Port-au-Prince paralysé

Une jeune fille se protège des flammes en passant près d’une des barricades érigées hier à Port-au-Prince par des partisans de l’ancien président René Préval. Un climat de violence s’est installé dans la capitale haïtienne où les résult
Photo: Agence Reuters Une jeune fille se protège des flammes en passant près d’une des barricades érigées hier à Port-au-Prince par des partisans de l’ancien président René Préval. Un climat de violence s’est installé dans la capitale haïtienne où les résult

Deux manifestants ont été atteints mortellement hier par des tirs, attribués par des témoins à des soldats de la force de stabilisation des Nations unies (Minustah), à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, où l'on attend toujours les résultats définitifs du premier tour de l'élection présidentielle de mardi dernier.

Pour la troisième journée consécutive, des partisans du candidat René Préval, considéré comme un proche de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide, ont manifesté hier à Port-au-Prince, réclamant que leur favori soit déclaré vainqueur et paralysant la capitale.

Sur son site Internet, le Conseil électoral provisoire (CEP) attribuait hier en début d'après-midi 48,76 % des suffrages à Préval (qui a déjà occupé les fonctions de président d'Haïti), après dépouillement de 90 % des bulletins de vote. Son plus proche adversaire, Lesly Manigat (ancien chef d'État lui aussi), en recueillait 11,83 %, suivi de l'homme d'affaires Charles Baker (7,93 %).

Dans les premiers résultats publiés la semaine dernière, l'ancien allié d'Aristide était crédité de 61 % des voix, soit assez pour éviter la tenue d'un second tour le 19 mars. Le retard du Conseil électoral provisoire à publier les résultats définitifs semble radicaliser les manifestants. Sur une route où des barricades avaient été élevées, près de l'aéroport de Port-au-Prince, deux manifestants, selon des témoins, ont perdu la vie hier.

Le corps d'un homme ensanglanté portant un T-shirt à l'effigie de René Préval a été montré à l'écran, un trou dans la poitrine. «Nous demandons à la presse et au monde de constater ce qui s'est passé.

Les militaires de l'ONU ont ouvert le feu sur nous», a affirmé un manifestant, intervenant en direct sur une chaîne de télévision privée.

«Nous avons tiré en l'air, absolument pas sur des manifestants, a déclaré le directeur de communication de la Minustah, David Wimhurst.

«Les blessés ne sont pas le fait de la Minustah. Nous avons entendu qu'il y avait eu des tirs après notre passage», a-t-il précisé.

Les 9500 Casques bleus et policiers internationaux de la Minustah avaient reçu la consigne d'éviter toute confrontation avec les manifestants, selon un fonctionnaire onusien.

Dans un communiqué publié en début d'après-midi, hier, la Minustah a lancé un appel au calme, affirmant que les résultats définitifs étaient attendus pour ce matin «au plus tard».

L'ONU avait déjà laissé entendre que les résultats définitifs seraient disponibles dès samedi dernier.

Le premier ministre par intérim Gérard Latortue a également appelé au calme hier, affirmant que «la volonté du peuple sera respectée». «On aura les résultats le plus rapidement possible» et si un candidat obtient 50 % des voies plus une «il sera déclaré président immédiatement» conformément à la Constitution.

René Préval, parallèlement, est arrivé hier à Port-au-Prince, en provenance du nord d'Haïti où il réside. «Nous avons des questions sur le processus électoral», a-t-il déclaré à la presse après un entretien avec les représentants des Nations unies et les ambassadeurs des États-Unis, de France, du Canada et du Brésil. «Nous voulons voir comment nous pouvons sauver le processus», a-t-il dit, ajoutant qu'il comptait rencontrer M. Latortue ainsi que le président par intérim, Boniface Alexandre.

Des manifestants se sont également rendus hier à l'Hôtel Montana où était situé jusqu'à hier le centre de presse de l'ONU et celui du CPE. Le Sud-Africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix 1984, qui séjourne dans l'établissement à l'occasion d'une visite en Haïti, a parlementé avec les manifestants, qui se sont retirés sans qu'on ait à déplorer d'incidents graves.

Des manifestations ont aussi été signalées dans d'autres villes du pays.

«C'est le flou total, a commenté hier le journaliste Jacquelin Télémaque, au cours d'un entretien téléphonique avec Le Devoir. Nous sommes rendus au point où les gens qui attendent les résultats exigent que soit proclamée la victoire de Préval.»

«Deux hommes détiennent la clé de la situation, soit Préval», fort de sa majorité au moins relative «et Manigat, qui dans un geste de fair-play, pourrait lui concéder la victoire», a ajouté M. Télémaque.

Le Brésil, qui commande le contingent militaire de l'ONU en Haïti, a demandé hier aux États-Unis, qui président actuellement le Conseil de sécurité de l'ONU, d'y organiser une réunion sur la situation dans la république antillaise, a annoncé un porte-parole brésilien.

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters