À Beyrouth, des appels à la «désescalade» après des affrontements sanglants

Après plusieurs heures d’échanges de tirs nourris à l’arme légère et aux roquettes RPG, qui ont terrorisé les habitants, le calme est revenu en fin d’après-midi dans le secteur de Tayouné, où l’armée a été déployée.
Photo: Ibrahim Amro Agence France-Presse Après plusieurs heures d’échanges de tirs nourris à l’arme légère et aux roquettes RPG, qui ont terrorisé les habitants, le calme est revenu en fin d’après-midi dans le secteur de Tayouné, où l’armée a été déployée.

Des combats de rue ont opposé jeudi des hommes armés à Beyrouth, après des tirs lors d’une manifestation organisée parles mouvements chiites Hezbollah et Amal. Des violences qui ont fait six morts et ravivé le spectre de la guerre civile.

Les affrontements se sont déroulés près du Palais de justice, où se sont massés des partisans des deux mouvements pour exiger le remplacement du juge Tarek Bitar, responsable de l’enquête sur l’explosion au port de Beyrouth en août 2020, qui veut interroger de hauts responsables, dont deux ex-ministres d’Amal.

À l’étranger, la France a appelé à « l’apaisement » et les États-Unis à la « désescalade », les deux pays insistant sur « l’indépendance de la justice ». Le porte-parole du secrétaire général l’ONU, Stéphane Dujarric, a appelé à « cesser les actes provocateurs » et a plaidé pour une « enquête impartiale » sur l’explosion au port.

Après plusieurs heures d’échanges de tirs nourris à l’arme légère et aux roquettes RPG, qui ont terrorisé les habitants, le calme est revenu en fin d’après-midi dans le secteur de Tayouné, où l’armée a été déployée.

Photo: Joseph Eid Agence France-Presse Les images de jeudi ont rappelé aux plus âgés celles de la guerre civile libanaise.

Dans un communiqué laconique, l’armée a précisé qu’un échange de tirs avait eu lieu « au moment où les manifestants étaient en route pour protester devant le Palais de justice », tout proche. Le ministre de l’Intérieur, Bassam Mawlawi, a affirmé que des « francs-tireurs » avaient tiré sur les manifestants.

Rapidement après les premiers coups de feu, un grand nombre d’hommes armés, certains masqués et beaucoup portant des brassards d’Amal et du Hezbollah, ont accouru sur les lieux et ont commencé à tirer, selon des correspondants de l’AFP sur place. Mais les circonstances exactes de ces violences restent confuses, dans la mesure où l’on ignore qui a tiré lors de la manifestation et sur qui ont tiré les combattants du Hezbollah et d’Amal.

Les deux mouvements chiites ont accusé la formation chrétienne des Forces libanaises d’avoir posté des tireurs embusqués, mais celle-ci a catégoriquement démenti.

Déstabilisation

Le ministre Mawlawi a fait état de six morts. Parmi eux, un homme tué d’une balle à la tête, un autre atteint à la poitrine et une femme de 24 ans touchée par une balle perdue alors qu’elle se trouvait chez elle, selon des sources médicales. Le mouvement Amal a affirmé que trois de ses partisans avaient péri « lors de la manifestation pacifique ».

Selon le ministère de la Santé, 32 personnes ont été blessées. L’armée a annoncé avoir arrêté « neuf personnes des deux bords, dont un Syrien », assurant contrôler la situation. Les funérailles des six victimes doivent avoir lieu vendredi, décrété journée de deuil national.

Dans un discours, le président, Michel Aoun, un allié chrétien du Hezbollah, a jugé « inacceptable de revenir au langage des armes, car nous avons tous convenu de tourner cette page sombre de notre histoire ».

Photo: Anwar Amro Associated Press

Ces violences surviennent dans un contexte politique extrêmement tendu. Le Hezbollah, un poids lourd de la politique libanaise, et ses alliés exigent le départ du juge Bitar qui, malgré les fortes pressions, veut poursuivre plusieurs responsables dans le cadre de son enquête sur l’explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020.

Mais les responsables politiques refusent d’être interrogés, même si les autorités ont reconnu que les quantités de nitrate d’ammonium qui ont explosé avaient été stockées au port pendant des années sans précaution.

La manifestation s’est produite après que la Cour de cassation a rejeté des plaintes de députés et ex-ministres à l’encontre de Tarek Bitar, lui permettant de reprendre ses enquêtes.

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