Préval en tête

Port-au-Prince — L'ex-président René Préval, 63 ans, arrive en tête de l'élection présidentielle en Haïti dans plusieurs centres de vote de Port-au-Prince, selon des procès-verbaux affichés hier sur les murs de ces centres, au lendemain du scrutin.

Dans un centre où ont voté des électeurs de Cité Soleil, celui qui était favori de l'élection, chef d'État de 1996 à 2001, obtient 93 % des votes. Ce bidonville était déjà un terrain favorable pour l'ex-président Jean-Bertrand Aristide, allié pendant longtemps de René Préval. Dans la banlieue aisée de Pétion-Ville, le candidat obtient 70 % des votes dans un lycée.

Une quarantaine de bureaux, dans des quartiers plutôt aisés de la capitale, donnent en tête René Préval, 63 ans, sans nécessité d'un deuxième tour, a constaté un journaliste de l'AFP. Ils confirment le statut de favori acquis ces dernières semaines par l'ex-président (1996-2001) et ancien premier ministre (1991) de Jean-Bertrand Aristide.

Ces résultats et cette différence entre quartiers pauvres et quartiers aisés sont similaires à des chiffres relevés dans d'autres centres de vote de la capitale.

Ils doivent encore être vérifiés par les autorités électorales, qui ont commencé dans la journée d'hier à récupérer et à comptabiliser électroniquement les procès-verbaux établis dans chaque bureau de vote du pays. Cette opération devrait prendre plusieurs jours.

Un deuxième tour sera nécessaire si aucun candidat présidentiel n'obtient plus de 50 % des voix. Quelque 3,5 millions d'électeurs étaient appelés à élire également une Chambre des députés (99 sièges) et un Sénat (30 sièges) pour lesquels 1300 personnes s'étaient portées candidates.

La base électorale de René Préval est constituée de la majorité pauvre d'Haïti (8,5 millions d'habitants) qui se souvient des routes, écoles et places publiques créées lorsqu'il était président. «Il est bien parce qu'il ne promet rien, il fait», confie un petit artisan.

En revanche, le secteur privé haïtien ne voit pas d'un bon oeil son retour. «C'est un pion d'Aristide» et «il ne contrôlera pas les bandes armées», disent souvent en privé des chefs d'entreprise.

Quatre fois reporté en moins d'un an, le scrutin s'est achevé tard dans la nuit de mardi à hier après des débuts difficiles, marqués par une vaste désorganisation et des bousculades. Le dépouillement a ensuite été effectué, souvent à la lumière de bougies.

Le taux de participation, élevé selon le Conseil électoral provisoire, reste inconnu.

Au total, 27 633 procès-verbaux des votes doivent être récupérés par hélicoptères, voitures ou à dos de mulet et acheminés sous escorte vers un centre de comptabilisation électronique à Port-au-Prince, doté d'un logiciel «anti-erreurs». Cette opération devrait durer plusieurs jours.

Aucune violence politique n'a été enregistrée lors des élections, contrairement à ce qui avait été craint dans cette petite république tourmentée des Caraïbes, victime de 30 ans de dictature suivie de 20 ans de crises entrecoupées de coups d'État.

En dépit de la présence de 9500 Casques bleus et policiers internationaux, l'insécurité reste un fléau en Haïti, où circulent illégalement quelque 200 000 armes.

Il s'agissait des premières élections organisées dans ce pays depuis la chute, le 29 février 2004, de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide, aujourd'hui exilé en Afrique du Sud.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a félicité hier les électeurs haïtiens qui «ont voté en grand nombre» et sans violence aux élections présidentielle et législatives.

«Je suis heureux de constater que, par rapport aux élections précédentes, la journée [de mardi] a été remarquablement dénuée de violence. Je rends hommage à la population haïtienne pour sa détermination à restaurer la démocratie en Haïti. J'appelle toutes les parties à respecter les résultats officiels du scrutin qui seront annoncés par le Conseil électoral provisoire», a-t-il ajouté dans un communiqué.

«C'est un pas en avant important qui a été accompli. La communauté internationale continuera d'appuyer les efforts du peuple haïtien sur la voie de la stabilité, de la normalisation et du développement», a conclu M. Annan.