Des mineurs piégés dans une prison après une attaque djihadiste en Syrie

Les forces de sécurité kurdes ont été déployées dans la ville de Hassaké lundi alors que les combats contre les djihadistes font rage depuis le 20 janvier et ont fait 154 morts selon un bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’homme.
Agence France-Presse Les forces de sécurité kurdes ont été déployées dans la ville de Hassaké lundi alors que les combats contre les djihadistes font rage depuis le 20 janvier et ont fait 154 morts selon un bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Les combattants kurdes ont été déployés lundi dans le nord-est de la Syrie en vue d’un assaut contre une prison attaquée par des djihadistes à Hassaké, ce qui a suscité de vives inquiétudes quant au sort de centaines de mineurs qui y sont encore détenus.

Le 20 janvier, plus d’une centaine de membres du groupe État islamique (EI) ont pris d’assaut avec des camions piégés et des armes lourdes la prison de Ghwayran, l’une des plus grandes abritant des djihadistes dans la Syrie en guerre.

De violents combats opposant forces kurdes et combattants du groupe EI se déroulent depuis plusieurs jours à l’intérieur et aux alentours de la prison à la suite de cette attaque, la plus importante revendiquée par le groupe EI depuis sa défaite il y a près de trois ans en Syrie.

Selon un nouveau bilan établi lundi par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), 154 personnes ont été tuées en cinq jours de combats entre forces kurdes et djihadistes — 102 djihadistes, 45 combattants kurdes et sept civils.

Près de 45 000 personnes ont fui leur domicile après l’assaut de la prison et les intenses combats qui ont suivi, selon l’ONU.

Fer de lance de la lutte contre le groupe EI, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, et la coalition emmenée par les États-Unis ont « commencé à s’introduire dans des parties de la prison, qui reste sous le contrôle du groupe EI » après avoir libéré plusieurs combattants kurdes et des membres du personnel détenus par le groupe EI, selon l’OSDH.

Les combattants du groupe EI se sont terrés dans un immeuble situé dans le côté nord de la prison, toujours selon l’ONG.

Les FDS ont indiqué dans un communiqué qu’environ 300 combattants du groupe EI s’étaient rendus à la suite d’un raid contre un des immeubles où ils s’étaient regroupés au sein du centre pénitencier.

Un correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) sur place a vu des bus et des véhicules militaires en train de transporter des combattants présumés du groupe EI de la prison.

Selon des groupes de défense des droits de l’homme et l’ONU, plus de 700 mineurs seraient détenus à Ghwayran, une ancienne école reconvertie en centre de détention très surpeuplé, abritant au moins 3500 membres présumés du groupe EI.

Mineurs piégés

Selon Eva Hinds, la porte-parole du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), le sort des mineurs piégés, dont environ 10 % auraient 15 ans ou moins, était une source de « grave préoccupation ».

« Les FDS avaient initialement alloué une section spéciale pour les enfants », a déclaré Mme Hinds. « Beaucoup d’entre eux ont des proches adultes à l’intérieur [de la prison] et les ont depuis rejoints dans d’autres sections. »

Selon Sara Kayyali, chercheuse chez Human Rights Watch (HRW), des « enfants sont en effet pris au piège » dans la prison.

10%
C’est environ le pourcentage de mineurs pris au piège dans la prison de Ghwayran qui auraient moins de 15 ans.

La chercheuse a indiqué avoir reçu un message vocal d’un mineur blessé à Ghwayran disant qu’« il y a des cadavres partout ». « Les enfants encourent un risque considérable des deux côtés. »

L’ONG Save the Children, qui a aussi reçu un message vocal de la part d’un mineur implorant de l’aide, a appelé à évacuer immédiatement les enfants de la prison.

Dans leur communiqué, les FDS ont signalé la présence de mineurs dans la prison, pris « en otage » et utilisés comme « boucliers humains » par les djihadistes, pour se protéger des attaques.

Soutien de la coalition

Principal soutien des forces kurdes lors de leurs offensives contre le groupe EI, les forces de la coalition basées dans la région se sont massivement déployées à Hassaké.

Dans un communiqué publié lundi, la coalition menée par Washington a affirmé que l’attaque djihadiste constituait « une tentative désespérée de resserrer ses rangs et de retrouver l’élan perdu ». « La coalition est déterminée à faire en sorte qu’il échoue », a-t-elle déclaré.

Les autorités kurdes ont décrété « un couvre-feu complet à Hassaké et ses alentours pour sept jours à compter du 24 janvier », afin « d’empêcher les membres de cellules terroristes de s’échapper ». Hormis ceux de première nécessité, les commerces sont fermés.

Alors que le nord-est de la Syrie est en proie à un froid glacial, des civils habitant près de la prison ne savent pas vers où fuir.

Octogénaire, Hamcha Sweidan a confié à l’AFP : « nous allions mourir de faim et de soif , mais « maintenant, nous ne savons pas où aller ».

Selon Nicholas Heras, du Newlines Institute à Washington, « les évasions de prison représentent la meilleure occasion pour le groupe EI de retrouver sa force, et la prison de Ghwayran est une bonne cible, car elle est surpeuplée ».

Les Kurdes, qui contrôlent des régions du nord et nord-est de la Syrie, réclament en vain depuis des années le rapatriement de quelque 12 000 djihadistes de plus de 50 nationalités — européennes et autres — détenus dans leurs prisons.

Malgré sa défaite en 2019, le groupe EI parvient toujours à mener des attaques meurtrières grâce à des cellules dormantes.

 

Dizaines de milliers de civils déplacées

Des dizaines de milliers de personnes ont fui leur domicile à Hassaké, en Syrie, après l’assaut d’une prison la semaine dernière et les intenses combats qui ont suivi entre djihadistes et combattants kurdes, a annoncé l’ONU lundi. « Jusqu’à 45 000 personnes ont dû fuir leurs maisons » après l’offensive lancée jeudi soir par le groupe État islamique (EI) contre la prison de Ghwayran, a déclaré lundi le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).


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