Une nouvelle menace pèse sur Cloutier

Le 17 novembre 2004, Guy Cloutier reconnaissait sa culpabilité à des accusations d’agression sexuelle et d’attentat à la pudeur à l’encontre de deux victimes d’âge mineur.
Photo: Le 17 novembre 2004, Guy Cloutier reconnaissait sa culpabilité à des accusations d’agression sexuelle et d’attentat à la pudeur à l’encontre de deux victimes d’âge mineur.
Cette victime présumée, non identifiée, a expédié mardi soir vers 20h un courriel au bureau national de la CNLC, à Ottawa, pour révéler qu'elle aurait été agressée sexuellement par Cloutier en 1974-75, à l'époque où le gérant d'artistes parcourait déjà le monde avec un jeune prodige, René Simard.

Les commissaires chargés d'étudier la demande de libération conditionnelle de Guy Cloutier ont pris connaissance de cette information hier matin seulement, aux premières minutes d'audition de la cause. Ils ont jugé les révélations assez sérieuses pour reporter l'affaire. «Compte tenu de cette nouvelle information, nous ajournons l'audience afin de demander aux Services correctionnels d'en vérifier la validité et la crédibilité et de faire toutes les vérifications nécessaires auprès des corps policiers concernés», a dit la commissaire Constance Bennett. «Ce n'était pas prévu. La commission se doit de vérifier cette information qui peut être cruciale dans l'évaluation [du cas de M. Cloutier]», a-t-elle ajouté.

Guy Cloutier n'en revenait tout simplement pas. Il a posé une main contre son front tout en hochant la tête en signe de consternation. Emprisonné depuis bientôt 16 mois, il devra patienter encore deux mois avant d'obtenir une nouvelle audience devant la CNLC. C'est le délai minimal à respecter en pareilles circonstances. Cloutier fêtera donc ses 66 ans, le 30 avril prochain, au pénitencier de la montée Saint-François, à Laval. Son avocate, Jacinthe Lanctôt, n'a pas rappelé Le Devoir hier.

Interroger la victime

Dans l'immédiat, des agents des Services correctionnels du Canada (SCC) vont entrer en contact avec la victime présumée afin d'évaluer la crédibilité de ses accusations. Le cas échéant, ils partageront leurs renseignements avec les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ).

La police provinciale n'a pas pu confirmer hier si elle enquêtait ou non sur Guy Cloutier au sujet de cette troisième agression présumée. Au moment de mettre sous presse hier, la SQ n'avait toujours pas reçu de demande d'assistance de la part des SCC.

«Si les commissaires ont décidé de remettre l'audience, c'est sûrement que l'information était suffisamment importante», a dit la porte-parole de la CNLC, Carole Ménard, sans donner plus de détails au sujet du courriel en question.

Le porte-parole des Services correctionnels, Jean-Yves Roy, a pour sa part avoué sa surprise devant cette situation exceptionnelle. «À l'heure actuelle, on ne connaît pas la nature de l'information, on va en prendre connaissance», a-t-il dit.

Pour le moment, aucune nouvelle accusation ne pèse sur Guy Cloutier. Dans son courriel à la CNLC, la troisième victime présumée situe à 1974-75 la période où les agressions seraient survenues. À cette époque, Cloutier était déjà en selle dans l'industrie naissante du show-business québécois à titre de propriétaire-fondateur des Disques Nobel et gérant de la carrière de René Simard.

À l'âge de 13 ans, en 1974, Simard avait remporté deux prix lors du Festival international de la chanson de Tokyo. Cette année-là, Cloutier revendiquait aussi la production d'un hit de l'époque, Agadou-dou-dou, de Patrick Zabé.

L'imprésario a «mis au monde» les frères René et Nathalie Simard. Mais il a aussi brisé l'unité de la famille. Le 17 novembre 2004, il reconnaissait sa culpabilité à des accusations d'agression sexuelle et d'attentat à la pudeur à l'encontre de deux victimes d'âge mineur. L'une d'elles a choisi de rester dans l'ombre, mais l'autre, Nathalie Simard, a obtenu du tribunal la permission de raconter haut et fort son histoire d'horreur après la condamnation de Cloutier afin d'inciter les victimes d'agressions sexuelles à dénoncer les violeurs d'enfance.

De 11 ans à 18 ans, la jeune Simard a été violée à répétition par Guy Cloutier, qui la considérait comme un bien en sa possession absolue. Elle a subi sa première agression avant même de fêter ses 13 ans.

En mars 2004, Mme Simard avait trouvé le courage de confronter Cloutier, chez elle, pendant que des policiers de la SQ enregistraient leur conversation. Guy Cloutier s'est incliné devant cette preuve accablante en s'avouant coupable de ces crimes. Le 20 décembre 2004, le juge Robert Sansfaçon lui infligeait une peine de 42 mois de pénitencier.

Guy Cloutier devenait admissible à une libération conditionnelle après le tiers de sa peine, soit 14 mois. Pendant son séjour au pénitencier, il a complété le programme VISA (Violence interdite sur autrui), une thérapie de trois mois visant à réduire le risque de récidive chez les agresseurs d'enfants. Léopold Fournier, qui accompagnait Cloutier lors de ses comparutions en cour, a récemment indiqué à une équipe de l'émission Enjeux que son ami avait changé à la suite de cette thérapie. Il prenait notamment toute responsabilité des torts causés à Nathalie Simard et à l'autre victime, dont l'identité ne pourra jamais être révélée en vertu d'une ordonnance judiciaire.

L'audience d'hier devant la Commission nationale des libérations conditionnelles a d'ailleurs commencé par un huis clos de 45 minutes afin d'aborder des faits liés à cette deuxième victime, âgée de 12 à 17 ans lors des agressions.

Une bonne vingtaine de journalistes assistaient aux audiences avant qu'elles ne soient interrompues par ce courriel aux allures de véritable coup de théâtre.

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