L'appui à Paul Martin - Buzz Hargrove est exclu du NPD

Le Nouveau Parti démocratique de l'Ontario a expulsé hier l'influent président du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), Buzz Hargrove, montré du doigt pour avoir milité activement en faveur des libéraux de Paul Martin lors de la récente campagne électorale fédérale, invitant à un vote «stratégique» pour barrer la route aux conservateurs.

La direction du NPD ontarien a voté samedi afin de priver M. Hargrove de sa carte de membre, pour avoir enfreint la constitution du parti en ce qui a trait aux dispositions relatives au soutien accordé à des candidats autres que ceux du parti. En vertu de cette décision, le leader syndical se voit automatiquement exclu du NPD fédéral.

«J'ai été secoué et étonné», a par la suite déclaré le dirigeant des TCA, qui était membre du parti depuis 41 ans. «On ne m'a jamais prévenu de ce qui s'en venait, pas plus que cela n'a fait l'objet de discussions, a-t-il ajouté. Je n'ai jamais eu l'occasion de m'exprimer.» Il a été impossible de joindre Sandra Clifford, présidente du NPD ontarien, afin d'obtenir ses commentaires à ce sujet. La direction fédérale du parti de gauche n'a pas non plus rappelé Le Devoir.

La direction néo-démocrate a toutefois fait savoir que le dirigeant des TCA pourrait récupérer sa carte de membre s'il rédigeait une lettre dans laquelle il s'engage à ne plus appuyer de candidats d'une autre formation politique. «C'est hors de question, a rétorqué M. Hargrove. Ça n'arrivera pas.» Néanmoins, son expulsion n'influera vraisemblablement pas sur le soutien traditionnel du syndicat au NPD, tant à l'échelle provinciale que fédérale, selon des sources au sein du syndicat.

Au fil des années, M. Hargrove a siégé au conseil du NPD fédéral. Celui qui est président national des TCA depuis 1992 a également figuré parmi les cinq premiers membres du parti en ce qui a trait aux contributions financières versées à ce dernier.

Une discorde née en campagne

Les déboires de Buzz Hargrove avec le NPD ont débuté au cours de la dernière campagne électorale fédérale. Offrant symboliquement un manteau des TCA à un Paul Martin tout sourire en début de campagne, il avait alors invité les électeurs à appuyer «stratégiquement» les candidats libéraux dans des circonscriptions où les néo-démocrates n'avaient aucune chance de vaincre les conservateurs. Il souhaitait ainsi barrer la route aux troupes de Stephen Harper. Un appui de taille, puisque le syndicat compte 250 000 membres à l'échelle du pays.

«Ce gouvernement mérite de retourner à Ottawa, avec une plus grande marge de manoeuvre», avait fait valoir le leader syndical au début du mois de décembre. «Nous devons nous assurer de ne pas donner plus de pouvoirs à Stephen Harper», avait-il lancé lors de son discours devant les délégués syndicaux réunis en assemblée générale annuelle. «Il n'y a pas de doute que ce que M. Hargrove a dit [...] c'est un atout très important pour nous dans cette campagne électorale», avait ensuite admis M. Martin, enchanté de l'appui d'un homme qui se décrivait pourtant comme un néo-démocrate.

Une prise de position aussitôt dénoncée par le directeur québécois des TCA, Luc Desnoyers, qui avait refusé d'appuyer les troupes libérales. Il avait plutôt remis un manteau des TCA au chef bloquiste Gilles Duceppe.

Le chef du NPD Jack Layton avait quant à lui minimisé l'impact de la sortie de Buzz Hargrove. «M. Hargrove a droit à ses opinions, avait-il déclaré. Notre opinion, et mon rôle à titre de chef du parti qui représente le mieux les objectifs des travailleurs, c'est de faire élire le plus de députés néo-démocrates.»

Par la suite, alors qu'il faisait campagne aux côtés de Paul Martin, le président du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) avait pressé les Québécois de voter pour n'importe quel parti, même le Bloc québécois, afin de barrer la route aux conservateurs. Les sondages indiquaient alors que le parti de Stephen Harper était sur le chemin de la victoire.

M. Hargrove avait même ajouté que le chef conservateur était un «séparatiste», en raison de ses propositions au sujet de la décentralisation des pouvoirs. «Je crois que la dévolution de pouvoirs aux provinces, pas seulement au Québec, relâchera les liens qui font de nous une nation, et quiconque fait la promotion de cela adopte le discours des séparatistes», avait-il déclaré, ajoutant que «ce sont les conditions gagnantes que les séparatistes du Québec attendent».

Ces propos, tenus à quatre jours du scrutin, avaient profondément outré M. Harper. Paul Martin avait d'ailleurs dû se distancier publiquement des propos de M. Hargrove, affirmant qu'il n'avait jamais «remis en question le patriotisme de Stephen Harper». Forcé de calmer le jeu, M. Hargrove avait ensuite soufflé le chaud et le froid en soutenant que le chef conservateur était un «fédéraliste», mais qu'il jouait «le jeu des séparatistes».

À la suite du scrutin, M. Hargrove a jugé que la stratégie des TCA s'était révélée un succès puisque le Parti conservateur a été porté au pouvoir sans détenir la majorité des sièges à la Chambre des communes.

Avec la Presse canadienne