Lettres: Le sacrage, tripal et tribal

Sacrer, jurer, blasphémer. L'Église de Montréal part en guerre contre ces pratiques. Elle rappelle le vrai sens des mots reliés au culte. Bon coup de publicité qui fait le lien entre la foi et une habitude répandue. Cela dit, quand je sacre, je ne m'en prends ni à Dieu, ni à l'Église, ni à des objets de culte.

Le sacrage est une forme suprême de réaction viscérale contre ce qu'on m'a inculqué dès la prime enfance et qui impose l'ultime respect, l'autorité. Sacrer est une transgression émotive contre toute autorité, toute imposition, toute souffrance, fût-elle d'un coup de marteau. Sacrer, c'est me faire autorité, c'est m'affirmer en conjurant les mots qui jadis me tenaient en respect sous l'autorité suprême de Dieu. C'est un geste d'affirmation tripal, dirait Jacques Languirand, et tribal, ressenti par mes semblables pour dire ma propre autorité, ma propre imposition sur tout et sur rien, ma propre guérison.

La vraie question n'est pas comment endiguer le blasphème, mais quel est le mal qu'il veut endiguer et, en corollaire, de quelle façon puis-je m'affirmer tripalement et tribalement de manière tout aussi cathartique, mais plus élégante? Une coupe au Canadien ou aux Sénateurs peut-être!