Le chaos à l’aéroport de Kaboul fait ses premiers morts

Selon la chaîne CNN, près de 18 500 personnes patientaient à l’aéroport dimanche matin pour prendre un vol et 2000 autres étaient rassemblées près de la barrière pour entrer.
Photo: Wakil Kohsar Agence France-Presse Selon la chaîne CNN, près de 18 500 personnes patientaient à l’aéroport dimanche matin pour prendre un vol et 2000 autres étaient rassemblées près de la barrière pour entrer.

La situation demeure chaotique à l’aéroport de Kaboul et les opérations d’évacuation se poursuivent dans des conditions difficiles. Plusieurs milliers d’Afghans étaient massés sur place dimanche pour fuir le pays, et sept personnes sont mortes écrasées par la foule près de l’entrée.

Selon la chaîne CNN, près de 18 500 personnes patientaient à l’aéroport dimanche matin pour prendre un vol et 2000 autres étaient rassemblées près de la barrière pour entrer. Sur les images, des files ordonnées se dirigeaient vers les avions sur le tarmac. À l’extérieur de l’aéroport, des familles attendaient, dans l’espoir qu’on leur donne la documentation qui leur permettrait de partir.

Rex Brynen, professeur en science politique à l’Université McGill, a échangé des messages avec un de ses anciens étudiants qui est parvenu à entrer dans l’aéroport avec sa famille dans les dernières 24 heures. Il lui a décrit les conditions à l’extérieur. « C’est terrible. C’est dangereux dans les files d’attente, et il fait chaud. Il n’y a pas d’abris, pas beaucoup d’eau et de nourriture, ni d’installations sanitaires », détaille-t-il.

Se rendre à l’aéroport n’est pas une mince affaire. Les talibans ont installé des points de contrôle sur le chemin. L’accès est restreint et les militaires américains vérifient les papiers. « C’est clairement le désordre, mais je ne pense pas qu’il y ait de solution facile », affirme le professeur. « Je pense que ce sera comme ça pour un moment ».

Biden « plus Trump que Trump »

Depuis le 14 août, près de 28 000 personnes ont été évacuées d’Afghanistan à bord d’avions militaires américains et de pays alliés, selon ce qu’a affirmé le président des États-Unis en fin d’après-midi dimanche. Il espère toujours que les opérations d’évacuation à Kaboul puissent être terminées avant le 31 août, la date qui avait été fixée par son gouvernement pour le retrait complet des troupes américaines en Afghanistan.

« Nous espérons que nous ne devrons pas prolonger », a déclaré le président américain, tout en laissant la porte ouverte à une extension. « Il y aura des discussions, je pense ». Les États-Unis veulent évacuer tous les Américains (entre 10 000 et 15 000 personnes) et espèrent pouvoir faire de même pour les alliés afghans et leurs familles (entre 50 000 et 65 000 personnes).

Mais pour Aurel Braun, professeur de relations internationales et de sciences politiques à l’Université de Toronto, qui a écouté les déclarations de Joe Biden, l’approche du président est « plus Trump que Trump ». « Il dit essentiellement “l’Amérique en premier” », lance-t-il. « Avec l’évacuation, ils priorisent d’abord les citoyens américains. Ensuite les alliés de l’OTAN. Et, ensuite, ils vont évacuer quelques Afghans », souligne-t-il.

Les États-Unis ont réquisitionné les avions de plusieurs compagnies aériennes privées afin d’aider à l’évacuation, a indiqué dimanche le ministère américain de la Défense. Ils ne décolleront pas de Kaboul, mais aideront à transporter les personnes ayant été évacuées vers des pays tiers. Une preuve, selon le professeur, du « désordre » qui accompagne le processus de retrait des troupes américaines du pays.

Pour Sami Aoun, professeur à l’Université de Sherbrooke, ces départs auront néanmoins un impact négatif sur l’Afghanistan et laisseront un grand vide. « On extrait de leur pays des Afghans initiés aux valeurs de la démocratie, au mode de vie occidental et attachés aux principes civiques. Tout cela aura des conséquences sur la résistance contre les vues obscurantistes des talibans », dit-il. « Mais ils ont le droit de réclamer la protection et d’être sauvés ».

 

Avec l’Agence France-Presse

Les talibans à l’assaut d’une zone rebelle

Les talibans ont annoncé dimanche que des « centaines » de leurs combattants se dirigeaient vers la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul, une des rares zones de l’Afghanistan échappant encore au contrôle du groupe islamiste.

« Des centaines de moudjahidines de l’Émirat islamique se dirigent vers l’État du Panchir pour le contrôler, après que des responsables locaux ont refusé de le remettre de façon pacifique », ont indiqué les talibans sur leur compte Twitter en arabe.

Une poche de résistance s’est formée dans la vallée du Panchir, longtemps connue comme un bastion anti-talibans. Ce Front national de résistance (FNR) est notamment mené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud assassiné en 2001 par le groupe djihadiste al-Qaïda.

Un porte-parole du FNR a déclaré à l’AFP que le Front se préparait à « un conflit de longue durée » avec les talibans s’il ne parvenait pas à négocier avec eux la formation d’un gouvernement inclusif. Selon ce responsable, Ali Maisam Nazary, des milliers d’Afghans ont rejoint la vallée du Panchir pour combattre le nouveau régime.

Des photos prises par l’AFP lors d’exercices d’entraînement montrent des véhicules blindés rouler à travers la vallée au nord-est de Kaboul. « Les talibans ne dureront pas s’ils continuent ainsi. Nous sommes prêts à défendre l’Afghanistan et nous mettons en garde contre un bain de sang », a déclaré dimanche M. Massoud à la chaîne Al-Arabiya.

 



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