Le parti sadriste prend l’avantage dans la course au Parlement irakien

Sur la place Tahrir dans le centre de Bagdad, où se mêlaient klaxons, youyous et pétards de célébration, quelques centaines de sadristes se sont rassemblés, brandissant drapeaux irakiens, fanions du mouvement et portraits de leur leader, Moqtada al-Sadr.
Photo: Ahmad Al-Rubaye Agence France-Presse Sur la place Tahrir dans le centre de Bagdad, où se mêlaient klaxons, youyous et pétards de célébration, quelques centaines de sadristes se sont rassemblés, brandissant drapeaux irakiens, fanions du mouvement et portraits de leur leader, Moqtada al-Sadr.

Le courant mené par l’incontournable leader chiite irakien Moqtada al-Sadr, ancien chef de milice qui a combattu les troupes américaines et à la rhétorique anti-Iran, se revendiquait lundi soir première force au sein du nouveau Parlement, élu lors des législatives anticipées qui ont peiné à attirer des électeurs las d’un système incapable d’améliorer leurs conditions de vie.

En soirée, sur la place Tahrir dans le centre de Bagdad, où se mêlaient klaxons, youyous et pétards de célébration, quelques centaines de sadristes se sont rassemblés, brandissant drapeaux irakiens, fanions du mouvement et portraits de leur leader. « Nous attendons cette victoire depuis longtemps », se réjouit Nasser. « Notre espoir c’est Moqtada al-Sadr, personne d’autre », dit-il. « Il est capable de réformer l’Irak, de chasser la corruption d’Irak. »

Sous couvert de l’anonymat, un responsable du courant sadriste a affirmé à l’Agence France-Presse (AFP) que le parti avait obtenu un « nombre approximatif de 73 sièges », après un décompte du nombre de candidats victorieux. Un responsable de la commission électorale irakienne, qui a demandé l’anonymat, a indiqué à l’AFP que le courant sadriste était effectivement « en tête », selon des résultats préliminaires.

Les législatives, les cinquièmes depuis 2003 et le renversement du dictateur Saddam Hussein dans le sillage de l’invasion américaine de l’Irak, ont été marquées par une abstention record.

Les analystes estiment toutefois qu’au-delà de la répartition des sièges dans un Parlement qui s’annonce fragmenté, l’absence d’une majorité claire va obliger les différentes factions à négocier des alliances.

Frictions politiques en vue

Tout au long de la journée, la commission électorale a publié les résultats préliminaires dans chacune des 18 provinces d’Irak, mais il était impossible de connaître le nombre exact de sièges remportés par chaque formation au Parlement monocaméral (329 sièges), la commission ne dévoilant pas les affiliations des vainqueurs.

Si une victoire des sadristes se confirme, cela signifiera que ces derniers ont réussi à augmenter considérablement leur nombre au Parlement, passant de 54 députés actuellement à plus de 70. Cela signifiera aussi qu’ils conserveront leur statut de première formation, ce qui leur permettra de peser d’autant plus lors de la composition du futur gouvernement et de la désignation du premier ministre.

Autre tendance, la percée de l’Alliance de l’État de droit de l’ancien premier ministre Nouri al-Maliki. « Nous avons obtenu 37 sièges au Parlement », a affirmé à l’AFP un responsable de ce mouvement. Deuxième force du Parlement sortant, la coalition du Hachd al-Chaabi, entrée au Parlement en 2018 en surfant sur la victoire contre le groupe djihadiste État islamique (EI), semble essuyer un net recul, selon des observateurs. Ce camp politique, allié à l’Iran, reste un joueur incontournable de l’échiquier politique.

Le politologue Ihsan al-Shamari pronostique des « frictions politiques » et « des luttes pour le poste de premier ministre et la répartition des ministères », mais in fine, « tous les indicateurs confirment un retour à un consensus politique ».

En théorie, quelque 25 millions d’Irakiens étaient appelés aux urnes. La commission électorale a annoncé un taux de participation « préliminaire » de 41 % parmi plus de 22 millions d’électeurs inscrits. En 2018, la participation s’était établie à 44,52 %. À l’époque, des opposants, mais aussi des experts, avaient estimé que ces chiffres officiels étaient gonflés.

Les élections de dimanche étaient initialement prévues en 2022. Promises par le premier ministre, Moustafa al-Kazimi, elles ont été avancées pour calmer la contestation née en octobre 2019, pour dénoncer la corruption tentaculaire, une économie en panne, et des services publics défaillants dans un pays pourtant riche en pétrole.

Après le faible taux de participation, « ce n’est pas seulement la légitimité du prochain premier ministre qui sera remise en cause. Mais aussi la légitimité du gouvernement, de l’État et du système entier », avertit le politologue Sajad Jiyad.

Si la scène politique reste divisée sur les mêmes dossiers sensibles — la présence des troupes américaines, l’influence du grand voisin iranien —, les partis entameront de longues tractations pour s’accorder sur un nouveau premier ministre.

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