Quatre Québécois au cabinet Harper

Ottawa — Le premier Conseil des ministres de Stephen Harper, qui sera officiellement assermenté ce matin à Rideau Hall, décevra plusieurs députés de l'Alberta qui seront écartés du cercle restreint du pouvoir, alors que quatre élus du Québec feront leur entrée au cabinet. Une grande victoire pour les conservateurs dans la province, eux qui pensaient il y a encore quelques semaines devoir se casser la tête pour dénicher des ministres issus d'un Québec qui menaçait de leur tourner le dos.

Selon nos informations, la province pourra compter sur deux ministres poids lourds et deux ministres dits «juniors» au cabinet. En tête de liste apparaît le bras droit de Stephen Harper au Québec, Lawrence Cannon, que plusieurs sources envoient au prestigieux poste de vice-premier ministre. Un autre portefeuille d'importance devrait également l'attendre, alors qu'en coulisse on prédit trois possibilités: ministre de la Défense, des Affaires étrangères ou des Affaires intergouvernementales.

L'autre ministre poids lourds du cabinet Harper pour le Québec sera le député de Beauce, Maxime Bernier, qui est perçu comme une étoile montante par le premier ministre. Son expérience en économie pourrait le faire atterrir à l'Industrie ou aux Transports, dit-on.

Toujours au Québec, Josée Verner accédera au cabinet ce matin, probablement dans un poste moins sous pression, alors que des sources lui accordent la Francophonie, ainsi qu'un autre titre à caractère social comme responsable de la Condition féminine, de la Famille ou des Aînés. Le député de Jonquière-Alma, Jean-Pierre Blackburn, fera lui aussi son entrée au Conseil des ministres aujourd'hui. Il était toutefois difficile hier soir de savoir dans quel rôle. Le titre de ministre d'État au Développement régional était toujours dans les cartons, entre autres.

Nos informateurs soulignent que Stephen Harper, qui vise un cabinet restreint d'une trentaine de ministres, nommera en revanche plusieurs secrétaires parlementaires pour contenter certaines régions du pays moins nanties en nombre de ministres. Ainsi, au Québec, les élus Jacques Gourde et Christian Paradis sont sur les rangs pour obtenir de telles responsabilités secondaires. Un secrétaire parlementaire ne fait pas partie du cabinet, mais il remplace le ministre dans ses dossiers lorsqu'il est absent.

Encore hier soir, il était hautement hasardeux de prédire quel poste irait à quel ministre. Les 15 à 20 députés poids lourds du Parti conservateur qui pouvaient dormir tranquilles hier sont bien connus, mais sans plus. Très peu d'information sur la composition du cabinet avait filtré au moment de mettre sous presse. Le choix des nouveaux ministres s'est fait dans une discrétion inhabituelle à Ottawa, autre signe tangible d'un changement de régime qui ne travaille pas de la même manière avec les médias.

De plus, le simple refus d'un député d'accepter un poste précis peut provoquer un effet domino qui force le premier ministre à revoir complètement le schéma de son cabinet, même tard dans la nuit. Pour obtenir les réponses définitives, il faudra donc attendre ce matin à 11h.

Des sources ont par contre confirmé au Devoir que la grande perdante du nouveau cabinet serait l'Alberta, qui a donné 28 des 124 députés conservateurs aux Communes et qui est totalement acquise à Stephen Harper. Plusieurs des bons députés du Parti conservateur dans le cabinet fantôme de l'opposition étaient issus de cette province. Les déceptions seront nombreuses ce matin. «Harper a prévenu ses fidèles députés de l'Alberta que plusieurs seraient déçus et qu'il devait tenir compte de tout le pays maintenant. Comme il y a peu de femmes dans le caucus et peu de députés bilingues, disons qu'un homme blanc unilingue de l'Alberta voit ses chances d'entrer au cabinet diminuer fortement», a expliqué une source.

L'Alberta pourrait compter aussi peu que trois ou quatre ministres, en plus de Stephen Harper. Les deux seuls députés qui pouvaient dormir tranquilles hier dans cette province étaient Rona Ambrose et Monte Solberg. Jason Kenney, un député bilingue proche de Harper, Diane Ablonczy et Jim Prentice sont également sur la courte liste. «L'Alberta est un gros problème pour Harper, car c'est là qu'il y a le plus de députés d'expérience. Ça va faire mal», explique une source proche du chef conservateur. Selon une autre personne bien au fait de la situation dans l'Ouest, les Albertains vont toutefois faire contre mauvaise fortune bon coeur. «Juste avoir un premier ministre, ça leur fait un immense plaisir», explique-t-on.

Dans la province voisine, la Colombie-Britannique, au moins trois députés feront leur entrée au cabinet, soit l'ancien chef de l'Alliance canadienne, Stockwell Day, qui pourrait hériter d'un portefeuille économique, le jeune James Moore, 29 ans, et Jay Hill, qui a fait du bon travail comme leader en Chambre et pourrait être reconduit dans ce poste très technique et hautement stratégique en situation de gouvernement minoritaire. «La Colombie-Britannique est un défi pour Harper parce que Paul Martin avait nommé pas moins de cinq ministres de cette province dans son dernier cabinet. Il devra donc en avoir au moins trois ou quatre.»

Le Manitoba et la Saskatchewan auront un ou deux ministres, alors que la région de l'Atlantique pourra compter sur trois représentants au cabinet, dont Peter McKay et Loyola Hearn. En Ontario, les anciens ministres sous le gouvernement Harris que sont Tony Clement et Jim Flaherty ont déjà leur limousine qui attend à la porte. Vous pouvez également parier sur la présence de John Baird, Rob Nicholson, Bev Oda et Diane Finley.