Le Parlement libanais accorde sa confiance au nouveau gouvernement

Englué dans une crise économique sans précédent, le Liban s’est doté le 10 septembre d’un nouveau gouvernement dirigé par le premier ministre Najib Mikati, après 13 mois d’interminables tractations politiques.
Photo: Bilal Hussein Associated Press Englué dans une crise économique sans précédent, le Liban s’est doté le 10 septembre d’un nouveau gouvernement dirigé par le premier ministre Najib Mikati, après 13 mois d’interminables tractations politiques.

Le Parlement libanais, réuni en séance plénière, a accordé lundi sa confiance au nouveau gouvernement dirigé par le premier ministre Najib Mikati, dont la principale mission sera de stopper l’effondrement du pays, en pleine crise.

Après avoir examiné le plan d’action du gouvernement lors d’une séance marathon de huit heures, 85 députés ont accordé leur confiance à la nouvelle équipe ministérielle, tandis que 15 ont voté contre, selon le décompte énoncé par le président du Parlement, Nabih Berri.

Englué dans une crise économique sans précédent — qualifiée par la Banque mondiale d’une des pires au monde depuis 1850 — le Liban s’est doté le 10 septembre d’un nouveau gouvernement, à l’issue de 13 mois d’interminables tractations politiques et de vide ayant aggravé la crise.

Avec une dégringolade de la monnaie nationale, une inflation galopante et des licenciements massifs, 78 % de la population libanaise vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, selon l’ONU.

Le Parlement devait commencer le débat sur le vote de confiance à 11 h 00 locales (4 h 00 du matin, heure du Québec), mais la session a été retardée d’environ une heure en raison d’une nouvelle coupure de courant, a indiqué à l’AFP le secrétaire général du Parlement, Adnane Daher.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont montré les députés rassemblés dans une cour à l’extérieur du bâtiment en attendant le rétablissement du courant et la reprise de la session.

Les coupures d’électricité ont fortement augmenté ces derniers mois dans le pays, paralysant la vie de la population et plusieurs secteurs vitaux.

Les rationnements ont atteint plus de 22 heures par jour dans certaines régions, contraignant même les propriétaires de générateurs à rationner leur production à mesure que le carburant se raréfiait. Et les queues interminables ne cessent de s’allonger devant les stations d’essence, faute de carburant.

Une grande partie de la population accuse la classe politique, jugée corrompue et incompétente, d’être à l’origine de l’effondrement financier du pays et des multiples pénuries dans lesquelles le pays, à court de devises étrangères, se débat.

« Apaisement de courte durée »

Le Liban, où le mouvement armé pro-iranien Hezbollah a une influence prépondérante, était sans nouveau gouvernement depuis la démission du cabinet de Hassan Diab dans la foulée de l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth le 4 août 2020, qui a fait plus de 200 morts et dévasté des quartiers entiers de la capitale.

Parmi les innombrables défis, le nouveau gouvernement devra parvenir rapidement à un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), étape incontournable pour une sortie de crise.

Il devra également préparer le terrain aux élections législatives, prévues en principe en mai 2022.

Devant les parlementaires, M. Mikati s’est de nouveau engagé lundi « à reprendre les négociations avec le FMI et à développer un plan pour relancer l’économie ».

Il a également promis de s’attaquer à la crise bancaire du pays, alors que les Libanais sont soumis à des restrictions bancaires draconiennes depuis l’automne 2019, en l’absence de tout cadre légal aux mesures prises par les banques.

« Certes ce vote démontre une tendance à l’apaisement, mais c’est un apaisement de courte durée qui va juste permettre au Liban de sortir la tête de l’eau », a tempéré auprès de l’AFP le politologue Karim Mufti.

Depuis la formation du cabinet, le scepticisme reste de mise au sein de la population, les mêmes partis, conspués unanimement lors d’un mouvement de contestation inédit il y a près de deux ans, étant encore au pouvoir.

« On peut se poser des questions sur la capacité de ce gouvernement à mettre en œuvre des réformes nécessaires […] qui toutes mènent à un manque à gagner pour les oligarques […] et demandent donc un courage politique que ce gouvernement n’aura pas », a estimé M. Mufti, en allusion aux barons de la classe dirigeante libanaise, quasiment inchangée depuis des décennies.

La communauté internationale, la France en tête, a maintes fois appelé à une formation d’un gouvernement réformateur, conditionnant l’octroi d’aides substantielles à des réformes structurelles qui se font attendre depuis des années.

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