Une alliance périlleuse pour faire tomber Benjamin Nétanyahou

Le duo Naftali Bennett-Yaïr Lapid doit encore rallier 4 députés pour réunir une majorité de 61 têtes nécessaires pour prendre le pouvoir et faire tomber l’actuel premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, qui, par le passé, a souvent usé de manœuvres de dernières minutes pour se maintenir en poste.
Photo: Yonatan Sindel Associated Press Le duo Naftali Bennett-Yaïr Lapid doit encore rallier 4 députés pour réunir une majorité de 61 têtes nécessaires pour prendre le pouvoir et faire tomber l’actuel premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, qui, par le passé, a souvent usé de manœuvres de dernières minutes pour se maintenir en poste.

L’opposition à Benjamin Nétanyahou avait toujours l’espoir lundi de mettre fin aux 12 dernières années de règne de l’actuel premier ministre israélien et d’amorcer un renouveau politique au pays.

Deux jours avant l’échéance pour la formation d’un nouveau gouvernement de coalition, le centriste Yaïr Lapid s’est montré toutefois prudent, évoquant en après-midi devant ses partisans « beaucoup d’obstacles » à régler encore avant d’atteindre la ligne d’arrivée. « C’est peut-être notre premier test », a-t-il dit. « Mais dans une semaine, l’État d’Israël peut se retrouver dans une nouvelle ère. »

« À moins d’un coup de théâtre improbable, il y a désormais très peu de chances que Nétanyahou arrive à se maintenir encore au pouvoir, a commenté lundi le sociologue Denis Charbit, de la Open University of Israel joint par Le Devoir à Tel-Aviv. Depuis dimanche, et l’annonce de l’alliance entre Yaïr Lapid et Naftali Bennett [représentant de la droite radicale], nous sommes face à une première occasion d’organiser son départ, et c’est ce qu’il faut saisir. »

Les négociations se sont poursuivies toute la journée lundi entre les partis afin de mettre en place ce « gouvernement de changement » qui va devoir reposer sur une alliance forcément périlleuse entre des formations politiques aux antipodes.

À preuve, la numéro 2 du parti de Naftali Bennett, Ayelet Shaked a rencontré en après-midi le président de la Liste arabe unie, Mansour Abbas, à la Knesset, le Parlement israélien, dans l’espoir d’obtenir son appui à cette nouvelle coalition. Un rapprochement complexifié par les 11 jours de guerre entre Israël et le Hamas palestinien.

Il y a désormais très peu de chances que Nétanyahou arrive à se maintenir encore au pouvoir.

 

Bennett, un ex-conseiller de Nétanyahou, est aussi un proche des colons juifs dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Les tensions des derniers jours, entre les deux communautés, avaient d’ailleurs amené les Arabes d’Israël à condamner l’attitude du pays face à la révolte et à exprimer un appui sans équivoque aux Palestiniens.

Le duo Bennett-Lapid doit encore rallier 4 députés pour réunir une majorité de 61 têtes nécessaires pour prendre le pouvoir et faire tomber l’actuel premier ministre, qui, par le passé, a souvent usé de manœuvres de dernières minutes pour se maintenir en poste.

« Ce gouvernement de coalition fait effectivement un grand écart, de la gauche à la droite radicale, dit M. Charbit. Mais toutes les parties impliquées se retrouvent aussi avec un objectif commun : le départ de Nétanyahou. Qui plus est, le pays sort divisé des deux dernières années de son règne, et un gouvernement qui réunit toutes les sensibilités pourrait facilement obtenir gain de cause et apaiser les tensions politiques et sociales qui sont toujours vives. »

Yaïr Lapid a jusqu’à mercredi à 23 h 59 pour présenter son accord de gouvernement au président israélien, Reuven Rivlin, qui, début mai, l’a chargé de dégager une majorité à la Knesset, après que Benjamin Nétanyahou eut échoué à le faire.

En cas d’échec, le pays pourrait entrer dans de nouvelles élections, les cinquièmes en deux ans, entretenant ainsi une impasse politique qui, elle-même, nourrit la lassitude électorale chez plusieurs Israéliens. L’actuel premier ministre croit toutefois pouvoir remporter un prochain scrutin.

Au pied du mur

Les partis ultraorthodoxes ont vivement dénoncé lundi l’alliance convenue entre Naftali Bennett avec Yaïr Lapid et qui, pour la première fois depuis 1977, pourrait exclure du pouvoir le Likoud, le parti de Nétanyahou, et ses alliés religieux. Le ministre de l’Intérieur, Arye Deri, a d’ailleurs qualifié de « petits garçons » avec des « envies de grandeur » les artisans de cette tentative de coalition gouvernementale. Il a demandé au passage que « Dieu ait pitié d’une telle imprudence ».

Benjamin Nétanyahou a mis en garde pour sa part dimanche contre un « danger pour la sécurité de l’État d’Israël » et qualifié cette alliance « d’arnaque du siècle ». Lundi, ses proches espéraient toujours assurer un rapprochement entre les alliés du premier ministre à la Knesset et la formation Yamina de Naftali Bennett, pour assurer une majorité de 65 députés à Nétanyahou.

Mais le quotidien de droite Maariv ne voit pas les choses du même œil, parlant plutôt d’une rupture du pays avec un Benjamin Nétanyahou qui n’aura jamais autant été aussi acculé au pied du mur. « Naftali Bennett est soudainement apparu comme un premier ministre, et Benjamin Nétanyahou est devenu un chef de l’opposition », a écrit l’éditorialiste Ben Caspit.

En cas de succès, la coalition prévoit le partage du pouvoir entre Bennett, qui deviendrait premier ministre durant deux ans, et Lapid, qui lui succéderait les deux années suivantes.

 

Avec l’Agence France-Presse

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