Revue de presse - Le feu d'artifice

Le premier ministre Stephen Harper savait que la composition de son premier cabinet surprendrait. Ce ne sont cependant pas des étincelles mais bien un feu de brousse qu'il a déclenché. Dans l'Ouest, berceau du Reform et de l'Alliance, on n'arrive pas à croire qu'il ait ouvert la porte à un transfuge libéral, David Emerson, et ce, à peine deux semaines après les élections. Et que dire du fait qu'en nommant Michael Fortier au Sénat et au cabinet, il a oublié son engagement de ne nommer que des ministres et des sénateurs élus? La grande presse torontoise et ontarienne, qui avait Harper à l'oeil, s'est elle aussi déchaînée.

Il est vrai que le premier jour, on était moins cinglant dans la plupart des journaux. On tentait d'attribuer le geste au pragmatisme, à la capacité de faire des choix difficiles et à l'audace de Harper. Le tout était assaisonné de remarques sur la «puanteur» (Vancouver Province) qui restait malheureusement dans l'air ou la tache indélébile que cela laisserait sur le premier geste de Harper en tant que premier ministre. James Travers, du Toronto Star, a été plus sévère, affirmant que Harper avait oublié en un seul jour ce à quoi il devait sa victoire: la question de l'éthique.

Dès mercredi, c'en était fini des gants blancs ailleurs au pays. Cynisme, hypocrisie et trahison étaient tous au rendez-vous et Emerson était au coeur de la tempête. Pour Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, l'attitude d'Emerson dévalorise la démocratie car ce système repose sur le principe «un citoyen, un vote» et que les citoyens de son comté n'ont pas choisi un conservateur le 23 janvier dernier. Selon elle, Emerson n'a par conséquent aucune légitimité comme élu. «Il a commis une fraude à l'endroit des électeurs de Vancouver-Kingsway», dit-elle, exigeant, comme plusieurs autres commentateurs, la tenue d'une élection partielle où Emerson se présenterait sous la bannière conservatrice. Elle ajoute que le ministre et son chef devraient aussi présenter leurs excuses aux électeurs trompés.

Pour Stephen Harper, le geste était risqué, tout le monde en convient, et nombreux sont les médias qui se demandent ce qu'il a bien pu penser pour mettre ainsi en péril son capital politique, embarrasser ses députés et ébranler ses supporteurs de longue date et plus récents qui ont cru à ses promesses. Dans le National Post, le père Raymond J. de Souza souligne que les partis sont des institutions avec une culture et des histoires qui servent de fondement à l'identification au parti et à la loyauté. Le Parti libéral s'est toujours vu comme le gardien de l'identité canadienne et le détenteur naturel du pouvoir. Le PC, par contre, a surtout siégé dans l'opposition et bâti l'image d'un parti de principes, intègre et peu enclin aux compromis sans fin. Bref, une image contraire à celle des libéraux, dit M. de Souza. Or il est dangereux de remettre en question la trame narrative qui définit un parti. Les réparations peuvent prendre des années. M. de Souza estime qu'il est trop tôt pour dire si les décisions de Harper seront vues comme un mal momentané mais nécessaire ou «comme un changement de trame». Si tel est le cas, les dommages seront plus profonds.

Chantal Hébert, du Toronto Star, a pour sa part choisi de s'attarder à l'effet de l'arrivée d'Emerson et Fortier sur les liens entre le milieu des affaires et les partis politiques. Selon elle, leur arrivée dans les rangs conservateurs signale la fin de la cohabitation de plus de 13 ans entre Canada Inc. et le Parti libéral du Canada et, en particulier, Paul Martin, le champion de l'élite d'affaires. La nomination des deux hommes aux côtés du nouveau ministre des Finances, Jim Flaherty, «contre-balance le statut d'"outsider" de Stephen Harper au sein de l'establishment financier». Ils pourront, dit-elle, ouvrir des canaux de communication entre le nouveau gouvernement et ce milieu. «À cet égard, ils représentent des pièces maîtresses dans la reconstruction du PC afin d'en refaire une institution pancanadienne et le refuge naturel de la communauté d'affaires.» Avec le départ de Martin, qui avait attiré Emerson en politique et ravi Belinda Stronach aux conservateurs, on assiste, croit Hébert, à l'étiolement rapide du pouvoir d'attraction du PLC auprès des grandes entreprises.

