L’Australie renonce à reconnaître Jérusalem-Ouest comme capitale d’Israël

Seuls quatre pays ont établi leur ambassade à Jérusalem : les États-Unis, le Guatemala, le Honduras et le Kosovo.
Hazem Bader Agence France-Presse Seuls quatre pays ont établi leur ambassade à Jérusalem : les États-Unis, le Guatemala, le Honduras et le Kosovo.

L’Australie a annoncé mardi qu’elle renonçait à reconnaître Jérusalem-Ouest comme la capitale de l’État d’Israël, revenant ainsi sur une décision prise par le gouvernement conservateur précédent et s’attirant des critiques israéliennes mais les louanges des Palestiniens.

La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong a affirmé que la question du statut de Jérusalem devait être résolue par des négociations de paix entre Israël et le peuple palestinien et non dans le cadre de décisions unilatérales.

 

« Nous ne soutiendrons pas une approche qui compromet cette perspective », a-t-elle déclaré, ajoutant que « l’ambassade d’Australie a toujours été, et reste, à Tel Aviv ».

L’État hébreu s’est emparé de la portion orientale de Jérusalem en 1967, l’a annexée et considère depuis cette date l’ensemble de la ville comme sa capitale « éternelle » et « indivisible », tandis que les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Pour l’ONU, le statut de Jérusalem doit faire l’objet d’un accord entre Israéliens et Palestiniens et, en attendant, les pays ne doivent pas y établir leur représentation diplomatique auprès d’Israël.

Seuls quatre États ont établi leur ambassade à Jérusalem : les États-Unis, le Guatemala, le Honduras et le Kosovo.

Dans un communiqué, le premier ministre israélien Yaïr Lapid a qualifié la décision australienne de « réponse précipitée à une information de presse erronée », sans préciser à quelle information « erronée » il faisait référence.

« Nous ne pouvons que souhaiter au gouvernement australien qu’il gère ses autres dossiers de manière plus sérieuse et professionnelle », a-t-il ajouté, tandis que les Affaires étrangères israéliennes ont convoqué dans la journée l’ambassadeur australien.

« Ami indéfectible »

Mme Wong a tenu à souligner que cette décision n’est pas un signe d’hostilité à l’égard d’Israël.

« L’Australie sera toujours un ami indéfectible d’Israël. Nous avons été parmi les premiers pays à reconnaître officiellement Israël ».

« Nous ne faiblirons pas dans notre soutien à Israël et à la communauté juive d’Australie. Nous sommes également inébranlables dans notre soutien au peuple palestinien, y compris dans notre soutien humanitaire », a affirmé la ministre.

L’Autorité palestinienne s’est félicitée, elle, de ce revirement, saluant l’engagement de Canberra pour que « la souveraineté future de Jérusalem dépende d’une solution permanente basée sur la légitimité internationale », a écrit sur Twitter le ministre palestinien des Affaires civiles, Hussein al-Cheikh.

Le Hamas, mouvement islamiste dans la bande de Gaza, a parlé d’une « mesure […] allant dans la bonne direction en faveur de la sécurité et de la stabilité internationales ».

Le précédent gouvernement conservateur australien de Scott Morrison avait été l’objet de vives critiques quand, en 2018, il avait annoncé qu’il reconnaissait Jérusalem-Ouest comme capitale d’Israël. Il avait fait cette annonce dans la foulée d’une décision similaire de l’ex-président américain Donald Trump.

Cela avait également provoqué la consternation en Indonésie voisine — pays qui compte le plus de musulmans au monde — faisant temporairement dérailler un accord de libre-échange.

« Je sais que cela a causé des conflits et du désarroi au sein d’une partie de la communauté australienne, et aujourd’hui le gouvernement cherche à résoudre cela », a déclaré Mme Wong mardi.

Elle a accusé le gouvernement précédent d’avoir, à l’époque, pris cette décision pour tenter de remporter une élection partielle cruciale dans une banlieue de Sydney où vit une importante communauté juive.

« Vous savez ce que c’était ? C’était un jeu cynique, sans succès, pour gagner le siège de Wentworth et une élection partielle ».

Le parti travailliste de centre gauche est au pouvoir depuis mai.

 

Équilibre

La décision de Canberra ne devrait cependant pas être une totale surprise pour le gouvernement israélien.

 

Elle avait été précédée il y a quelques jours du retrait d’un communiqué figurant sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères sur Jérusalem Ouest, capitale d’Israël.

Mais pour Ran Porat, historien et chercheur à l’université Monash de Melbourne, cela pourrait susciter un malaise même si l’Australie n’est pas un acteur majeur des pourparlers de paix.

D’après lui, le Likoud, le parti de l’opposition israélienne dirigé par l’ex-premier ministre Benjamin Nétanyahou, pourrait s’emparer de cette décision comme preuve d’un des échecs de l’actuel gouvernement à l’approche des législatives du 1er novembre.

La réponse de M. Lapid, probablement déçu, « doit se situer entre le désaccord et le fait de ne pas gâter les relations avec Canberra », a ajouté M. Porat.

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