Les talibans disent contrôler tout l’Afghanistan, Massoud appelle à se soulever

Revenus au pouvoir vingt ans après en avoir été chassés par une coalition emme-née par les États-Unis, les talibans sont attendus au tournant par la communauté internationale, qui les jugera sur leurs actes. Sur la photo, des membres de la Badri 313, l’unité d’élite des talibans.
Photo: Aamir Qureshi Agence France-Presse Revenus au pouvoir vingt ans après en avoir été chassés par une coalition emme-née par les États-Unis, les talibans sont attendus au tournant par la communauté internationale, qui les jugera sur leurs actes. Sur la photo, des membres de la Badri 313, l’unité d’élite des talibans.

Les talibans ont dit lundi avoir le contrôle de tout l’Afghanistan, affirmant avoir fait tomber la vallée du Panchir, où le chef de la résistance locale, Ahmad Massoud, a appelé à se soulever contre eux.

Cette vallée enclavée et difficile d’accès, à 80 kilomètres au nord de Kaboul, était le dernier foyer d’opposition armée aux talibans, qui ont pris le pouvoir le 15 août grâce à une campagne militaire éclair, deux semaines avant le départ des dernières troupes étrangères.

« Avec cette victoire, notre pays est désormais complètement sorti du marasme de la guerre », a déclaré dans un communiqué le principal porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid.

Bastion anti-taliban de longue date, le Panchir, que le légendaire commandant Ahmed Shah Massoud avait contribué à rendre célèbre à la fin des années 1980 avant d’être assassiné par al-Qaïda en 2001, abrite le Front national de résistance (FNR).

Le chef du FNR, Ahmad Massoud, fils du commandant Massoud, a répondu aux talibans en appelant chaque Afghan à « se soulever pour la dignité, la liberté et la prospérité » du pays. Le FNR a affirmé retenir des « positions stratégiques » dans la vallée et « continuer » la lutte.

En conférence de presse, M. Mujahid a lancé un avertissement : « quiconque tentera de créer une insurrection sera durement réprimé », a-t-il prévenu.

Le porte-parole a aussi appelé les ex-forces armées gouvernementales, qui ont combattu les talibans pendant vingt ans, à intégrer à leurs côtés les nouveaux services de sécurité.

Le Panchir n’était tombé ni sous l’occupation soviétique dans les années 1980 ni durant l’ascension des talibans vers le pouvoir une décennie plus tard.

Des discussions avaient initialement eu lieu entre les talibans et le FORT, qui souhaite un gouvernement décentralisé, les deux camps disant vouloir éviter les combats, mais aucun compromis n’avait pu être trouvé.

Le FNR avait proposé dans la nuit un cessez-le-feu, après avoir, semble-t-il, subi de lourdes pertes durant le week-end. Il a reconnu la mort de son porte-parole Fahim Dashty.

L’Iran a condamné « fermement » l’assaut contre le Panchir. La République islamique chiite, qui partage plus de 900 kilomètres de frontière avec l’Afghanistan, s’était jusqu’alors abstenue de critiquer les talibans sunnites depuis leur prise de pouvoir.

Sur le plan politique, la composition du nouvel exécutif taliban, initialement escomptée en fin de semaine passée, se fait toujours attendre.

M. Mujahid a précisé que la formation d’un gouvernement « intérimaire » serait annoncée dans « les prochains jours », une fois les dernières « questions techniques » résolues.

Des analystes estiment que les islamistes ont eux-mêmes été pris de court par la rapidité de leur accession au pouvoir et n’ont pas eu le temps de préparer la suite. Revenus au pouvoir vingt ans après en avoir été chassés par une coalition emmenée par les États-Unis, les talibans sont attendus au tournant par la communauté internationale, qui les jugera sur leurs actes.

Le mouvement a promis de mettre en place un gouvernement « inclusif », s’engageant aussi à respecter les droits des femmes, bafoués lors de son premier passage au pouvoir (1996-2001). Mais ses promesses peinent toujours à convaincre.

Des universités privées afghanes ont rouvert lundi. Les talibans ont précisé dans un décret que les étudiantes seraient tenues de porter une abaya noire, assortie d’un niqab couvrant le visage à l’exception des yeux. Ils ont confirmé que l’enseignement se ferait, dans la mesure du possible, dans des classes non mixtes.

Situation humanitaire critique

Sous leur précédent régime, les filles n’étaient pas autorisées à étudier, et le port de la burqa, couvrant complètement la tête et le corps, avec un grillage dissimulant les yeux, était obligatoire.

La situation humanitaire demeure par ailleurs critique. Martin Griffiths, le chef des opérations humanitaires de l’ONU, est arrivé à Kaboul pour plusieurs jours de réunions avec les dirigeants talibans.

Ceux-ci se sont engagés dimanche à garantir la sécurité des travailleurs humanitaires et l’accès de l’aide, selon l’ONU.

Sur le plan diplomatique, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, est arrivé dans la soirée au Qatar, devenu une plaque tournante de la diplomatie sur l’Afghanistan depuis la prise de pouvoir des talibans, avec lesquels l’émirat du Golfe conserve des liens étroits.

Avec cette victoire, notre pays est désormais complètement sorti du marasme de la guerre.

 

Peu avant son arrivée, un officiel américain a révélé que quatre ressortissants des États-Unis avaient quitté l’Afghanistan par la route vers un pays qu’il n’a pas divulgué, et que les talibans en avaient pleinement connaissance. Il s’agirait des premiers départs organisés par Washington depuis l’évacuation chaotique des militaires.

M. Blinken devait exprimer la « profonde reconnaissance » de Washington au Qatar pour le soutien apporté aux efforts d’évacuation fin août de dizaines de milliers de ressortissants américains et d’Afghans ayant collaboré avec les États-Unis. Il y a retrouvé le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin.

Il ne devrait pas rencontrer de représentants talibans à Doha, où ils ont leur bureau politique, bien qu’un tel dialogue ne semble pas totalement exclu à l’avenir.

Les discussions porteront aussi sur les efforts du Qatar, en collaboration avec la Turquie, pour rouvrir l’aéroport de Kaboul, fermé depuis le départ des Américains le 30 août, même si quelques vols humanitaires et intérieurs y ont déjà eu lieu. 



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