Québec Solidaire sort la gauche de la marginalité, selon Françoise David

Les porte-parole de Québec Solidaire, Françoise David et Amir Khadir, discutent stratégie au congrès de fondation du parti, à l’Université de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Les porte-parole de Québec Solidaire, Françoise David et Amir Khadir, discutent stratégie au congrès de fondation du parti, à l’Université de Montréal.

Avec la fondation du Parti Québec Solidaire (PQS), en fin de semaine, la gauche féministe, altermondialiste, écologiste et indépendantiste est «déjà sortie de la marginalité», estime Françoise David, qui en a été élue hier la porte-parole.

Mme David, à l'origine de la fusion entre Option citoyenne et l'Union des forces progressistes (UFP) qui a donné naissance au PQS, estime qu'on devra prendre son parti au sérieux: «Nous ne serons pas des gérants d'estrade», a-t-elle promis hier au terme du congrès, qui s'est tenu à l'Université de Montréal et auquel quelque 1000 personnes ont participé (990 membres et 83 observateurs). Selon elle, Québec Solidaire «fait partie du paysage politique». Certes, il s'agit d'une présence modeste «parce qu'il n'a que de petits moyens», mais il espère pouvoir présenter des candidats dans les 125 circonscriptions aux prochaines élections générales. «Nous n'avons pas 130 000 membres. Nous y arriverons», a-t-elle affirmé. Elle a garanti que le PQS présenterait un programme en bonne et due forme dans moins d'un an, précisant ceci: «Nous devrons être rigoureux, concrets, nous aurons des propositions chiffrées.»

Pas de chef

Pour l'instant, le parti n'a pas de «chef» à proprement parler, mais bien deux porte-parole, Mme David et le médecin Amir Khadir, issu de l'UFP. En conférence de presse samedi, ce dernier a indiqué qu'avant la prochaine élection générale québécoise le PQS se donnerait un chef et qu'il appuierait la candidature de Mme David, qui deviendrait ainsi la première à occuper un tel poste au Québec. Selon le cofondateur d'Option citoyenne, François Saillant, il fallait laisser la fusion s'effectuer sur le terrain pendant quelque temps avant de choisir un chef. «Si on avait voulu faire ça en fin de semaine, ça n'aurait pas été accepté», a-t-il indiqué. Coordonnateur au Front d'action populaire en réaménagement urbain depuis 27 ans, M. Saillant a confirmé qu'il serait candidat aux prochaines élection pour le PQS.

Le PQS connaîtra son premier test électoral très rapidement («ça vient un peu vite», a admis Mme David hier), dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, où une élection partielle doit avoir lieu d'ici au 18 avril. Elle a été laissée vacante en septembre par le député péquiste André Boulerice, qui l'a représentée de 1989 à 2005. Québec Solidaire y a déjà une association «unifiée OC-UFP» et y tiendra une assemblée d'investiture «d'ici 15 jours». La seule candidate pressentie pour l'instant est l'ancienne porte-parole de la Fédération des femmes du Québec, Manon Massé. L'ancien conseiller municipal Martin Lemay y défendra les couleurs du PQ. Lors des élections générales de 2003, le candidat Gaétan Breton, de l'UFP, n'avait recueilli que 6,48 % dans cette circonscription.

Craintes

Comme on le sait, la création de Québec Solidaire inquiète plusieurs souverainistes, qui craignent une division du vote. Présent hier au congrès du PQS à titre d'observateur, le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, a incité les souverainistes de gauche à voter «stratégiquement» pour le Parti québécois lors des prochaines élections. Selon lui «la création d'un tel parti précède la normalité du pays»: il ne pourrait y avoir un parti de ce type que dans un Québec souverain, non dans un «Québec provincial». Le premier problème à résoudre reste celui de la «question nationale» qui, admet-il «voile le débat social».

Amir Khadir a répondu à l'ancien syndicaliste sur les ondes de Radio-Canada que le Parti québécois ne méritait plus la confiance des souverainistes de gauche parce qu'il avait eu «quatre occasions» de prouver qu'il était de gauche et qu'il avait échoué.

