L'assassinat d'Hariri a rescussité la Bourse de Beyrouth

Beyrouth — Presque moribonde avant l'assassinat de Rafic Hariri survenu il y a un an, l'action de sa société immobilière, Solidere, symbole de la reconstruction de Beyrouth, a depuis triplé sa valeur et provoqué l'explosion de la Bourse.

L'action phare de la Bourse de Beyrouth, qui valait 8 $US le 14 février 2005, jour de l'assassinat de l'ancien premier ministre, a chuté jusqu'aux alentours de 5 $US quelques jours après, mais rebondi depuis de façon spectaculaire. Hier, l'action de la société chargée de reconstruire le centre-ville de Beyrouth — fondée par Rafic Hariri après la fin de la guerre (1975-90) — a clôturé à près de 24 $US, soit une hausse de 300 % en un an.

Il y a une dizaine de jours, Solidere était catapultée vers de nouvelles cimes (27 $US) avec des marchés désormais convaincus que le seuil de 30 $US est à portée de main, malgré la conjoncture économique et financière plutôt morose du pays, qui croule sous une dette publique de 38 milliards $US (180 % du PIB), et une croissance quasiment nulle en 2005 (contre 5 % en 2004).

Mounir Douaidy, directeur général de cette société désormais cotée à Koweït et à Londres, explique ces bonnes performances par la très forte diminution de la dette de Solidere et de l'intérêt des investisseurs arabes pour l'achat de dizaines de milliers de mètres carrés dans le centre-ville de Beyrouth en vue de projets immobiliers.

Départ de la Syrie

La fin de la tutelle syrienne sur le pays du Cèdre, deux mois après l'assassinat de Hariri, n'y est pas pour rien. «Le retrait syrien a stimulé la confiance à moyen terme dans l'économie libanaise et les investisseurs ont choisi d'acheter dès maintenant des terrains pour des projets qui verront le jour d'ici trois ans», a estimé M. Douaïdy dans une récente entrevue. «Le mètre carré de certains immeubles résidentiels en construction se vend à 4500 $US», a indiqué M. Toufic Karam de la société boursière Financial Funds Advisors (FFA, membre de la Bourse de Beyrouth).

Malgré le niveau très élevé des prix des actions, notamment de Solidere, et des valeurs bancaires, Beyrouth reste une place de choix pour investir les liquidités astronomiques des pays du Golfe générées par leur manne pétrolière, estiment les experts.

Surtout que les résultats des sociétés cotées à la Bourse de Beyrouth, notamment les grandes banques libanaises en pleine expansion dans la région, battent record sur record. La première banque libanaise, la Banque du Liban et d'outre-mer (BLOM), a en effet annoncé un bond de 50 % de ses profits nets en 2005 à 136,8 millions $US, suivie par les deux autres grandes banques, la Audi et la Byblos, dont les résultats nets ont également augmenté respectivement de 48 % et 28 % par rapport à 2004.

Les actifs des banques libanaises, qui annoncent des augmentations de capital en série, sont équivalents à trois fois le PIB du pays.

Du coup, la valeur de l'action BLOM a doublé en un mois, entre décembre 2004 et janvier 2005, et celle de la Audi, qui vient d'annoncer une augmentation de son capital de 600 millions, à 1,5 milliard, avec la prise de participation de 20 % de son capital par le groupe arabe EFG Hermesa, a quadruplé en un an.

En pleine modernisation, la Bourse de Beyrouth, même si elle reste minuscule par rapport à celle des grandes places arabes, a vu sa capitalisation plus que doubler de 2,33 milliards $US en 2004 à 4,92 milliards un an après.

Les montants traités pour les quelque 15 sociétés cotées ont explosés avec une hausse de 366 %: 923 millions en 2005 contre 197 millions un an auparavant, Solidere se taillant la part du lion avec plus de 64 % du marché.

En termes de volume, la hausse a été de 266 %: de 24 millions d'actions traitées en 2004 à 90 millions l'année de l'assassinat de l'homme de la reconstruction.