Nouveau scandale en Irak pour Blair

Une «enquête urgente» a été lancée hier par le ministère britannique de la Défense à la suite de la diffusion d'une bande vidéo montrant des militaires qui battent à coups de matraques de jeunes civils irakiens arrêtés lors d'une émeute.

Cette nouvelle affaire de sévices qui auraient été commis par des soldats en Irak a suscité une sortie prudente du premier ministre britannique, Tony Blair. «Nous prenons au sérieux toute allégation de mauvais traitements, et il y aura une enquête», a dit M. Blair, qui se trouvait hier en Afrique du Sud.

Par la même occasion, M. Blair a rendu hommage aux soldats britanniques déployés en Irak. «Ils font un beau boulot pour notre pays et pour le monde. Leur présence là-bas dans le cadre de résolutions de l'ONU, pour aider l'Irak à devenir une démocratie, est d'une importance fondamentale», a-t-il dit. «Toute allégation de mauvais traitement fera l'objet d'une enquête, mais ils méritent notre soutien total», a-t-il ajouté.

L'affaire a pourtant toutes les apparences d'une bavure. La revue hebdomadaire News of the World a mis la main sur une bande d'environ une minute dans laquelle des soldats britanniques poursuivent de jeunes manifestants, au début de 2004 dans une ville du sud de l'Irak. Les militaires rattrapent quelques jeunes durant l'émeute et les entraînent dans un camp où ils sont frappés à coups de poings, de pieds, de matraques. Sur la bande, le caporal qui a filmé l'incident exulte dans ses commentaires hors champ. «Oh oui! Oh oui! Tu l'as bien mérité. Oui, sales enfoirés. Sales connards. Crevez! Ha, ha!», lance-t-il.

News of the World a publié des clichés extraits de cette bande vidéo. Le magazine affirme que la séquence filmée montre un soldat donnant des coups de pied dans la figure d'un Irakien mort. C'est un homme «écoeuré» par ces actes qui a livré la cassette au journal. Son rédacteur en chef, Stuart Kuttner, assure que l'authenticité des images a été vérifiée. «Nous avons mené des enquêtes auprès de la source, d'experts militaires, du ministère de la défense et au-delà», a-t-il déclaré.

«Étant donné qu'il y a eu une gaffe commise par un journal il y a quelque temps, nous nous sommes assurés que [ces faits] sont authentiques», a ajouté M. Kuttner, faisant allusion à la publication d'images montrant des soldats britanniques maltraitant des Irakiens, dans le Daily Mirror en 2004. Les clichés s'étaient par la suite révélés truqués .

Enquête urgente

La bande troublante obtenue par le News of the World a été transmise aux stations de télévision, et elle a fait le tour du monde dans le courant de la journée d'hier. Dans les heures suivant sa diffusion initiale, le ministère de la Défense a ouvert son enquête.

«Nous sommes informés de ces très graves accusations et pouvons confirmer qu'elles font l'objet d'une enquête en urgence de la police militaire royale», a déclaré le ministère dans un communiqué. «Nous condamnons tous les actes d'abus et de brutalité et traitons toujours avec le plus grand sérieux toutes les accusations de ce type», ajoute le texte.

«Si cela est vrai, c'est un comportement inacceptable», a déclaré pour sa part le ministre des Finances, Gordon Brown, sur la BBC. «Les responsables seront poursuivis en justice. Nous n'allons pas tolérer de telles activités», a promis de son côté Charles Falconer, le ministre des Affaires constitutionnelles.

L'affaire embarrasse les autorités britanniques, qui ont déjà été confrontées à des accusations de brutalités en Irak par le passé. En février 2005, trois soldats britanniques avaient été condamnés pour des mauvais traitements infligés à des prisonniers civils irakiens. De plus, le souvenir de la prison d'Abou Ghraïb, près de Bagdad, impliquant des soldats américains, est toujours présent dans les esprits.

L'incident survient à un bien mauvais moment pour Londres, qui s'apprête à envoyer 3300 militaires supplémentaires en Afghanistan. À partir du mois de mai, l'Angleterre doit en outre assurer la direction de l'ISAF (Force internationale d'assistance à la sécurité), l'instrument de l'OTAN dans le pays.

Un porte-parole du ministère de la Défense a minimisé l'ampleur des dégâts, en affirmant que les exactions auraient été commises par une poignée d'hommes alors qu'il y a 8500 soldats britanniques déployés dans le sud de l'Irak. «Plus de 80 000 soldats, hommes et femmes, ont servi en Irak depuis le début des opérations militaires dans ce pays [en mars 2003], a déclaré le porte-parole du ministère. Seule une infime minorité a été impliquée dans des incidents marqués par des mauvais traitements délibérés.»

Les autorités de la ville de Bassora, où sont stationnées les troupes britanniques depuis 2003, ont demandé des explications. «Ces actes ont été commis par les forces britanniques qui ont venues ici soi-disant pour apporter la démocratie», a déclaré à la chaîne Al Arabia Mohamed al Abadi, chef du conseil de la province de Bassora. «Ces images montrent l'opposé de la démocratie pour laquelle ils disent être venus.»