Violents affrontements en Iran lors d’une cérémonie de deuil

Le mouvement de protestation en Iran a des appuis partout dans le monde. En Italie, le 29 octobre dernier, cette femme a peint son visage de manière à dénoncer la violence du régime iranien.
Gregorio Borgia Associated Press Le mouvement de protestation en Iran a des appuis partout dans le monde. En Italie, le 29 octobre dernier, cette femme a peint son visage de manière à dénoncer la violence du régime iranien.

De nouvelles manifestations ont été organisées jeudi en Iran malgré la répression sanglante. Les forces de sécurité ont cette fois ouvert le feu contre des protestataires en colère lors d’une cérémonie de deuil près de Téhéran.

L’Iran est secoué depuis près de deux mois par des manifestations déclenchées par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne arrêtée trois jours plus tôt par la police des moeurs, qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire strict imposant notamment le port du voile en public.

Les autorités de la République islamique ont riposté avec une répression qui a fait plus de 170 morts, d’après une ONG, outre des milliers d’arrestations, dont 1000 personnes inculpées et risquant, selon des militants, la peine de mort.

Mais la contestation ne semble pas s’essouffler.

Et les funérailles et les cérémonies de deuil, organisées selon la tradition au 40e jour suivant un décès, sont l’occasion de nouvelles protestations.

Selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, de nombreuses personnes ont participé jeudi à Karaj, près de Téhéran, à une cérémonie tenue pour le 40e jour du décès de Hadis Najafi, une manifestante de 22 ans tuée en septembre, selon des militants, par des policiers.

La police a bloqué l’autoroute menant au cimetière pour empêcher un plus grand rassemblement sur les lieux, a affirmé l’ONG.

IHR a publié une vidéo montrant des participants qui scandent « Cette année est l’année du sang, Seyyed Ali [Khamenei] sera renversé », en référence au guide suprême de la République islamique.

Pour sa part, le média en ligne 1500tasvir a publié des photos montrant des affrontements entre manifestants et policiers.

 

Les forces de sécurité ont tiré sur les manifestants, d’après ce média qui a diffusé une vidéo montrant des protestataires jetant des pierres sur un véhicule de la police, tandis que d’autres incendiaient des poubelles et un commissariat.

Violents affrontements

 

Un membre du Bassidj, une milice paramilitaire liée aux Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de l’Iran, a été tué et dix policiers ont été blessés dans ces affrontements, a rapporté jeudi l’agence de presse officielle Irna, selon laquelle 500 personnes ont participé à ces « émeutes ».

L’homme de 24 ans a été poignardé, selon l’agence Fars, qui précise que son corps dénudé a été retrouvé sur le bord de la chaussée.

Les manifestants ont par ailleurs forcé un religieux à descendre de sa voiture et l’ont agressé avec une arme blanche, toujours selon Fars.

D’autres cérémonies de deuil ont été organisées, notamment à Fouladshahr et à Arak, où les manifestants ont scandé des slogans hostiles au pouvoir, selon IHR et 1500tasvir.

Une cérémonie de deuil doit par ailleurs avoir lieu vendredi à Ispahan pour le 40e jour du décès de Shirin Alizadeh, 36 ans, tuée d’une balle par des membres du Bassidj alors qu’elle filmait une scène de répression dans le nord-est de l’Iran, a affirmé à l’Agence France-Presse Raha Bahreini, d’Amnesty International.

Jeudi, un imam a été tué par balle dans cette ville avant la prière du soir, a indiqué le commandant de la police du Sistan-Baloutchistan, Ahmad Taheri.

 

Journalistes arrêtés

Les autorités accusent l’Occident d’encourager la contestation et décrivent les manifestations comme des « émeutes ».

Le procès de cinq hommes accusés d’infractions passibles de la peine de mort liées aux « émeutes » s’est ouvert samedi à Téhéran.

Des militants ont dénoncé des simulacres de procès, et Hadi Ghaemi, du Center for Human Rights in Iran, basé à New York, a affirmé qu’ils étaient destinés à « terroriser et réduire au silence les Iraniens ».

Les ONG dénoncent régulièrement le recours des autorités à des aveux forcés de prisonniers et leur diffusion par les médias officiels.

Au moins 51 journalistes ont été arrêtés depuis le 16 septembre, selon le Comité pour la protection des journalistes, qui a son siège à New York. Quatorze ont été libérés sous caution.

Pour sa part, le chef de la justice du Kurdistan iranien a affirmé jeudi que 85 % des détenus impliqués dans des « émeutes » dans la province avaient été libérés sous caution.

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