La gauche du Parti québécois, la présidente Monique Richard en tête, a multiplié les appels à la collaboration hier. Le club politique de gauche du PQ, «Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre», a diffusé un communiqué en après-midi pour souhaiter la bienvenue au nouveau parti «dans la grande famille souverainiste». Les signataires, l'ex-président de la CSN, Marc Laviolette, et l'ancien candidat à la direction, Pierre Dubuc, se disent convaincus que le PQ et le PQS trouveront «une formule qui [leur] permettra d'unir [leurs] forces pour renverser le gouvernement Charest dès la prochaine élection et avancer résolument vers la souveraineté du Québec».

Selon plusieurs observateurs, dont l'historien du syndicalisme Jacques Rouillard, le fait que Québec Solidaire n'ait pas d'appui de la part des syndicats lui rendra la tâche difficile. Mais hier, Amir Khadir soulignait que «le conseil central de Montréal de la CSN a déjà donné son appui à la naissance d'un parti de gauche au Québec».

Un autre appui important manque au Parti Québec Solidaire, celui du Parti Vert, qui a rejeté toutes les propositions de fusion. La chose préoccupe M. Khadir et Mme David puisque, dans plusieurs circonscriptions, le Parti Vert a, dans un passé récent, réussi à aller chercher quelque 5 % des voix. Ainsi, Mme David a tenu hier à rassurer les militants écologistes. Ces derniers étaient déçus que la proposition de créer un comité consacré à l'environnement ait été rejetée par les membres, samedi. Un tel comité sera créé le plus rapidement possible, a-t-elle dit, précisant dans un même élan qu'une «vision écologiste traversera toutes les prises de position» du PQS.

Pas une extrême gauche

Samedi, les délégués du PQS ont adopté une déclaration de principe comprenant des phrases telles que «nous voulons repenser l'économie», reprochant aux entreprises d'être «et de loin, les principales responsables des déséquilibres écologiques», fustigeant «l'accumulation sans fin du capital». Le PQS est-il d'extrême gauche? Les porte-parole ont récusé le terme avec vigueur. Faisant référence à son passé marxiste-léniniste, Mme David a souligné que les partis d'extrême gauche «qu'on a connus au Québec» prônaient des choses comme «la dictature du prolétariat, la lutte armée contre la bourgeoisie, la lutte classe contre classe, le parti unique, etc.». En revanche, au PQS, a-t-elle fait remarquer, on veut faire les choses «démocratiquement».

Certains, au sein du PQS, n'hésitent toutefois pas à se dire d'extrême gauche. «Je suis communiste, marxiste-léniniste, bref, je suis un dinosaure», ironisait Antonio Artuso, croisé dans un atelier sur la mondialisation. M. Artuso, traducteur d'origine brésilienne, était membre du Parti communiste Canada, section Québec, un parti fusionné au sein de l'UFP, et maintenant intégré au Parti Québec Solidaire.

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La gauche au Québec: quelques repères

Dans l'histoire du Québec, «la gauche de gauche» — selon l'expression du sociologue français Pierre Bourdieu — s'est toujours retrouvée dans les marges. Les quelques repères qui suivent sont repris d'une chronologie dressée par des militants de Québec Solidaire, sous la direction de Pierre Dostie.
- 1834: fondation du Parti Patriote : «les Patriotes ont inspiré les positions républicaines de l'Union des forces progressistes (UFP) et ses couleurs : rouge et vert».
- Septembre 1960: fondation du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). Devient un parti en 1963.
- 1967-68: fondation du Mouvement souveraineté-association (MSA) et du Parti québécois (PQ) en 1968. Le RIN se dissout.
- 1970: manifeste du Front de libération du Québec et Crise d'octobre.
- 1972-82 Période marxiste-léniniste (En Lutte, Parti communiste ouvrier, etc.).
- 1995: Françoise David organise la marche «Du pain et des roses». Le NPD-Québec change de nom et devient le Parti de la démocratie socialiste (PDS).
- 1998: élections générales. Le RAP présente sept candidats (dont Michel Chartrand, dans Jonquière, qui se présente contre Lucien Bouchard et obtient 15 % des voix).
- 15 et 16 juin 2002: fondation, à Montréal, de l'Union des forces progressistes issue notamment de la réunion du Rassemblement pour l'alternative progressiste, du Parti de la démocratie socialiste, du Parti communiste du Québec.
- 2003: Naissance du collectif non partisan D'abord solidaires, présidé par Françoise David.
- 2003: élections générales. L'UFP présente 73 candidats et candidates, le Parti Vert en présente 36 et il y a cinq candidatures indépendantes. La gauche recueille plus de 56 000 voix. L'UFP n'obtient que 1 % des voix, mais dans Mercier, Amir Khadir recueille 17,92 % des voix et arrive devant l'ADQ.
- Mai 2004: Lancement d'Option citoyenne (OC), avec entre autres Françoise David et François Saillant. En décembre: début des négociations entre l'UFP et OC.
- 2005: en rencontre nationale, OC décide à l'unanimité de fusionner avec l'UFP. L'UFP fait de même. En novembre: publication d'un Manifeste pour un Québec solidaire.
2 commentaires
  • Guimont Rodrigue - Inscrit 6 février 2006 11 h 50

