Lettres: Le droit de jouer avec la vie

Lettre à Micheline Dumont

Chère Madame,

Inutile de vous dire que votre texte d'opinion paru dans Le Devoir du samedi 11 mars était «the talk of the town» au Salon du livre de l'Outaouais cette fin de semaine-là, pour ceux qui s'intéressent à l'histoire et au roman historique évidemment. Tout en respectant et en appréciant le travail (et le succès) de mes amies et collègues Micheline Lachance et Pauline Gill, je suis personnellement d'accord avec vous qu'il ne faut pas tricher avec l'histoire, ni déformer ou interpréter les caractères de personnalités historiques.

Des auteures de romans historiques que je côtoie, je suis la seule à avoir une formation en histoire. C'est pourquoi j'ai adopté une méthode différente pour ne pas transgresser les règles que vous m'avez enseignées. Le but demeurant le même: sensibiliser les gens à l'importance de connaître notre bagage culturel et idéologique.

Toutefois, le roman demeure toujours un roman et je reconnais à une écrivaine de fiction le droit de jouer un peu avec la vie d'une personnalité ou d'un héros comme on l'a fait au cinéma pour Che Guevera ou Michael Collins ou mieux encore pour Maurice Richard (on a vite oublié l'époque du Gracian Formula Sixteen). J'ai déjà lu des biographies bien plus faussées que les romans de Micheline Lachance ou de Pauline Gill.

Le concept d'outillage mental dont vous parlez sert à situer les valeurs et la pensée d'une époque et m'apparaît extrêmement rigide pour le lecteur moyen. Le passé (appelons-le comme cela plutôt que l'histoire) peut quand même se lire de plusieurs façons et, à choisir entre le «roman» d'un écrivain qui écrit sur un écrivain (qui se trouve être lui-même) comme François Avard (je ne critique pas l'oeuvre) qui écrit sur François Avard, comme Nadine Bismuth qui écrit sur Nadine Bismuth (encore là je ne commente pas), sur Nelly Arcand qui écrit sur Nelly Arcand (grand bien lui fasse), je préfère parfois un peu de fantaisie, quitte à y retrouver quelques erreurs, et avoir la chance de lire sur Julie Papineau et Victoire Du Sault et découvrir ainsi des femmes importantes mais méconnues.

Je vous salue bien et vous remercie quand même de m'avoir épargnée [...]. Sans vouloir me vanter (ou peut-être un peu oui... ), je vous signale en terminant que mon roman Les Demoiselles aux allumettes a remporté le prix du livre décerné par l'organisation Communications et société en raison de son apport à la société. Comme quoi le roman historique peut servir à quelque chose.