La présidence du Brésil échapperait de justesse à Lula au premier tour

Des partisans du Parti des travailleurs de Luiz Inacio Lula da Silva manifestaient bruyamment leur enthousiasme hier, à Sao Paolo, à l’issue du scrutin.
Photo: Agence Reuters Des partisans du Parti des travailleurs de Luiz Inacio Lula da Silva manifestaient bruyamment leur enthousiasme hier, à Sao Paolo, à l’issue du scrutin.

Brasilia — La victoire au premier tour de l'élection présidentielle semblait échapper de justesse hier soir au candidat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui obtiendrait 49 % des voix, selon une estimation de l'institut IBOPE diffusée par la chaîne de télévision câblée Globo News.

Pour être élu au premier tour, le candidat du Parti des travailleurs (PT, gauche), qui fêtait hier ses 57 ans, doit obtenir 50 % des voix plus une. Néanmoins, la marge d'erreur de ce sondage est de 1 %, souligne l'Institut IBOPE. Selon IBOPE, Lula serait suivi par le candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, centre gauche, au pouvoir), José Serra, 60 ans, avec 20 % des voix, qui semble ainsi bien placé pour être son adversaire en cas de deuxième tour.

Anthony Garotinho, 42 ans, ancien gouverneur de l'État de Rio de Janeiro, candidat du Parti socialiste brésilien (PSB, gauche, populiste), obtiendrait 17 %.

Enfin, Ciro Gomes, 44 ans, candidat du Front travailliste (FL, coalition réunissant des partis allant de la gauche communiste à la droite modérée), est crédité de 13 %. Quelque 115 millions d'électeurs (la moitié sont des femmes) étaient appelés aux urnes hier au Brésil, le cinquième pays du monde par sa superficie et sa population. Un pays qui représente à lui seul environ 50 % de la superficie de l'Amérique du Sud et la moitié de sa population.

Le vote s'est déroulé sans incident majeur et les bureaux de vote ont fermé normalement leurs portes à 17h dans tout le Brésil, sauf dans six États amazoniens en raison du décalage horaire, a annoncé le Tribunal supérieur électoral (TSE).

Entièrement informatisé, le scrutin a cependant pris du retard en raison de problèmes techniques avec certaines urnes électroniques qui ont dû être remplacées. Cela a provoqué de longues files d'attente devant certains bureaux de vote notamment à Rio de Janeiro, Sao Paulo et Brasilia.

Un magistrat du TSE a cependant noté au cours d'une conférence de presse à Brasilia que parmi les «plus de 400 000 urnes électroniques installées dans le pays, seules quelque 3000 ont posé des problèmes».

Lula a voté avec un drapeau brésilien sur le bras vers 10h à Sao Bernardo dos Campos (Sao Paulo), berceau des grandes grèves qu'il menait à la fin de la dictature militaire, dans la banlieue industrielle de Sao Paulo.

À l'extérieur du bureau de vote, des centaines de militants s'étaient massés et criaient: «Brésil URGENT, Lula PRÉSIDENT!», le mot d'ordre de la campagne du PT.

Échaudé par trois tentatives malheureuses de se faire élire à la présidence (en 1989, 1994 et 1998), Lula a demandé à ses partisans quelques heures avant le scrutin de «ne pas crier victoire avant l'heure et d'être patients».

José Serra, le candidat du pouvoir, a voté vers 11h à Pinheiros, un quartier chic de Sao Paulo en faisant le V de la victoire.

Souriant et décontracté, le dauphin du président Fernando Henrique Cardoso est arrivé accompagné de sa femme, Monica, une Chilienne qu'il a connue en exil dans les années 1970, pendant la dictature brésilienne (1964-85).

Le président sortant, Fernando Henrique Cardoso, 71 ans, a voté dans sa circonscription à Sao Paulo et a déclaré que le prochain président élu ne devra pas craindre d'être impopulaire, après avoir voté dans sa zone électorale, à Sao Paulo (sud-est).

«Le prochain président devra savoir dire oui ou non. Il ne devra pas avoir peur d'être impopulaire s'il le faut», a-t-il déclaré. D'après le président, qui cessera ses fonctions le 31 décembre après deux mandats consécutifs de quatre ans, le Brésil devra continuer à faire des réformes dans le cadre de la démocratie. En ce qui concerne la tempête financière qui secoue les marchés financiers brésiliens depuis mai, date de la montée dans les sondages de Lula, M. Cardoso a fait valoir qu'elle ne concernait pas seulement le Brésil mais «balayait le monde».

Il a dit n'avoir voté que pour des candidats de son parti, celui de la Social-démocratie brésilienne (PSDB, centre-gauche) lors de ces élections, où les Brésiliens doivent aussi élire, outre leur président, leurs députés fédéraux, les deux tiers de leurs sénateurs, les gouverneurs des 26 États fédérés et du District Fédéral (Brasilia), et leurs députés régionaux.

Le président de la Banque centrale, Arminio Fraga, a prédit de son côté que la tempête qui touche les marchés financiers depuis le mois de mai au Brésil se calmerait dès que le nouveau président sera élu

Pour M. Fraga, il ne faut pas confondre un candidat en campagne et un président élu: «C'est comme le football: une chose c'est l'entraînement et une autre le match lui-même.»

L'armée avait été mobilisée dans onze États fédérés, notamment à Rio de Janeiro et en Amazonie, pour assurer la sécurité du scrutin. Dans l'État de Rio, un dispositif de sécurité sans précédent, avec près de 50 000 soldats et policiers, a été mis en place par les autorités qui redoutent une action des trafiquants de drogue et des évasions en masse dans les prisons. Mais, les forces de l'ordre ont seulement arrêté trois militants faisant de la propagande électorale à moins de 50 mètres des centres de vote, ce qui est interdit.