L’ONU enquête sur le conflit israélo-palestinien

Les récentes frappes israéliennes sur Gaza peuvent constituer des crimes de guerre «s’il s’avère» que les civils ont été touchés «sans distinction», a indiqué jeudi la haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet.
Photo: John Minchillo Associated Press Les récentes frappes israéliennes sur Gaza peuvent constituer des crimes de guerre «s’il s’avère» que les civils ont été touchés «sans distinction», a indiqué jeudi la haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a lancé jeudi une enquête internationale sur les atteintes aux droits de la personne perpétrées dans les territoires palestiniens occupés et en Israël depuis avril, mais aussi sur les « causes profondes » des tensions.

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a immédiatement dénoncé une « décision honteuse » qui « encourage les terroristes dans le monde entier ». Le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, a quant à lui salué cette enquête, alors que l’Autorité palestinienne y voit « un pas en avant » dans la protection des droits fondamentaux des Palestiniens.

Plus tôt dans la journée, la haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, avait soutenu devant le Conseil, réuni en session extraordinaire, que les récentes frappes israéliennes sur Gaza peuvent constituer des crimes de guerre « s’il s’avère » que les civils ont été touchés « sans distinction ». Elle avait indiqué ne pas avoir vu de preuves de la présence de groupes armés ou d’actions militaires dans des bâtiments visés par Israël à Gaza, une des justifications de l’État hébreu pour les détruire.

Mme Bachelet avait également souligné que les tirs de milliers de roquettes du Hamas « ne font pas de distinction entre les objets militaires et civils, et leur utilisation constitue donc une violation manifeste du droit humanitaire international ».

Du 10 au 21 mai, 254 Palestiniens ont été tués par des frappes israéliennes dans la bande de Gaza, parmi lesquels 66 enfants et des combattants, selon les autorités locales. En Israël, les tirs de roquettes depuis Gaza ont fait 12 morts, dont un enfant, une adolescente et un soldat, d’après la police.

Un mandat large

La réunion onusienne de jeudi, qui portait sur les atteintes aux droits de la personne dans les territoires palestiniens occupés — y compris à Jérusalem-Est et en Israël —, était organisée à la demande du Pakistan (en tant que coordinateur de l’Organisation de la coopération islamique) et des autorités palestiniennes.

La résolution pour lancer l’enquête internationale a été adoptée avec 24 voix pour, 9 contre et 14 absentions. L’Autorité palestinienne a qualifié de « minorité amorale et du mauvais côté de l’histoire » les pays opposés à la résolution. Pour le premier ministre Nétanyahou, ce vote confirme « l’obsession anti-Israël flagrante du Conseil des droits de l’homme ».

La portée de la résolution dépasse largement le récent conflit entre Israël et le Hamas. Le texte demande que la commission étudie « toutes les causes profondes des tensions récurrentes, de l’instabilité et de la prolongation du conflit, y compris la discrimination et la répression systématiques fondées sur l’appartenance nationale, ethnique, raciale ou religieuse ».

L’enquête doit se concentrer sur l’établissement des faits et collecter les preuves et les éléments qui pourraient être utilisés dans le cadre de poursuites judiciaires. Elle doit aussi, dans la mesure du possible, identifier les coupables pour qu’ils puissent être jugés.

Une première

Le ministre des Affaires étrangères palestinien, Riyad al-Maliki, qui s’est adressé virtuellement au Conseil, a accusé Israël d’avoir instauré « un régime d’apartheid basé sur l’oppression du peuple palestinien » et son « déplacement forcé ». Il a revendiqué « le droit [des Palestiniens] de résister à l’occupation » et a affirmé que « les colons doivent être mis sur la liste des terroristes ».

De son côté, l’ambassadrice d’Israël auprès de l’ONU à Genève, Meirav Eilon Shahar, a accusé le Hamas d’avoir « déclenché ce conflit ».

C’est la première fois que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU met sur pied une commission d’enquête avec un mandat sans durée fixée à l’avance. Le mandat d’autres commissions, comme celle sur la Syrie, doit être renouvelé tous les ans.

Certains pays, comme la France, ont déploré que le mandat de la commission soit « trop large » et son objectif « trop indéterminé », mais la résolution a recueilli un large soutien auprès des pays africains et latino-américains.

Israël est le seul pays ayant un point fixe à l’ordre du jour de chaque session du Conseil. Neuf des trente sessions extraordinaires organisées depuis 2006 ont porté sur l’État hébreu.

 

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