la première fois, l'ADQ a dû subir la critique. Le programme adéquiste est à droite et l'électorat au centre. Et, traditionnellement, le Québec n'est guère un terreau fertile pour les idées de droite, souligne-t-il. «Il y a un certain nombre de prises de position de l'ADQ, dont la "flat tax" et la sécurité d'emploi pour la fonction publique, qui heurtent de plein fouet les perceptions québécoises. Si le discours est recentré, l'ADQ sera qualifiée d'opportuniste. Si le programme reste à droite, les électeurs vont déserter», tranche Jean-Marc Léger.

L'ADQ est en pleine crise de croissance.