Des centaines de manifestants en Iran, six semaines après le «Vendredi sanglant»

Des manifestations ont eu lieu aussi à Khash, une autre ville du Sistan-Baloutchistan, et des dizaines de policiers antiémeute ont été déployés face aux manifestants à Iranshahr, près de la frontière avec le Pakistan.
Ahmad Al-Rubaye Des manifestations ont eu lieu aussi à Khash, une autre ville du Sistan-Baloutchistan, et des dizaines de policiers antiémeute ont été déployés face aux manifestants à Iranshahr, près de la frontière avec le Pakistan.

Des centaines de manifestants en colère ont protesté après la prière du vendredi dans les rues de la province du Sistan-Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran, six semaines après la répression mortelle d’une manifestation à Zahedan.

Les forces de sécurité ont tué plus de 90 personnes le 30 septembre lors d’une manifestation dans cette ville, chef-lieu de la province, pour protester contre le viol d’une adolescente de 15 ans imputé à un policier, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo.

Cette journée, baptisée « Vendredi sanglant » par les défenseurs des droits humains, est survenue deux semaines après le début d’un mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, tuée le 16 septembre, trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des moeurs qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire strict imposant aux femmes le port du voile en public.

Au fil des jours, les manifestations pour la liberté des femmes se sont transformées en un mouvement dirigé contre le régime religieux, confronté à un défi sans précédent depuis la Révolution islamique de 1979.

Au total, selon IHR, au moins 304 personnes ont été tuées dans la répression des manifestations à travers l’Iran depuis le 16 septembre.

« Mort à Khamenei », ont scandé vendredi des hommes sortant des mosquées à Zahedan, d’après une vidéo publiée par cette ONG.

Des manifestations ont eu lieu aussi à Khash, une autre ville du Sistan-Baloutchistan, et des dizaines de policiers antiémeute ont été déployés face aux manifestants à Iranshahr, près de la frontière avec le Pakistan, selon des vidéos publiées en ligne et vérifiées par l’AFP.

Un bilan plus élevé

Les forces de sécurité ont ensuite tiré des gaz lacrymogènes à Iranshahr pour disperser les manifestants, selon une vidéo publiée par le média en ligne 1500tasvir.

Selon l’agence de presse locale Tasnim, les « contrerévolutionnaires qui voulaient créer des troubles à Zahedan […] ont échoué ».

« Les fidèles de la mosquée Maki, la plus grande mosquée sunnite du pays sont rentrés chez eux sans incident, à part quelques-uns qui ont scandé des slogans anti-gouvernementaux », a ajouté l’agence, affirmant que d’autres « petits rassemblements » ont eu lieu à Khash, Iranshahr et Rask, au sud de Zahedan.

À Iranshahr, les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser des manifestants qui lançaient des pierres contre le commissariat de la ville, après la prière dans la mosquée sunnite Nour, toujours selon Tasnim.

Amnesty International a affirmé que plus de 100 manifestants ont été tués par les forces de sécurité au Sistan-Baloutchistan depuis le 30 septembre, mais estime que le bilan pourrait être plus élevé.

L’ONG appelle la communauté internationale à « prendre des mesures urgentes pour empêcher de nouveaux meurtres de manifestants au Sistan-Baloutchistan et dans le reste de l’Iran ».

Mahsa Amini au Mondial

Selon IHR, des milliers de manifestants ont été arrêtés depuis le début du mouvement de contestation, et des dizaines ont été inculpés de crimes passibles de la peine de mort.

 

À Genève, les experts des Nations Unies ont appelé vendredi l’Iran à cesser de menacer les protestataires de la peine de mort, appelant « à la libération immédiate des manifestants privés arbitrairement de leur liberté ».

Lors d’un entretien téléphonique avec le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, jeudi, le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian a accusé des pays occidentaux de promouvoir la violence en Iran en apprenant aux manifestants à fabriquer des armes et des cocktails Molotov.

De son côté, le commandant des forces terrestres de l’armée iranienne, le général Kioumars Heydari, a déclaré jeudi que ses troupes attendaient les ordres du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, pour intervenir.

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde au Qatar, des militants des droits humains ont appelé les supporters de football à scander le nom de Mahsa Amini à la 22e minute de chaque match disputé par l’équipe d’Iran, en référence à son âge.

« Aidez-nous à immortaliser #MahsaAmini et notre combat contre ce régime brutal », a écrit sur Twitter Masih Alinejad, une militante iranienne basée à New York.

Le Mondial-2022 doit commencer le 20 novembre au Qatar. L’Iran affrontera l’Angleterre le 21 novembre, le Pays de Galles le 25 et les États-Unis le 29.

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