Washington veut «reconstruire» sa relation avec les Palestiniens

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a entamé mardi une tournée au Proche-Orient dans l’espoir de consolider la trêve fragile à Gaza.
Photo: Alex Brandon Agence France-Presse Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a entamé mardi une tournée au Proche-Orient dans l’espoir de consolider la trêve fragile à Gaza.

Après des années de divorce sous l’ère Trump, Washington veut « reconstruire » sa relation avec les Palestiniens tout en reconnaissant le « droit » d’Israël de se défendre, a plaidé mardi le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, en tournée au Proche-Orient.

« Il est possible de reprendre les efforts pour parvenir à une solution à deux États », israélien et palestinien, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Jérusalem. Appuyée par la communauté internationale, mais boudée par le précédent gouvernement de Donald Trump, cette solution reste « la seule façon d’assurer le futur d’Israël en tant qu’État juif et démocratique et bien sûr de donner aux Palestiniens l’État auquel ils ont le droit », a-t-il estimé.

Le déplacement du secrétaire d’État américain vise à consolider une trêve fragile entrée en vigueur vendredi entre Israël et le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, après 11 jours de guerre.

Du 10 au 21 mai, 253 Palestiniens ont été tués par des frappes israéliennes dans la bande de Gaza, parmi lesquels 66 enfants et des combattants, selon les autorités locales. En Israël, les tirs de roquettes depuis Gaza ont fait 12 morts parmi lesquels un enfant, une adolescente et un soldat, d’après la police.

Après avoir rencontré le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, à qui il a réaffirmé le « soutien entier au droit d’Israël de se défendre », M. Blinken a été reçu par Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

« Comme je l’ai dit au président [Abbas], je suis ici pour souligner l’engagement des États-Unis à reconstruire la relation avec l’Autorité palestinienne et le peuple palestinien », a-t-il déclaré. Cette relation doit être « construite sur le respect mutuel », car Palestiniens et Israéliens méritent également « sécurité, chances de liberté et dignité ».

En soirée, M. Blinken a en revanche mis en garde Israéliens et Palestiniens contre « toute mesure » risquant de provoquer une étincelle ou de saper la perspective d’un retour à la solution à deux États. Il a cité en exemple « les activités de colonisation, de démolition, d’expulsion » ainsi que « les appels à la violence ou le financement de terroristes ».

Aide d’urgence

Rompant avec la position de l’ex-président Trump, le chef de la diplomatie américaine a également annoncé mardi sa volonté d’« avancer sur le processus de réouverture du consulat à Jérusalem », chargé des Affaires palestiniennes. Celui-ci a été fermé en 2019 malgré la réprobation internationale.

Sur le front de l’aide financière, le gouvernement Biden va demander au Congrès de débloquer 75 millions de dollars à destination des Palestiniens. Washington souhaite, en plus de cette aide destinée au développement économique, allouer 5,5 millions de dollars d’aide urgente à Gaza et 32 millions de dollars à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), que le gouvernement Trump avait cessé de financer.

À ce sujet, Antony Blinken a souligné vouloir éviter que le Hamas, qui figure sur la liste américaine des organisations terroristes, « bénéficie » des efforts pour aider la bande de Gaza. « Le Hamas prospère malheureusement sur le désespoir, la misère, le manque de perspectives d’avenir », a-t-il regretté, appelant à offrir de « vraies perspectives » aux deux millions de Gazaouis. « Si nous y parvenons tous ensemble, alors l’emprise du Hamas sur Gaza s’évaporera. »

Mahmoud Abbas s’est quant à lui dit « prêt à travailler directement pour aider à la reconstruction de Gaza », tout en remerciant Washington pour son soutien.

Aide humanitaire

L’État hébreu a annoncé la réouverture quotidienne dès mardi du terminal de Kerem Shalom, jusque-là ouvert de manière ponctuelle, pour l’aide humanitaire. Les malades pourront également entrer et sortir de Gaza pour la première fois depuis le 10 mai, et la zone de pêche au large de l’enclave sera élargie à six milles nautiques (environ 11 kilomètres).

Israël, qui impose un blocus terrestre et maritime à Gaza depuis près de 15 ans, accuse le Hamas d’avoir détourné l’aide internationale à des fins militaires. Il a dit souhaiter un « mécanisme » international pour le contourner dans l’envoi d’aides.

Après son étape à Jérusalem et Ramallah, Antony Blinken doit se rendre à partir de mercredi en Égypte et en Jordanie. Médiateur traditionnel entre Palestiniens et Israéliens, Le Caire s’active pour consolider le cessez-le-feu qui ne comporte aucune condition à l’arrêt des hostilités et n’établit aucun plan pour la reconstruction de Gaza, une nouvelle fois dévastée par la guerre.

Le Conseil des droits de la personne de l’ONU a par ailleurs reçu mardi un projet de résolution demandant la création d’une commission d’enquête internationale sur les violations des droits humains dans les Territoires palestiniens occupés et en Israël.

Erreur sur la personne

Un Palestinien a été tué mardi en Cisjordanie occupée, quelques heures avant la visite du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, à Ramallah. Ahmed Jamil Fahd, 24 ans, est mort dans le camp de réfugiés d’Al-Amari lors d’une opération d’une unité spéciale de la police israélienne à la recherche d’un autre individu. Il n’était pas établi dans l’immédiat si l’homme recherché avait été arrêté. Contactée par l’AFP, la famille du défunt a raconté avoir été appelée par un policier israélien après les faits, expliquant qu’il n’était pas la cible de l’opération. « À quoi nous servent leurs excuses ? Vont-elles le ramener à la vie ? », a lancé la soeur d’Ahmed Jamil Fahd, Razan Fahd. Des dizaines d’hommes ont défilé dans les rues de Ramallah en portant la dépouille du jeune homme, a constaté un journaliste de l’AFP.


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