L’étau se resserre autour de djihadistes retranchés dans une prison syrienne

En cinq jours, 166 personnes, dont 7 civils, sont décédées en raison des combats acharnés dans la prison et dans les secteurs environnants.
Photo: Agence France-Presse En cinq jours, 166 personnes, dont 7 civils, sont décédées en raison des combats acharnés dans la prison et dans les secteurs environnants.

Les forces kurdes syriennes soutenues par les États-Unis ont cherché à resserrer l’étau mardi autour de djihadistes du groupe État islamique (EI) retranchés dans une prison de Syrie, cinq jours après un assaut de cette organisation extrémiste suivi de combats sanglants.

Le 20 janvier, une centaine de membres du groupe EI ont attaqué la prison d’Al-Sinaa, dans le quartier de Ghwayran, à Hassaké (nord-est), l’une des plus grandes prisons syriennes abritant des djihadistes, avec des camions piégés et des armes lourdes.

Des combats acharnés dans la prison et les secteurs environnants ont suivi entre les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui contrôlent cette prison, et les assaillants, faisant 166 morts en cinq jours — 114 djihadistes, 45 combattants des FDS et 7 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les affrontements, qui continuent épisodiquement, ont poussé à la fuite environ 45 000 personnes qui vivaient dans les secteurs proches, d’après l’ONU.

Quelque 3500 djihadistes étaient détenus dans cette prison, a indiqué l’OSDH. Et selon des groupes de défense des droits de la personne et l’ONU, des centaines de mineurs y sont également retenus.

Après l’assaut, les détenus se sont mutinés contre leurs gardiens. Certains se sont emparés d’armes dans une armurerie de la prison et ont participé aux combats. Un nombre d’assaillants est parvenu à entrer dans la prison, a précisé l’ONG.

Des centaines de djihadistes ont réussi à fuir. Mais « plus de 850 terroristes, parmi les détenus qui ont participé à la mutinerie et les assaillants, se sont rendus », a affirmé Farhad Shami, porte-parole des FDS, dominées par les Kurdes.

Les prisonniers ainsi qu’une partie des assaillants sont retranchés dans la partie nord de la prison, et les forces kurdes cherchent à les encercler totalement, a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

« Se rendre ou se battre »

Les FDS reçoivent l’aide de soldats américains déployés en Syrie dans le cadre de la coalition internationale antidjihadiste menée par les États-Unis.

Elles progressent lentement dans la prison, de crainte d’une embuscade, et jouent « sur le facteur temps pour pousser à une reddition des djihadistes », a précisé M. Abdel Rahmane.

« Ils n’ont d’autre choix que de se battre jusqu’au bout ou de se rendre. Si un règlement n’est pas trouvé, un massacre pourrait se produire, et des centaines de personnes seraient tuées », a-t-il ajouté.

Des efforts sont en cours pour permettre la prestation de soins médicaux aux djihadistes blessés en prison, en échange de la libération par les djihadistes d’une quinzaine de gardes et de membres du personnel pénitentiaire qu’ils retiennent encore, selon lui.

Farhad Shami a confirmé que des appels à la reddition des djihadistes ainsi qu’à la libération des membres du personnel pénitentiaire et des mineurs de différentes nationalités emprisonnés en raison de leurs liens avec le groupe EI avaient été lancés. Plusieurs enfants ont en effet été recrutés et entraînés par le groupe en Syrie.

L’ONU et d’autres organisations internationales ont fait part de leur préoccupation, après que les FDS ont accusé les djihadistes d’utiliser ces mineurs comme « boucliers humains ».

« Bombe à retardement »

L’assaut djihadiste contre la prison est la plus importante attaque menée par le groupe EI depuis sa défaite en 2019 en Syrie infligée par les FDS avec l’aide de la coalition internationale.

Les Kurdes, qui contrôlent des régions du nord et du nord-est de la Syrie, réclament depuis des années le rapatriement de quelque 12 000 djihadistes de plus de 50 nationalités, de pays européens et autres, détenus dans leurs prisons. En vain.

M. Shami a réitéré cet appel au rapatriement, en précisant que « les terroristes les plus dangereux au monde se trouvent dans la prison » de Ghwayran.

Pour Nick Heras, chercheur à l’Institut Newlines, l’assaut djihadiste devrait constituer « un signal d’alarme pour les Occidentaux, qui prouve que les FDS n’ont pas les capacités suffisantes pour pouvoir héberger, soigner et garder seules et indéfiniment des dizaines de milliers de prisonniers du groupe EI ».

Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations pour la démocratie, la guerre en Syrie s’est complexifiée au fil des ans avec l’implication de puissances régionales et internationales et la montée en puissance des djihadistes.

Le conflit a fait environ 500 000 morts, a dévasté les infrastructures du pays et a déplacé des millions de personnes.

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