Pachinian en tête des législatives en Arménie

Le premier ministre arménien, Nikol Pachinian
Photo: Karen Minasyan Agence France-Presse Le premier ministre arménien, Nikol Pachinian

Le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, largement en tête des législatives anticipées de dimanche d’après des résultats partiels, a revendiqué la victoire de son parti lors du scrutin. « Nous savons déjà que nous avons remporté une victoire convaincante lors des élections et nous aurons une majorité convaincante au Parlement », a-t-il affirmé, lors d’un discours diffusé en direct, invitant ses partisans à se réunir lundi soir dans le centre d’Erevan.

Son parti, Contrat civil, a obtenu 58,4 % des voix contre près de 18,6 % pour la formation de son principal rival, l’ex-président Robert Kotcharian, après le dépouillement des bulletins dans 47 % des bureaux de vote, a annoncé la Commission électorale centrale.

La formation de M. Kotcharian a contesté ces résultats partiels : « Le bloc Arménie [l’alliance électorale de M. Kotcharian] se fixe comme objectif d’étudier attentivement les fraudes supposées et celles signalées. Et tant que ces questions n’auront pas eu de réponses satisfaisantes, le bloc ne reconnaîtra pas les résultats du scrutin. »

L’ex-journaliste Pachinian, 46 ans, porté au pouvoir en 2018 par une révolution pacifique contre les vieilles élites corrompues, affrontait M. Kotcharian, 66 ans, qui accuse son rival d’incompétence et se pose en dirigeant expérimenté.

La popularité record de M. Pachinian a été mise à mal par la déroute d’Erevan durant la guerre contre l’Azerbaïdjan, voisin et ennemi juré, à l’automne 2020. Après six semaines de combats ayant fait plus de 6500 morts, l’Arménie a dû céder d’importants territoires qu’elle contrôlait depuis une première guerre avec Bakou dans les années 1990. Les deux pays se disputent le Haut-Karabakh, une région séparatiste azerbaïdjanaise majoritairement peuplée d’Arméniens.

Crise politique

Perçue comme une humiliation, cette défaite a déclenché une crise en Arménie, forçant Nikol Pachinian à convoquer des législatives dans l’espoir de renforcer sa légitimité. Nombre de ses anciens partisans l’accusent d’être un « traître » pour avoir accepté un cessez-le-feu et se tournent désormais vers ses adversaires.

Après avoir obtenu plus de 70 % de suffrages aux législatives de 2018, M. Pachinian visait un score de 60 % dimanche. Mais sa formation n’était créditée que de 25 % des intentions de vote par le seul sondage disponible, derrière le bloc « Arménie » de M. Kotcharian (29 %). Plusieurs autres partis ont des chances d’entrer au Parlement, selon ce sondage.

M. Pachinian a exhorté cette semaine ses compatriotes à lui donner un « mandat d’acier » et a mis en garde contre « une guerre civile ». « Nous sommes une équipe qui, contrairement à l’administration actuelle, a de l’expérience, des connaissances, de la force et de la volonté », a de son côté lancé M. Kotcharian vendredi devant ses partisans à Erevan.

Président de 1998 à 2008 de cette ex-république soviétique pauvre et montagneuse, M. Kotcharian a été accusé par le passé de fraudes électorales et il est visé par une enquête sur des accusations de corruption.

« Pachinian pourrait obtenir davantage de sièges » grâce au soutien des régions rurales et des indécis qui voteraient pour lui « non pour le soutenir, mais à cause de leur peur et leur haine de Kotcharian », a estimé auprès de l’AFP l’analyste arméno-américain Richard Giragosian.

Anahit Sargsian, une ex-professeure de 63 ans à Erevan, a ainsi dit à l’AFP avoir voté « contre les vieilles méthodes », quand « des routes n’étaient construites que sur le papier et les fonds publics volés », et contre « des personnes intouchables auxquelles tout était permis ». « Si Nikol s’en va, tout cela va revenir. »

La participation a atteint 49,4 %, contre 48,6 % en 2018.

 

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