Le Liban et Israël concluent un accord «historique» sur leur frontière maritime

Des Libanais réclamant pour leur pays le droit pour d’exploiter un gisement gazier avaient fait part de leur opinion à des militaires israéliens patrouillant le secteur le 4 septembre 2022.
Mohammed Zaatari Agence France-Presse Des Libanais réclamant pour leur pays le droit pour d’exploiter un gisement gazier avaient fait part de leur opinion à des militaires israéliens patrouillant le secteur le 4 septembre 2022.

Après d’intenses négociations sous l’égide des États-Unis, Israël a annoncé mardi avoir conclu un accord « historique » avec le Liban pour délimiter leur frontière maritime et lever les obstacles à l’exploitation de gisements gaziers en Méditerranée orientale.

Washington, qui mène depuis deux ans une médiation entre les deux voisins officiellement en état de guerre, a salué une « avancée historique », tandis que Beyrouth, qui a jugé la proposition « satisfaisante », veut examiner la version arabe du texte pour annoncer sa position officielle.

Les deux voisins avaient signifié début octobre leur satisfaction à propos du projet d’accord, mais Israël avait affirmé son refus à une série d’amendements libanais jeudi dernier.

Les négociations se sont poursuivies et le premier ministre israélien, Yaïr Lapid, a annoncé mardi un accord « historique », sans en dévoiler la teneur.

L’accord « va renforcer la sécurité d’Israël, injecter des milliards [d’euros] dans l’économie israélienne et assurer la stabilité de notre frontière nord [avec le Liban] », a affirmé M. Lapid.

Le texte doit être présenté mercredi au cabinet de sécurité israélien, puis à l’ensemble du gouvernement ainsi qu’au Parlement.

Selon des informations de presse et des responsables, il prévoit que le gisement en haute mer de Karish soit contrôlé par Israël et que les réserves de Cana, situées plus au nord-est, soient octroyées au Liban. Mais comme une partie de ce gisement dépasse la future ligne de démarcation, l’État hébreu toucherait une part des futurs revenus de l’exploitation de Cana, d’après ces sources.

« Capitulation »

Le président américain Joe Biden a félicité le Liban et Israël, saluant une « avancée historique ».

« Il est désormais essentiel que toutes les parties tiennent leurs engagements et travaillent à la mise en place de l’accord », a exhorté M. Biden, qui a dit avoir parlé à son homologue libanais Michel Aoun et à M. Lapid.

Beyrouth a accepté l’accord dans sa version anglaise, mais dit attendre d’examiner le texte en arabe pour donner sa position officielle.

Le président Aoun devrait s’exprimer d’ici mercredi, a indiqué le premier ministre, Najib Mikati.

La présidence avait auparavant estimé que la version finale du texte était « satisfaisante », qu’elle répondait « aux demandes du Liban et préserve son droit à ses richesses naturelles ».

Ces annonces surviennent à 20 jours de la fin du mandat du président libanais, une échéance coïncidant avec les législatives israéliennes du 1er novembre, qui pourraient consacrer le retour au pouvoir de Benjamin Netanyahu, actuellement chef de l’opposition.

« Il s’agit non pas d’un accord historique, mais d’une capitulation historique », a-t-il commenté mardi, accusant M. Lapid d’avoir cédé aux pressions du Hezbollah libanais et de son chef Hassan Nasrallah.

« Celui qui capitule devant Nasrallah ne peut pas être premier ministre », a martelé M. Netanyahu, répétant sa menace de ne pas honorer l’accord s’il retourne au pouvoir.

Le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a lui salué la décision du Liban de soutenir un accord « positif pour les deux parties », malgré les « menaces » du Hezbollah de le torpiller.

Doper les livraisons vers l’Europe

Hassan Nasrallah a affirmé dans un discours télévisé mardi soir que le Hezbollah soutiendrait l’accord si celui-ci est officiellement approuvé par le gouvernement libanais.

« Si le président annonce que la position officielle du Liban soutient l’accord, alors, pour nous… les choses sont réglées », a-t-il déclaré, estimant que les richesses gazières constituaient la « seule porte » vers la prospérité pour ce pays frappé par la crise.

Dans un contexte où l’Union européenne cherche à diversifier ses approvisionnements en gaz en raison de l’invasion russe de l’Ukraine, Israël mise sur Karish, prêt à entrer en production, pour doper ses livraisons vers le Vieux continent.

Dimanche, la société Energean, cotée à Londres et mandatée pour exploiter le gisement, a annoncé le début de tests pour le raccorder au territoire israélien, étape clé en vue de la production.

En juillet, Yaïr Lapid avait évoqué ce dossier avec le président français Emmanuel Macron, espérant voir Paris user de son influence pour faciliter un accord avec Beyrouth, d’autant que le français Total est pressenti pour explorer le gisement de Cana.

Mais contrairement à Karish, ce gisement est encore loin de pouvoir être activé et doit faire l’objet de plus de prospection.

L’un des principaux négociateurs libanais, Elias Bou Saab, a assuré mardi qu’il y avait eu « un accord entre Total et les Israéliens » en vertu duquel ces derniers pourraient « recevoir des compensations » du géant énergétique et non du Liban.

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