Revue de presse - Boucler la boucle

La conférence des ministres des Finances a pris fin cette semaine sans offrir de résultats tangibles. Impasse réelle ou stratégique? John Ibbitson, du Globe and Mail, soutient que la dissension entre les provinces sert bien le fédéral, qui a déjà une bonne idée du remède qu'il veut appliquer au déséquilibre fiscal. Et ce remède choquera plusieurs d'entre elles. Celles qui veulent voir les paiements de péréquation bondir seront déçues d'apprendre que les conservateurs aiment bien le rapport O'Brien, qui suggère de revenir à une formule prévisible de péréquation tout en limitant la croissance des versements. Mais ce qui agacera le plus, croit Ibbitson, sera le marché qu'Ottawa offrira aux provinces: plus d'argent à long terme en échange d'une participation fédérale dans des domaines de compétence provinciale jugés d'«intérêt national». Il cite les infrastructures, l'éducation postsecondaire et les valeurs mobilières. Tout un changement, note Ibbitson, de la part d'un parti qui se disait décentralisateur et soucieux des prérogatives provinciales. «Les programmes de rééducation du ministère des Finances et du Conseil privé, conçus pour former les politiciens débutants à voir le monde à travers les yeux de la bureaucratie fédérale, semblent avoir réussi de façon splendide», écrit-il.

La zizanie provinciale est-elle là pour toujours? Ça reste à voir. Comme le Toronto Star la semaine dernière, le Globe and Mail a noté quelques signes d'ouverture dans la position ontarienne sur le déséquilibre fiscal, signes qui pourraient plaire au Québec. Le premier ministre Dalton McGuinty, qui s'oppose toujours à un enrichissement de la péréquation et qui veut toujours une hausse des transferts aux provinces, a lancé l'idée qu'Ottawa cède aux provinces les quelque 30 milliards en TPS qu'il perçoit chaque année. Ça vous rappelle quelque chose? Le rapport Séguin sur le déséquilibre fiscal proposait cette solution. Cette fois-ci, la suggestion apparaît dans un document de discussion publié par le gouvernement ontarien en marge d'un sommet sur l'avenir de la province.

Le visage de la diversité

Le Toronto Star, de son côté, publie depuis samedi dernier une série sur la diversité de la société canadienne et la situation des minorités ethniques. Selon Nicholas Keung et Prithi Yelaja, les conditions d'existence de ces minorités varient en fonction du pays d'origine, de l'apparence, de l'image qu'en donnent les médias et du poids politique qu'elles ont. Selon une enquête réalisée l'an dernier auprès de 3000 personnes établies à Montréal, Toronto et Vancouver, les Italo-Canadiens rapportent peu de cas de discrimination et manifestent une confiance supérieure à la moyenne dans les institutions publiques. Les membres des «minorités visibles», par contre, vivent des expériences différentes. Plus de la moitié des Noirs disent avoir été victimes de discrimination, suivis par les Chinois (45 %), les Latino-Américains (38 %), les Sud-Asiatiques (37 %), puis les Moyen-Orientaux et les Arabes (36 %), qui disent faire face à plus de méfiance depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Mais l'enquête révèle aussi que les membres des groupes sondés manifestent, comparativement à la moyenne des citadins canadiens, un attachement plus fort à leur communauté ethnique, religieuse ou raciale. Tous, cependant, disent aussi tenir au Canada. Les Italiens affichent le sentiment d'appartenance le plus fort tandis que celui des Chinois est le plus faible. Internet aidant, les nouvelles vagues d'immigrants restent davantage en contact avec leur pays ou leur communauté d'origine. D'ailleurs, tous les groupes, sauf les Italiens et les Latino-Américains, possèdent plus d'ordinateurs que la moyenne. Si beaucoup de ceux nés à l'étranger ont le mal du pays, leurs enfants nés ici perdent souvent intérêt pour le pays d'origine de leurs parents, surtout s'il est dévasté par un conflit ou s'ils ne parlent plus la langue.

Peu de Québécois connaissent la présence en Nouvelle-Écosse d'une des communautés noires les plus anciennes au Canada, si ce n'est la plus ancienne. Concentrée dans la région de Halifax, cette communauté, formée essentiellement de descendants d'esclaves, célébrait la semaine dernière la conclusion d'un sommet économique organisé par la communauté d'affaires noire de la province. Wayne Adams en a profité pour souligner dans le Halifax Daily News les progrès réalisés par sa communauté depuis 30 ans, y compris sur la scène politique. Il note que cinq candidats afro-canadiens ont brigué les suffrages lors des dernières élections provinciales et qu'un d'entre eux l'a emporté avec une majorité imposante, prouvant que ses appuis débordaient les frontières de la communauté noire. Adams relève aussi un fait passé inaperçu ici, à savoir que la nomination récente par Stephen Harper de Maryann Francis au poste de lieutenant-gouverneur de la province a suscité autant de fierté en Nouvelle-Écosse que celle de Michaëlle Jean au sein de la communauté haïtienne de Montréal.

D'un océan de pétrole à l'autre

Il suffit de dire «Ouest riche et prospère» pour que les gens pensent aussitôt à l'Alberta et à la Colombie-Britannique. Et pourquoi pas la Saskatchewan, qui profite elle aussi du boum gazier et pétrolier? À en croire Randy Burton, du Star-Phoenix de Saskatoon, il semble que cette province a elle-même du mal à se faire à cette idée. Il déplore en effet la lenteur du gouvernement de Lorne Calvert à profiter de cette nouvelle richesse pour rendre la province aussi compétitive que ses voisines. Calvert a finalement bougé, mais un pas reste à franchir, estime Burton. L'Alberta et la Colombie-Britannique ont récemment signé un accord pour éliminer les barrières au commerce, aux investissements et à la mobilité de la main-d'oeuvre entre les deux provinces, formant du coup un imposant bloc économique. Selon Burton, la Saskatchewan devrait s'y associer ou du moins discuter de coopération économique avec elles. C'est à surveiller car, écrit le journaliste, elles sont intéressées.

À l'autre bout du pays, une tout autre controverse fait rage. L'assemblée législative de Terre-Neuve-et-Labrador est secouée par un scandale financier qui fait les manchettes du St. John's Telegram. Le vérificateur général de la province a découvert que des députés de tous les partis, dont un ministre, ont dépensé plus d'argent qu'ils n'y étaient autorisés. Le ministre des Ressources naturelles, Ed Byrne, a dû démissionner. Le Parti libéral provincial exige une enquête publique et un examen des dépenses discrétionnaires des ministres et de leur personnel. Le gouvernement conservateur de Dany Williams, lui, a répondu en promettant une série de mesures pour — je vous le donne en mille — accroître la responsabilité et la transparence...

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