L’ONU ouvre une enquête sur la répression en Iran

Des Iraniens rendent un dernier hommage à des victimes de la répression exercée par le régime, le 18 novembre, à Izeh, dans la province du Khouzestan. Selon l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, 416 personnes ont été tuées depuis le début du soulèvement.
Alireza Mohammadi ISNA via Agence France-Presse Des Iraniens rendent un dernier hommage à des victimes de la répression exercée par le régime, le 18 novembre, à Izeh, dans la province du Khouzestan. Selon l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, 416 personnes ont été tuées depuis le début du soulèvement.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a décidé jeudi, malgré l’opposition de Téhéran et de Pékin, d’ouvrir une enquête internationale sur la répression des manifestations survenues en Iran après la mort de Mahsa Amini, pour rassembler des preuves de violations et éventuellement poursuivre les responsables.

Et c’est en plein débat devant le Conseil que l’agence de presse iranienne Fars a annoncé l’arrestation du célèbre joueur de soccer Voria Ghafouri, accusé «  insulté l’équipe nationale [Team Melli], d’avoir sali sa réputation et de s’être livré à de la propagande » contre l’État.

Réunis d’urgence à l’initiative de l’Allemagne et de l’Islande, les 47 États membres de l’instance onusienne la plus élevée en matière de droits de la personne ont décidé de nommer une équipe d’enquêteurs de haut niveau pour faire la lumière sur toutes les violations de ces droits liées à la répression des manifestations.

Le texte a été voté à une majorité légèrement plus large qu’attendu, malgré une manoeuvre dilatoire de dernière minute de Pékin : 25 pays ont voté oui, 6 non (Arménie, Chine, Cuba, Érythrée, Pakistan et Venezuela), et 16 se sont abstenus.

Le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, voit dans le vote « la démonstration claire de l’engagement international croissant à faire rendre des comptes au régime iranien pour sa répression brutale de son peuple », selon une publication Twitter.

« Le courage et la détermination des manifestants nous [y] obligent », a souligné la représentation française auprès de l’ONU, saluant également la création de ce mécanisme d’enquête.

L’ONG Amnesty International s’est félicitée d’« une résolution historique » qui marque « une étape importante vers la fin de l’impunité », tandis que Lucy McKernan, de Human Rights Watch, qualifiait la décision du Conseil d’« étape bienvenue ».

« Changement inévitable »

Pendant les débats, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, dont la demande de visite en Iran est restée jusqu’à présent lettre morte, a appelé Téhéran à « cesser » son « usage inutile et disproportionné de la force ».

« La situation actuelle est intenable », a lancé M. Türk, qui réclame « un moratoire sur la peine de mort » et qui demande que le gouvernement « s’engage dans un processus de réforme, car le changement est inévitable ».

Pendant la séance, qui a duré toute la journée, de nombreux diplomates occidentaux — et, parmi eux, la ministre allemande des Affaires étrangères et son homologue islandaise — ont dénoncé la répression des manifestations, qui, en plus de deux mois, a fait au moins 416 morts, dont 51 enfants, selon l’ONG Iran Human Rights, dont le siège est en Norvège.

Cette vague de contestation — née de revendications sur les droits des femmes dans la foulée de la mort de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir mal porté le voile islamique, qui se sont mues en contestation du pouvoir — est sans précédent depuis la Révolution islamique de 1979.

Selon le rapporteur spécial de l’ONU sur l’Iran, plus de 15 000 personnes ont été arrêtées.

La justice iranienne a déjà prononcé six condamnations à mort en lien avec les manifestations et a annoncé cette semaine l’arrestation en deux mois de « 40 étrangers » accusés d’implication dans les « émeutes » en Iran.

« Justice pour le peuple »

S’exprimant devant les journalistes à Genève avant le vote, la cheffe de la diplomatie allemande, Annalena Baerbock, avait encouragé les pays qui en général votent avec l’Iran à avoir le courage de s’abstenir.

« Nous ne savons pas si [cette résolution] peut sauver des vies demain. Mais ce que nous savons avec certitude, c’est que cela signifiera la justice, justice pour le peuple », avait-elle déclaré.

Cette mission d’enquête internationale indépendante — qui n’a guère de chances de pouvoir se rendre en Iran en raison de l’opposition de Téhéran — devra collecter les preuves de violations et les conserver de manière qu’elles puissent servir à d’éventuelles poursuites.

Téhéran voit dans la plupart de ces manifestations des « émeutes » et accuse notamment des forces étrangères d’avoir causé ce mouvement pour chercher à déstabiliser la République islamique.

« Le niveau d’extrême violence » des « émeutiers contre les citoyens et les forces de l’ordre est au-delà de toute description », a encore assuré l’ambassadrice iranienne en Finlande, Foroozandeh Vadiati, qui a participé à la rencontre à Genève.

D’autres, comme le Pakistan et le Venezuela, ont dénoncé ce qu’ils voient comme une politisation croissante du Conseil des droits de l’homme, devenu à leurs yeux un outil aux mains des démocraties occidentales pour imposer leurs vues et s’ingérer dans les affaires intérieures des pays.

Un célèbre joueur de soccer iranien critique du pouvoir est arrêté

Paris — Les autorités iraniennes ont arrêté jeudi un ancien joueur de soccer international kurde qui a fermement soutenu les manifestations secouant la République islamique depuis septembre, en l’accusant de « propagande » contre l’État, a annoncé l’agence de presse iranienne Fars.

Voria Ghafouri, 35 ans, sélectionné 28 fois pour l’Iran jusqu’en 2019, est l’une des personnalités les plus en vue arrêtées dans la répression du mouvement de contestation qui a éclaté à la suite de la mort, le 16 septembre, d’une jeune Kurde iranienne, Mahsa Amini, arrêtée par la police des moeurs pour ne pas avoir respecté le code vestimentaire strict imposé par le régime.

Hengaw, une organisation non gouvernementale basée en Norvège qui défend les droits des Kurdes, a confirmé son arrestation et a publié une photo de lui en vêtements kurdes traditionnels, également mise en ligne sur Twitter par un autre ancien international iranien, Ali Karimi.

Agence France-Presse


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