Une riposte au palmarès des écoles secondaires

Les fédérations d'écoles publiques et privées soutiennent un projet de recherche de l'Université de Montréal qui se veut la riposte au célèbre Bulletin des écoles secondaires du Québec, dont la prochaine édition paraîtra le 1er novembre.

Critiques quant aux mesures et résultats véhiculés par le Bulletin de l'Institut Fraser et de l'Institut économique de Montréal, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) ainsi que la Fédération des établissements d'enseignement privé (FEEP) appuient la démarche d'un groupe de chercheurs du département des sciences de l'éducation de l'UdeM, a appris Le Devoir.

Ces deux groupes, qui représentent l'ensemble des écoles publiques et privées du Québec, cautionnent ce projet universitaire à la fois financièrement et moralement: en effet, ils y voient une riposte adéquate au célèbre palmarès des écoles secondaires, qui sera de nouveau publié dans la revue L'Actualité au début novembre.

Menée par le professeur Jean-Guy Blais, professeur à la faculté des sciences de l'éducation de l'UdeM, cette recherche, encore embryonnaire, serait la réponse «nuancée» au palmarès lui-même, critiqué notamment pour le choix de ses mesures de comparaison mais néanmoins très populaire auprès des parents. «Nous voulons voir ce qui peut être fait de différent et de mieux que la publication d'un palmarès qui présente plusieurs lacunes sur le plan méthodologique et scientifique», explique Jean-Guy Blais.

Le chercheur, lié au Laboratoire de recherche et d'intervention portant sur les politiques et les professionnalités en éducation (Labriprof), compte notamment compiler l'ensemble des notes des élèves du secondaire aux épreuves uniques de mathématiques et de langue maternelle (tant anglais que français) depuis 1994, des données que le ministère de l'Éducation doit lui fournir sous peu. «On voudrait profiter du fait qu'on va utiliser les résultats de chaque élève plutôt que la moyenne d'une école, ce qui est aberrant en soi», poursuit M. Blais.

Le chercheur, qui croit pouvoir présenter les premiers résultats de cette recherche au printemps prochain, souhaite, dans sa propre analyse, permettre de distinguer les écoles les unes des autres en utilisant notamment des variables telles la sélection faite à l'entrée, les revenus des parents ou le milieu socioéconomique. «Loin de nous l'idée de faire notre propre palmarès! Il s'agit de faire contrepoids à l'image négative que donne le palmarès de certaines écoles et de nuancer des analyses qui m'apparaissent grossières», affirme M. Blais.

Le Bulletin, qui a chaque année fait la part belle aux écoles privées, premières de classe, est sérieusement remis en question par la Fédération des établissements d'enseignement privé, qui appuie le projet de recherche du professeur Blais. «Le palmarès ne rend justice ni à l'ensemble des écoles publiques ni aux écoles privées», explique Micheline Lavallée, secrétaire générale de la FEEP. «Chez nous aussi, les jeunes ne partent pas tous au même point de départ.»

La FEEP, qui donne une «caution morale» ainsi qu'un soutien financier au projet, a été séduite par la présentation des chercheurs, qui semblent «vouloir investiguer un éventail plus grand de facteurs». «Le palmarès, c'est comme un mal qui existe, mais c'est devenu un mal nécessaire», ajoute Mme Lavallée. «Alors, pourquoi ne pas produire un outil qui donne une mesure plus juste de ce qui se passe dans les écoles?»

Comme la FCSQ, le regroupement d'écoles privées sera toutefois très attentif aux résultats de cette recherche, toujours au stade de projet. «Nous trouvons insoutenable qu'un palmarès compare une école privée en adaptation scolaire à un établissement qui forme nos prochains dirigeants», explique Micheline Lavallée, concédant toutefois que certains établissements privés brandissent le Bulletin pour faire leur publicité auprès des parents. «On n'a jamais voulu pavaner pour dire qu'on était les meilleurs. Ce qu'on veut, c'est davantage un rapport d'équité qu'un rapport d'intérêt.»

Du côté public, on soutient aussi les idées du professeur Blais, en ayant l'oeil ouvert sur l'utilisation qu'on fera des données fournies par le ministère. «On ne veut pas un autre palmarès, c'est clair», explique à ce sujet Denis Pouliot, directeur des communications à la FCSQ. «On veut donner une meilleure information, et une information juste et transparente.»

La FCSQ, qui soutient le projet à hauteur de 10 000 $, a toujours vertement dénoncé la publication du Bulletin des écoles secondaires, qui lui paraît injuste dans le traitement qu'il fait des données.

Sollicitée elle aussi, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) n'a pas donné suite aux demandes des chercheurs, pour des «raisons administratives», explique-t-on au syndicat. «Nous préférons juger le produit plutôt que le projet», explique Jocelyn Berthelot, chercheur à la CSQ. «Nous faisons le pari que ce dont la société a le plus besoin, ce ne sont pas tant des informations destinées à faciliter le choix d'école des parents mais plutôt des données qui permettent aux établissements eux-mêmes de s'améliorer.»

L'un des auteurs du Bulletin, Richard Marceau, voit d'un bon oeil cette «concurrence» qui se prépare sur le terrain. «Fantastique. Il y avait peu de recherches sur le sujet, alors si le Bulletin a contribué à inspirer d'autres chercheurs, c'est un succès», a-t-il expliqué hier, refusant de livrer quelque information que ce soit sur la prochaine édition de ce fameux Bulletin, sinon qu'il y aura «du nouveau» et qu'elle contiendra des «ajouts et des compléments».

Le Bulletin des écoles secondaires du Québec se veut un outil de mesure et de comparaison de la performance des 470 écoles secondaires privées et publiques du Québec. Une mesure de la performance de chaque école, sur une échelle de 0 à 10, permet de noter les établissements, du meilleur au pire.