Le cabinet a donc fait couler beaucoup d'encre, presque autant, dans certains journaux, que la crise des caricatures. Cette histoire a donné lieu à de nombreux textes intéressants, dont celui d'Amir Taheri, un auteur iranien publié par le National Post. Taheri met en lumière la façon dont le soulèvement populaire a été orchestré par certains groupes dits islamistes d'Europe et d'Asie et comment les dirigeants iraniens et syriens n'ont fait que sauter dans le train en marche pour servir leurs propres intérêts. Taheri revient sur la chronologie maintenant bien connue des faits, mais il relève aussi que les Frères musulmans égyptiens et le Hamas palestinien, qui se présentaient tout deux à de récentes élections, ont invité les militants musulmans danois à attendre le passage des élections pour faire du bruit. Ces militants se sont alors tournés vers le Qatar et un prêcheur qui sévit sur la chaîne al-Jazira. Celui-ci n'a pas attendu pour inviter à protester contre le Danemark. Selon Taheri, l'Iran avait alors intérêt à utiliser la controverse contre les Danois car, dans quelques mois, ceux-ci assureront la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies. Or c'est à cette instance que devrait s'adresser l'Agence internationale de l'énergie atomique pour demander des sanctions contre l'Iran et son programme nucléaire. «Y aurait-il eu meilleur moment pour dépeindre le Danemark en "ennemi de l'Islam" et susciter la sympathie des musulmans?», demande Taheri. Même chose pour la Syrie, dont le président et cinq de ses proches font l'objet d'une enquête de l'ONU pour la mort de l'ancien premier ministre libanais Rafik Hariri. L'ONU veut les interroger mais le président veut que son frère et lui bénéficient de l'immunité. L'affaire pourrait finir au Conseil de sécurité. Taheri relève que la vaste majorité des musulmans, bien que blessés, ne manifestent pas dans les rues et n'appellent pas à la violence. «La bataille entre le Danemark et ses détracteurs n'est pas une bataille entre l'Occident et l'Islam. C'est une bataille entre la démocratie et un mouvement fasciste global qui se fait passer pour une religion», conclut Taheri.

Le cabinet a donc fait couler beaucoup d'encre, presque autant, dans certains journaux, que la crise des caricatures. Cette histoire a donné lieu à de nombreux textes intéressants, dont celui d'Amir Taheri, un auteur iranien publié par le National Post. Taheri met en lumière la façon dont le soulèvement populaire a été orchestré par certains groupes dits islamistes d'Europe et d'Asie et comment les dirigeants iraniens et syriens n'ont fait que sauter dans le train en marche pour servir leurs propres intérêts. Taheri revient sur la chronologie maintenant bien connue des faits, mais il relève aussi que les Frères musulmans égyptiens et le Hamas palestinien, qui se présentaient tout deux à de récentes élections, ont invité les militants musulmans danois à attendre le passage des élections pour faire du bruit. Ces militants se sont alors tournés vers le Qatar et un prêcheur qui sévit sur la chaîne al-Jazira. Celui-ci n'a pas attendu pour inviter à protester contre le Danemark. Selon Taheri, l'Iran avait alors intérêt à utiliser la controverse contre les Danois car, dans quelques mois, ceux-ci assureront la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies. Or c'est à cette instance que devrait s'adresser l'Agence internationale de l'énergie atomique pour demander des sanctions contre l'Iran et son programme nucléaire. «Y aurait-il eu meilleur moment pour dépeindre le Danemark en "ennemi de l'Islam" et susciter la sympathie des musulmans?», demande Taheri. Même chose pour la Syrie, dont le président et cinq de ses proches font l'objet d'une enquête de l'ONU pour la mort de l'ancien premier ministre libanais Rafik Hariri. L'ONU veut les interroger mais le président veut que son frère et lui bénéficient de l'immunité. L'affaire pourrait finir au Conseil de sécurité. Taheri relève que la vaste majorité des musulmans, bien que blessés, ne manifestent pas dans les rues et n'appellent pas à la violence. «La bataille entre le Danemark et ses détracteurs n'est pas une bataille entre l'Occident et l'Islam. C'est une bataille entre la démocratie et un mouvement fasciste global qui se fait passer pour une religion», conclut Taheri.