Décès du maréchal Tantaoui, premier dirigeant de l’Égypte post-Moubarak

Le Caire accueillait mardi des obsèques militaires en grande pompe en présence des plus hauts dirigeants de l’État.
Photo: Maya Alleruzzo Agence France-Presse Le Caire accueillait mardi des obsèques militaires en grande pompe en présence des plus hauts dirigeants de l’État.

Le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans d’Hosni Moubarak, qu’il a remplacé en 2011 lorsqu’une révolte populaire le renversait, est décédé mardi.

Le maréchal, mort à 85 ans, avait pris les rênes de l’Égypte en février 2011 à la tête d’un conseil militaire qui s’était engagé à organiser des élections, dans un pays où l’armée a depuis longtemps la haute main sur les affaires.

Sous Tantaoui, qui a dirigé le pays pendant près de 18 mois, l’Égypte a connu de nombreuses manifestations contre l’armée. Élu en juin 2012, le président islamiste Mohamed Morsi l’avait écarté, le remplaçant à la Défense par l’actuel président Abdel Fattah al-Sissi, alors lui aussi l’une des figures les plus importantes de l’armée.

Ce dernier a dit mardi avoir « perdu un père, un maître, un homme jalousement patriote » et a décrété un deuil national, alors que Le Caire accueillait des obsèques militaires en grande pompe en présence des plus hauts dirigeants de l’État.

Parmi les rares réactions occidentales, les ambassades américaine et européenne ont présenté leurs condoléances.

« Pas de sang sur les mains »

Héros de plusieurs guerres du 20e siècle, en 2011 et 2012, le maréchal Tantaoui, devenu le visage du nouveau régime de transition, avait cristallisé l’ire populaire en particulier après des violences dans la rue Mohamed Mahmoud au Caire en novembre 2011, durant laquelle des dizaines de manifestants avaient été tués, et la mort dans un stade de Port-Saïd de plus de 70 supporters en février 2012.

« Il n’a le sang de personne sur les mains : Mohamed Mahmoud ou le stade de Port-Saïd, tout ça était un complot », a commenté mardi M. Sissi.

Après 18 jours d’une révolte populaire, Moubarak, à la tête de l’Égypte depuis 30 ans, avait démissionné le 11 février 2011 et remis ses pouvoirs au Conseil suprême des Forces armées (CSFA), dirigé par Tantaoui, son ministre de la Défense depuis 1991.

Durant cette période, Tantaoui a souvent été perçu comme un potentiel candidat à la présidentielle, mais son âge avancé et ses problèmes de santé avaient joué contre lui.

En juillet 2013, M. Sissi, devenu l’homme fort de l’Égypte, avait à son tour destitué Mohamed Morsi à la suite de manifestations monstres réclamant le départ du président, se faisant élire un an plus tard à la tête du pays.

Proche de Moubarak

Né en 1935 et d’origine nubienne, Tantaoui a entamé sa carrière dans l’infanterie en 1956, participant notamment à la crise de Suez au moment de l’expédition tripartite orchestrée par la France et la Grande-Bretagne, ainsi qu’aux guerres israélo-arabes de 1967 et 1973.

Durant la guerre du Golfe de 1991, il avait participé à la coalition dirigée par les États-Unis, au moment de l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein.

Un câble diplomatique américain de 2008 révélé par Wikileaks décrivait Moubarak et Tantaoui comme des dirigeants « concentrés sur la stabilité du régime et le maintien du statu quo ».

« Ils n’ont tout simplement pas l’énergie, l’inclination ou une vision du monde pour faire les choses différemment », notait le câble, qualifiant le maréchal de « vieux et opposé au changement ».

Après le soulèvement de 2011, l’armée avait d’abord été saluée pour son soutien aux manifestants anti-Moubarak et la junte dirigée par Tantaoui leur avait promis « un pouvoir civil élu pour construire un État démocratique libre ».

Les manifestants considéraient d’ailleurs l’institution militaire comme une force unificatrice, moins corrompue et moins brutale que les policiers du ministère de l’Intérieur.

Pendant cette période, Tantaoui avait été notamment forcé, sous la pression de manifestations, de faire juger Moubarak, pour complicité dans le meurtre de centaines de manifestants durant la révolte.

Mais rapidement, les jeunes militants prodémocratie, fers de lance de la révolte, avaient accusé la junte de traîner des pieds pour lancer des réformes démocratiques. Tantaoui n’a, lui, jamais été jugé.

Après son éviction, il s’était fait discret. Il avait cependant assisté à la cérémonie d’inauguration d’une deuxième voie du canal de Suez en 2015.

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