Le groupe État Islamique revendique l’attaque près de l’aéroport de Kaboul

Un porte-parole des talibans a dressé un bilan de 13 à 20 morts et évoqué 52 blessés, tout en dénonçant l’attaque. Mais d’autres sources évoquent un bilan bien plus lourd.
Photo: Wakil Kohsar Agence France-Presse Un porte-parole des talibans a dressé un bilan de 13 à 20 morts et évoqué 52 blessés, tout en dénonçant l’attaque. Mais d’autres sources évoquent un bilan bien plus lourd.

Deux explosions se sont produites aux abords de l’aéroport international de Kaboul jeudi, où les évacuations de ressortissants étrangers et d’Afghans se poursuivaient toujours dans la journée. L’attaque, qui a fait des dizaines de morts, a été revendiquée jeudi soir par le groupe État islamique.

Dans un communiqué diffusé par son agence de propagande, le groupe djihadiste affirme qu’un de ses combattants s’est approché à moins de « 5 mètres de militaires américains » avant de déclencher sa ceinture explosive.

La déflagration a fait suite à l’appel de plusieurs pays lancé dans la nuit de mercredi à jeudi à leurs citoyens d’éviter de se rendre aux portes de l’aéroport international Hamid-Karzaï de la capitale afghane en raison de la menace terroriste jugée « très sérieuse » et « imminente » par les services de renseignement britanniques. Le groupe terroriste État islamique Province de Khorasan (ISKP), qui a revendiqué plusieurs attaques terroristes en Afghanistan et au Pakistan dans les dernières années, a été montré du doigt.

Une explosion a eu lieu près d’Abbey Gate, une des portes d’accès de l’aéroport, et l’autre à proximité de l’hôtel Baron.

Un porte-parole des talibans a dressé un bilan de 13 à 20 morts et évoqué 52 blessés en entrevue à l’Agence France-Presse, tout en dénonçant l’attaque. Mais d’autres sources évoquent un bilan bien plus lourd.

Le département américain de la Défense, de son côté, a confirmé le décès de plusieurs de ses membres dans ces attaques à la bombe. Treize militaires ont été tués et 18 autres blessés, a précisé un haut responsable, en ajoutant que les évacuations se poursuivaient. « Deux djihadistes considérés comme appartenant au groupe EI se sont fait sauter à Abbey Gate, suivis par des djihadistes armés qui ont fait feu sur les civils et les militaires », a résumé le général Kenneth McKenzie, le chef du commandement central américain responsable de l’Afghanistan.

Menace « très imminente »

Selon Adam Khan, un témoin sur place cité par Associated Press, l’attentat a surtout touché les personnes cherchant à entrer à l’intérieur de l’aéroport. L’homme se trouvait à 30 mètres du lieu de la déflagration.

« C’était une énorme explosion, au milieu de la foule qui attendait devant une des portes de l’aéroport », où les personnes évacuées par les Français et les Britanniques sont passées au cours des derniers jours, a déclaré Milad, un témoin des attaques. « Il y a beaucoup de morts et de blessés », a dit à l’AFP celui qui a notamment vu « des corps et des fragments humains projetés » aux alentours.

C’était une énorme explosion, au milieu de la foule qui attendait devant une des portes de l’aéroport.

 

« Quand les gens ont entendu l’explosion, ça a été la panique. Les talibans ont alors tiré en l’air pour disperser les gens qui attendaient devant la porte », a dit un autre témoin, qui a notamment vu « un homme courir avec un bébé blessé dans ses bras ».

Dans la nuit, plusieurs capitales occidentales ont mis en garde leurs ressortissants contre la perspective d’une attaque terroriste contre l’installation aéroportuaire de Kaboul.

« Les informations recueillies au cours de la semaine sont de plus en plus sérieuses : elles font état d’une menace imminente et grave pour la vie », a indiqué le secrétaire d’État britannique chargé des Forces armées, James Heappey, sur les ondes de Times Radio jeudi. « Il s’agit d’une menace très sérieuse, très imminente », peut-être « dans les prochaines heures », a-t-il ajouté.

Le premier ministre belge, Alexander De Croo, a indiqué que son pays avait reçu des informations des États-Unis et d’autres pays sur la « menace d’attentats suicides contre la foule » massée près de l’aéroport pour fuir le pays tombé aux mains des talibans dans les derniers jours. Des craintes confirmées par l’ambassadeur américain par intérim à Kaboul, Ross Wilson.

Depuis le début du pont aérien, les États-Unis ont contribué à l’évacuation d’environ 95 700 personnes, dont 13 400 uniquement dans les dernières 24 heures.

Pour sa part, le chef d’état-major par intérim de la Défense canadienne, le général Wayne Eyre, a indiqué que la mission des Forces armées canadiennes à Kaboul a pris fin dans les dernières heures et que la grande majorité du personnel canadien a quitté l’aéroport de Kaboul.

Groupes distincts

Les talibans ont condamné « fermement » les attentats meurtriers qui ont eu lieu jeudi près de l’aéroport de Kaboul, tout en rappelant que « l’explosion a eu lieu dans une zone où les forces américaines sont responsables de la sécurité », a indiqué sur Twitter Zabihullah Mujahid, porte-parole du nouveau pouvoir en place en Afghanistan.

Le groupe djihadiste État islamique (EI) est considéré par les Américains comme une menace à l’encontre des milliers d’Afghans qui attendent à l’aéroport de Kaboul de fuir vers l’Occident. Groupe sunnite radical, tout comme les talibans, l’EI entretient toutefois une haine profonde envers les nouveaux hommes forts de Kaboul. L’organisation terroriste s’est d’ailleurs montrée très critique à l’égard de l’accord de retrait des troupes américaines et étrangères d’Afghanistan conclu en février 2020 à Doha entre Washington et les talibans, accusant ces derniers d’avoir renié la cause djihadiste.

« L’effondrement de l’armée afghane est une étrange réminiscence de ce que nous avons vu en Irak en 2011. Je crains que la même situation ne se reproduise en Afghanistan, avec simultanément le développement du groupe EI et la résurrection d’al-Qaïda », a affirmé Colin Clarke, le directeur de recherche du Soufan Center, un groupe de réflexion new-yorkais sur la géopolitique.

Avec l’Agence France-Presse

Biden promet des représailles

Le président Joe Biden a promis de répondre « avec force et précision » aux responsables de l’attaque la plus meurtrière contre l’armée américaine en Afghanistan depuis 2011. « Nous vous pourchasserons et nous vous ferons payer », a déclaré le chef d’État sur un ton martial lors d’un discours à la Maison-Blanche. Il a ordonné aux responsables militaires « de développer des plans opérationnels pour frapper les cibles, la hiérarchie et les installations » du groupe État islamique en Afghanistan. Malgré ce lourd bilan, Joe Biden a réitéré son intention d’achever le retrait des troupes américaines d’ici la fin du mois. Il est encore possible d’évacuer les Américains et les Afghans admissibles « ces prochains jours, entre aujourd’hui et le 31 août », a affirmé le président américain. « Sachant qu’il pourrait très bien y avoir une nouvelle attaque, l’armée a conclu que c’est ce que nous devrions faire. Je pense qu’elle a raison. »

 

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