    Une gauchisante maladroite aspire au pouvoir

    Dix ans à peine après la fondation de l'ADQ par d'anciens membres du Parti Libéral, le même scénario se répète avec le seul parti souverainiste. La mode ou l'engouement pour la fondation d'un nouveau parti se trouve encore une fois au centre même de la vie politique québécoise. Même constatation au Canada, on sait que présentement plusieurs chefs autochtones canadiens cherchent également à créer leur propre parti politique. C'est presque devenu une mode un engouement pour clamer sa différence, dissimilitude ou sa lassitude.

    Qu'on ait cherché à marauder le Parti Québécois des votes progressistes, on ne saurait en douter. Il n'y avait nul besoin de définir ce nouveau parti comme souverainiste écartant du même coup les fédéralistes de gauche. Les deux porte-paroles du Parti Québec Solidaire (ou PQS, c'est presque un détournement de dénomination ou d'identité, les sigles portant déjà à confusion) Françoise David et Amir Khadir s'en défendent bien.

    Madame David n'aime surtout pas qu'on compare son parti politique au très dérangeant Ralph Nader, et pourtant, on ne le réitérera jamais assez, c'est exactement ce que le PQS a en tête, la division du vote péquiste, douce revanche au silence des souverainistes suite à la marche du pain et des roses. Sinon où est la raison dans tout cela? Pourquoi ne pas avoir milité au sein d'un parti déjà de gauche au Québec, un parti qui aurait eu bien besoin d'être revitalisé, pourquoi ne pas avoir milité au Nouveau Parti Démocratique du Québec?

    Les intellectuels et les penseurs politiques n'auront d'autre choix que de boycotter toute référence à ce parti maladroit gauchiste qui cherchera à scinder non pas le Parti Libéral qui n'a jamais eu de penchant par trop gauchisant, ni l'ADQ qui en a encore moins, mais cherchera à soustraire au seul Parti de centre gauche capable de réaliser la souveraineté du Québec, le Parti Québécois.

    La logique aurait souhaité qu'après, et après seulement la souveraineté, le nouveau pays du Québec se dote de toutes les tendances politiques propres à tout pays souverains: partis de droite, de centre droit et de centre gauche, partis de gauche et partis hétéroclites à but plus ou moins collectifs. Mais Madame David est pressée, très pressante même d'en découdre avec le pouvoir quel qu'il soit. Où est la logique? à moins d'aimer le pouvoir pour le pouvoir, allez savoir pourquoi.

  • Annie Prévost - Inscrite 6 février 2006 11 h 57

    Une précision s'impose!

    À ce passage de l'article une précision importante s'impose:

    « Ainsi, Mme David a tenu hier à rassurer les militants écologistes. Les derniers étaient déçus que la proposition de créer un comité consacré à l'environnement ait été rejetée par les membres, samedi »

    Les membres n'ont pas rejeté la création d'un simple comité consacré à l'environnement mais bien l'existence d'une commission nationale qui aurait exigé un plus grand nombre de représentants. À cette option, ils ont préféré intégrer à la commission nationale politique, une commission thématique sur l'environnement. Ainsi, décider de créer une commission nationale à pour enjeu, non pas la plus grande importance de sa thématique mais bien son plus grand besoin de représentativité.

    Veuillez constater que pour un lecteur aux valeurs écologistes, cette précision joue pour beaucoup. Rassurez-vous, il y aura bel et bien un « comité » sur l'environnement.

    Merci de bien vouloir prendre ce commentaire en considération.

    Solidairement,
    Annie Prévost
    Membre de Québec Solidaire