Moins de la moitié de la population aux urnes au Liban

Il s’agit des premières législatives depuis l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth le 4 août 2020.
Photo: Hussein Malla Associated Press Il s’agit des premières législatives depuis l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth le 4 août 2020.

La participation était faible, dimanche, aux premières élections législatives organisées au Liban depuis le soulèvement populaire déclenché en octobre 2019 pour exiger le départ d’une classe politique tenue pour responsable de la pire crise socioéconomique dans laquelle est englué le pays.

Le scrutin devrait maintenir le statu quo en faveur des forces politiques traditionnelles, mais selon les résultats préliminaires qui ont filtré en soirée, des candidats indépendants ont effectué des percées dans plusieurs régions, notamment dans le sud du Liban, bastion du puissant mouvement chiite Hezbollah.

 

Le ministère libanais de l’Intérieur a annoncé une participation de 41 % après la fermeture des bureaux de vote à 19 h (16 h GMT), alors que quelque 3,9 millions d’électeurs étaient appelés à voter pour renouveler les 128 membres du Parlement.

Le décompte des voix était toujours en cours dans la nuit, et les résultats définitifs sont attendus lundi.

 

« Les élections constituent un moyen de déraciner la classe politique, pas seulement de la responsabiliser », estime Chadi, 38 ans, qui a perdu sa maison lors de l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth en août 2020.

Depuis 2019, le Liban est englué dans une crise socioéconomique classée par la Banque mondiale comme la pire au monde depuis 1850 et causée par des décennies de mauvaise gestion et de corruption d’une classe dirigeante quasi inchangée depuis des dizaines d’années.

Après avoir voté dans le quartier de Karantina, à Beyrouth, Cynthia Toukajian, une consultante de 37 ans, dit « espérer que ceux ayant participé au maintien d’un système défaillant se sentent aujourd’hui dans le devoir de participer à son assainissement en votant » contre les partis au pouvoir.

En près de deux ans, la monnaie nationale a perdu plus de 90 % de sa valeur sur le marché noir, et le taux de chômage a presque triplé. Près de 80 % de la population vit désormais en dessous du seuil de pauvreté, selon l’ONU.

La chute libre de l’économie et l’effondrement des services publics de base ont poussé un grand nombre de Libanais à quitter le pays.

Les élections se tiennent conformément à une loi adoptée en 2017, à l’avantage des partis au pouvoir, et en l’absence du principal leader sunnite Saad Hariri, qui les boycotte.

Dans le quartier sunnite de Tarik Jdidé, à Beyrouth, bastion du parti de M. Hariri, les partisans de l’ancien premier ministre ont installé plusieurs piscines gonflables au milieu des rues pour exprimer leur intention de boycotter le scrutin, ont constaté des photographes de l’AFP.

En 2018, les législatives avaient été dominées par le Hezbollah et ses alliés, notamment le Courant patriotique libre (CPL) du président Aoun et le mouvement chiite Amal, du président du Parlement Nabih Berri.

 

Incidents et agressions

Un important dispositif de sécurité a été déployé pour les élections, mais plusieurs incidents ont été signalés dans les régions où le Hezbollah est fortement présent, impliquant des partisans de formations rivales.

 

Selon l’Association libanaise pour la démocratie des élections (LADE), chargée de la supervision, plusieurs de ses membres ont été agressés dans des bureaux de vote, notamment dans la Bekaa (est), bastion du Hezbollah.

Dans la même région, le parti chrétien des Forces libanaises, fermement opposé aux armes du parti chiite, a indiqué dans un communiqué que plusieurs de ses délégués ont été frappés et chassés de bureaux de vote.

 

La LADE a également diffusé une vidéo montrant des partisans du Hezbollah en train de harceler un candidat indépendant dans la banlieue sud de Beyrouth, un autre bastion du puissant mouvement pro-iranien.

Toujours dans la banlieue sud de la capitale, un homme a été arrêté par les forces de sécurité pour avoir insulté le président libanais, Michel Aoun, à sa sortie d’un bureau de vote, ont rapporté des médias locaux.

« Je suis pour le changement, car nous connaissons cette classe politique », inchangée depuis la fin de la guerre civile il y a trois décennies, affirme à l’AFP Nayla après avoir voté à Gemmayzeh, dans la capitale. Pour cette étudiante de 28 ans, le Liban a grandement besoin de « nouveaux visages ».

Une grande partie des candidats, parmi les partis traditionnels et les indépendants, ont mené leur campagne avec des slogans « souverainistes », accusant le Hezbollah de servir les intérêts de l’Iran et de maintenir son emprise sur le Liban grâce notamment à un important arsenal militaire.

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