Des leçons à tirer d’Israël

Les Fêtes juives tirent à leur fin en Israël. Le dynamisme qui en émerge ainsi que les repas partagés au son de prières et de chants émanant des synagogues du pays donnent peine à croire que ce pays, « modèle » de vaccination, connaît actuellement sa plus importante augmentation de cas de COVID-19 depuis le début de la pandémie.

Ces derniers jours, le petit pays de 9 millions d’habitants enregistre entre 5000 et 11 000 nouveaux cas quotidiens. Pour les Israéliens qui, au début de la saison estivale, avaient rangé très loin leurs masques, l’ironie est grande.

Israël avait été parmi les premiers pays à amorcer la vaccination contre la COVID-19, en décembre dernier. Le pays s’enorgueillissait de l’accord signé avec Pfizer concernant l’achat de huit millions de doses nécessaires au lancement d’une vaccination rapide. En échange, en raison de la fiabilité et de l’efficacité de son système de santé, Israël allait fournir, à la compagnie pharmaceutique comme au reste du monde, informations et données sur son immunité collective.

Mesures levées promptement

Si dès le début de l’hiver 2021, la vaccination avait permis à l’État hébreu de se sortir de la troisième vague, « l’erreur d’Israël fut de ne miser que sur le vaccin », croit Ronit Calderon-Margalit, professeure d’épidémiologie à l’École Braun de Santé publique à Jérusalem.

Depuis le début de la pandémie, Israël a adopté puis levé diverses mesures : confinements, fermeture des frontières, limitations sur les rassemblements, port du masque à l’intérieur comme à l’extérieur, passeport vaccinal (« Green Pass »), notamment.

Puis, au printemps dernier, les mesures internes, dont le port du masque et le passeport vaccinal, ont toutes été levées. Les yeux du monde entier étaient rivés vers le petit pays, comme s’il s’y incarnait le « monde d’après ». Le peu de nouveaux cas quotidiens de COVID-19 justifiait la décision… jusqu’à preuve du contraire. Dix jours après avoir autorisé la levée, à la suite d’une nouvelle éclosion, les autorités ont dû se raviser, exigeant de nouveau le port du masque et réinstaurant son passeport vaccinal.

Photo: Ariel Schalit Associated Press Les Fêtes juives, qui touchent à leur fin, se sont déroulées dans un semblant de vie normale en Israël. Ces derniers jours, le petit pays de 9 millions d’habitants enregistre entre 5000 et 11 000 nouveaux cas quotidiens.

Israël a-t-il été trop rapide à suspendre les mesures pour contrer une recrudescence du virus ? Avait-il surestimé sa couverture vaccinale ou encore l’efficacité du vaccin ?

« En avril, après les élections, lorsque [Benjamin] Nétanyahou tentait de former un gouvernement, il y avait une pression politique à dire que la pandémie était terminée », explique Nadav Davidovitch, épidémiologiste et membre du Groupe consultatif national d’experts sur la COVID-19 en Israël. Pourtant, au fur et à mesure que les restrictions tombaient et que s’installait un sentiment d’invincibilité au sein de la population, l’immunité des personnes vaccinées en Israël, elle, chutait. « À ce moment, il était difficile de savoir si cette augmentation était liée aux nouveaux variants ou à une baisse de l’immunité », explique M. Davidovitch.

Aujourd’hui, les experts savent qu’il s’agit un peu des deux : certes, les variants plus contagieux ont contribué à relancer la propagation, mais une baisse d’immunité observée cinq à six mois après la dernière dose de vaccin a également joué un rôle. Cette baisse d’immunité ne surprend pas Karl Weiss, microbiologiste et spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif à Montréal, qui rappelle qu’elle est notamment observable après la vaccination annuelle contre la grippe.

Une situation inquiétante ?

Si la situation peut sembler inquiétante, les experts notent que la majorité des gens qui sont actuellement déclarés positifs au pays sont très peu malades. Les données montrent en effet qu’autour de 60 % des nouveaux cas concernent les moins de 18 ans. S’ils ne sont pour la plupart toujours pas vaccinés, ils ne développent en revanche que rarement des complications. Chez les cas graves toutefois, les personnes non vaccinées sont toujours surreprésentées, comptant pour environ 70 % d’entre eux. « L’effet des vaccins sur le nombre de cas s’est donc perdu, mais il a persisté sur les hospitalisations et les maladies sévères », explique Karl Weiss.

Photo: Sebastian Scheiner Associated Press Les experts notent que la majorité des gens qui sont actuellement déclarés positifs au pays sont très peu malades.

Le microbiologiste invite d’ailleurs à mettre en perspective les récents chiffres en provenance d’Israël. « Le nombre de cas est élevé en raison d’un extraordinaire système de dépistage. Au Québec, avec une population plus ou moins comparable, on fait 20 000 à 25 000 tests par jour. Ils en font à peu près 120 000. »

Quelles leçons pour le Québec ?

Des experts israéliens comme Nadav Davidovitch souhaitent surtout que le monde apprenne de la gestion israélienne de la pandémie que la vaccination est « extrêmement importante », mais qu’elle n’est pas « suffisante », du moins, tant qu’elle ne sera pas générale.

Il sera donc important de trouver un équilibre, qui se heurterait le moindrement à la méfiance et à la fatigue citoyenne. « Au cours de la première vague, explique Calderon-Margalit, nous avons agi comme beaucoup de pays. Nous avons mis en application un confinement très strict. » Mais quatre vagues et trois confinements plus tard, la professeure ne croit plus que cette mesure « solution magique » pourra être réimposée en Israël.

Les experts consultés suggèrent donc l’adoption ou le maintien d’un nombre de mesures qui, sans être trop contraignantes, peuvent sauver la vie de nombreuses personnes. Mesures parmi lesquelles un aménagement extérieur de diverses installations, le port du masque à l’intérieur, des limites sur les rassemblements intérieurs, l’installation de meilleurs systèmes de ventilation, par exemple. Dans les écoles, Israël privilégiera aussi les tests rapides à l’imposition automatique d’une quarantaine, sauf, bien sûr, dans le cas de la présence d’un super-propagateur.

« Il y a des choses que l’on peut faire et d’autres que l’on ne peut pas faire », admet le Dr Weiss en regardant du côté d’Israël. Dans la situation actuelle, les données émanant de l’État hébreu offrent toutefois quelques semaines de sursis pour que les décideurs puissent évaluer, imiter ou corriger à court et à long terme cette gestion de la pandémie. Car les experts s’entendent : cette pandémie ne sera pas la dernière.

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