Najib Mikati chargé de former un gouvernement au Liban après deux autres échecs

L’ex-premier ministre Najib Mikati a été chargé lundi de former un nouveau gouvernement après l’échec de ses deux prédécesseurs à mettre en place un cabinet censé mener des réformes indispensables pour sortir le Liban de la pire crise socio-économique de son histoire.
Photo: Dalati And Nohra Agence France-Presse L’ex-premier ministre Najib Mikati a été chargé lundi de former un nouveau gouvernement après l’échec de ses deux prédécesseurs à mettre en place un cabinet censé mener des réformes indispensables pour sortir le Liban de la pire crise socio-économique de son histoire.

L’ex-premier ministre Najib Mikati a été chargé lundi de former un nouveau gouvernement après l’échec de ses deux prédécesseurs à mettre en place un cabinet censé mener des réformes indispensables pour sortir le Liban de la pire crise socio-économique de son histoire.

Ancienne puissance mandataire, la France, qui chapeaute les efforts internationaux pour une sortie de crise, a affirmé que « l’urgence est désormais de former un gouvernement compétent et capable de mettre en œuvre les réformes indispensables au relèvement » du Liban.

Lors de consultations parlementaires contraignantes menées par le président Michel Aoun, M. Mikati, 65 ans, a reçu l’appui de 72 parlementaires. Quarante-deux députés se sont abstenus.

Sa désignation intervient à la suite de la récusation le 15 juillet de Saad Hariri, après neuf mois d’un bras de fer avec M. Aoun sur la formation du gouvernement. Avant lui, Moustapha Adib, nommé après l’explosion au port de Beyrouth en août 2020, avait aussi échoué à former une équipe ministérielle en raison des marchandages et en dépit des pressions internationales.

Après sa rencontre avec M. Aoun au palais présidentiel, Najib Mikati a affirmé devant les journalistes avoir conscience de la tâche « difficile » qui lui incombe.

« Mais si je n’avais pas eu les garanties externes nécessaires […], je n’aurais pas assumé » cette responsabilité, a-t-il déclaré en allusion aux puissances étrangères impliquées dans le dossier libanais.

En revanche, « j’ai besoin de la confiance du peuple […] Seul, je ne pourrai pas faire de miracles », a-t-il poursuivi, appelant à la collaboration de tous les partis, loin des tiraillements et marchandages habituels.

« Initiative française »

En attendant le prochain cabinet, celui de Hassan Diab continuera de gérer les affaires courantes, comme il le fait depuis sa démission en août 2020 après la gigantesque explosion au port de Beyrouth qui a fait plus de 200 morts, des milliers de blessés et dévasté des quartiers entiers de la capitale.

Déclenchée par un incendie dans un entrepôt qui abritait des tonnes de nitrate d’ammonium stockées « sans mesures de précaution », la déflagration a été imputée à la négligence des autorités dont l’enquête n’a encore enregistré aucun résultat concret.

M. Mikati a promis un cabinet avec pour principale tâche de « mettre en œuvre l’initiative française » du président Emmanuel Macron qui a proposé en septembre 2020 une feuille de route comportant des réformes économiques en contrepartie d’une aide internationale cruciale.

Mais le gouvernement qu’il proposera devra avant tout contenter les grands ténors d’une classe dirigeante, quasiment inchangée depuis des décennies et accusée de corruption, d’incompétence et d’inertie par une grande partie de la population.

Peu avant sa désignation, M. Mikati a promis d’accomplir sa première mission dans un délai d’un mois, selon les médias locaux.

Un délai supplémentaire alors que le pays sombre dans une crise classée par la Banque Mondiale parmi les pires au monde depuis 1850.

Outre la dépréciation historique de la monnaie et l’hyperinflation, le pays souffre de pénuries en tout genre, rendant particulièrement les hôpitaux d’autant plus vulnérables face à une éventuelle flambée des cas de COVID-19.

« Voleur »

Avec une fortune estimée à 2,7 milliards de dollars selon le magazine Forbes, M. Mikati, un homme d’affaires, est perçu dans son pays comme l’un des symboles d’un pouvoir accusé de népotisme. Soupçonné d’enrichissement illicite, M. Mikati a une faible cote de popularité.

« Comment pourrai-je faire confiance à un voleur qui m’a volé et volé mes enfants et leur avenir ? », a lancé Mohamad Dib, 57 ans, après la désignation de M. Mikati.

« Tant que cette caste est toujours au pouvoir, rien ne changera », ajoute cet habitant de Beyrouth.

L’aide internationale au Liban est conditionnée à la mise en place d’un gouvernement capable de lutter contre la corruption et de mener des réformes.

Malgré les menaces de sanctions par l’Union européenne, les avertissements et les accusations de blocage « délibéré » et « d’obstruction organisée », les dirigeants libanais n’ont pas bougé d’un iota, poursuivant depuis des mois leurs marchandages.

L’effondrement économique a provoqué une paupérisation à grande échelle. La livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur face au billet vert depuis fin 2019, s’échangeant lundi à près de 17 000 livres pour un dollar. Le taux officiel reste à 1507 livres pour un dollar.

L’annonce de la désignation de M. Mikati est intervenue à 9 jours du 1er anniversaire de l’explosion au port de Beyrouth et d’une nouvelle conférence d’aide internationale au Liban le 4 août, organisée par Paris.

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